Madagascar: Dossier 5 trafic de bois de rose et le décès de Nadine Ramaroson et les révélations commandant Cherles

 Maintenant ouvrons le dossier du trafic du bois de rose et le décès de Madame Nadine Ramaroson

Madagascar : Un pays trop riche, des dirigeants trop pourris, un peuple trop…?

 Les révélations qui ébranlent le régime se multiplient à Madagascar mais elles ne viennent pas des opposants officiels trop occupés à se disputer les postes dans le «gouvernement d’union nationale». Alors qu’elle n’est pas franchement en position de force, la mouvance de l’ancien président Marc Ravalomanana s’est tout de même offert le luxe de remettre en cause l’une des leurs, la ministre de la décentralisation Ruffine Tsiranana. Comme cette dernière porte un patronyme prestigieux, celui du premier dirigeant malgache à l’indépendance, il s’en est suivi un mouvement de fronde parmi les légalistes de sa région.

 

A défaut d’une opposition crédible, ce sont les autres qui montent au créneau. Après Alain Ramaroson (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»), c’est au tour d’un notable, Patrick Zakariasy, de dénoncer un proche d’Andry Rajoelina. Au cours d’une conférence de presse au Colbert le 12 octobre, ce Tangalamena (prince traditionnel), a nommément accusé Mamy Ravatomanga, un homme d’affaires, et la société chinoise Mainland Mining d’avoir organisé le trafic des bois de rose. Patrick Zakariasy a expliqué, documents à l’appui, toute l’organisation : fausses déclarations, passage en douane hors scanner, etc…

Auparavant, l’ancien ministre de l’Environnement, Joseph Randriamiarisoa, avait incriminé lui aussi Mamy Ravatomanga pour le même trafic.

Ce dernier avait porté plainte pour diffamation.

Andry Rajoelina, Sam Sam Yok

et Mamy Ravatomanga, ce sont les noms des personnes cités par le Dr Joseph Randriamiarisoa, dans le cadre du trafic de bois de rose. Des citations qui ont valu à cet ancien ministre de l’Environnement et des forêts, une plainte.

Mamy Ravatomanga, illustre jeune opérateur économique a déposé une plainte contre Joseph Randriamiarisoa pour diffamation publique, dénonciation abusive et propagation de fausses nouvelles. Les avocats de l’opérateur économique ont déposé la plainte auprès du Doyen des juges d’instruction du TPI d’Anosy, en pointant du doigt l’ancien ministre d’avoir tenu des propos outrageux et des accusations gratuites sans s’en soucier des conséquences. Ces avocats précisent d’ailleurs que le ministre limogé n’a pas respecté la présomption d’innocence et la préservation des identités avant la condamnation. Ils ajoutent qu’aucune plainte ni procédure judiciaire n’a été engagée contre leur client dans le cadre de ce trafic de bois précieux.

Quelques jours suivant son limogeage du ministère de l’Environnement et des Forêts, Joseph Randriamiarisoa tenait à s’expliquer sur les probables raisons de son départ forcé. Il reprochait à Andry Rajoelina, qu’il plaçait en tant que complice de Mamy Ravatomanga et de Sam Sam Yok dans le trafic de bois précieux, de ne pas avoir apprécié l’initiative d’assainissement qu’il a prise. Joseph Randriamiarisoa se voyait alors comme un élément gênant que le régime avait absolument besoin d’écarter. Cet ancien ministre a annoncé par la même occasion qu’il a fait ouvrir une enquête parlementaire qu’il a l’intention de suivre jusqu’au bout. « Peu importe les fonctions ou les identités des personnes impliquées dans cette affaire, elles devront répondre de leurs actes », a-t-il résumé.

En tout cas, l’étau se resserre autour d’Andry Rajoelina sans qu’il puisse y faire grand-chose. Si les intimidations et les menaces de poursuites au tribunal amènent certains médias à taire ces informations, ils sont de plus en plus nombreux à passer outre. C’est le cas du quotidien «La Nation» qui a titré en pleine page sur l’enquête menée par Patrick Zakariasy.

 

Hajo Andrianainarivelo, mis en cause par Alain Ramaroson, à défaut de porter plainte contre son accusateur, a tenté de bloquer l’article dans lequel je rapportais ces propos, par l’intermédiaire de son avocat en France. La démarche était un peu bizarre, car logiquement, c’est Alain Ramaroson qu’il aurait dû contrer et s’il obtenait gain de cause, l’information rétablissant les choses aurait suivi tout naturellement.

Bon, bref, la France n’est pas encore une république bananière malgré tous ses défauts, et pour l’instant, la liberté d’information a un sens! L’article est toujours en ligne bien que ce blog mettrait «en péril l’ordre public aussi bien à Madagascar qu’en France en raison du libre accès du public au site» et que l’article soit «une provocation gratuite et lâche». Sans vouloir désobliger Me Henry Rabary-Njaka, un complot pour tuer une femme me semble bien plus lâche. Et je ne crois pas qu’attaquer un blogger, sans oser toucher au personnage qui a balancé les noms devant des dizaines de témoins et de médias dans une conférence de presse, soit non plus très courageux.

Ceci étant, on n’est jamais trop prudent, Nadine Ramaroson ayant fait davantage trembler les corrompus du régime que tous les opposants réunis. En 4 ans, ces derniers n’ont réussi qu’à avoir quelques postes ministériels pour lesquels ils se disputent. L’ancienne ministre avait promis, sur une télévision privée, de sortir des noms sur le trafic de Bois de rose (tiens, tiens ?) juste avant de disparaître prématurément. 

Des journalistes et des responsables ont le courage de redonner à la population son droit d’être informée et osent maintenant citer des noms. A l’opinion publique de prendre le train en marche et d’appuyer leur démarche afin que leurs prises de risques ne soient pas inutiles. En ce qui me concerne, j’ai été surpris et touché de recevoir des messages de soutien de bloggers et responsables de site malagasy, et je les en remercie au passage. Les mouvements citoyens, la société civile doivent se battre pour que la liberté d’informer et d’être informé demeure effective. Il ne faudrait pas trop compter sur les leaders légalistes, qui sont tombés dans le piège de Hajo Andrianainarivelo dans sa guerre contre Alain Ramaroson

Dimanche 7 octobre 2012

Un combat qui change un homme

Pourquoi le bateau a-t-il explosé, en faisant 7 morts parmi les sauveteurs, se rajoutant aux autres victimes, et un huitième qui décédera quelques mois plus tard des suites de ses blessures ? Pourquoi les commissions d’enquête officielles n’ont-elles pas rendu leurs conclusions au bout de 13 mois et n’ont fourni aucune réponse aux demandes des familles ? Pourquoi l’épave du bateau a-t-elle été détruite sur ordre d’une haute personnalité alors que les gendarmes la gardaient comme élément de preuves ? Autant de questions qui auraient pu titiller les analystes et les journalistes quand Alain Ramaroson a fait sa fameuse déclaration et balancé des noms le 28 septembre (voir article : «

Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»).

Ces éléments qui sont des faits auraient pu très facilement expliquer la démarche de l’oncle de la ministre dont la disparition tragique n’a jamais été élucidée. Mais apparemment, à Madagascar, l’état d’esprit (et du pays) est tel qu’il devient difficile de voir le fonds pour ne s’attacher qu’à la forme et à la personnalité des acteurs.

Concernant ces fameux acteurs justement, les personnes qui s’estiment injustement «déshonorées» auraient pu rendre la monnaie de sa pièce à Alain Ramaroson par une démarche très simple. Il leur suffisait d’introduire une plainte en «diffamation» qui, on n’en doute pas, aurait été examinée très vite car on connaît la célérité de la justice quand il s’agit de défendre les intérêts du régime. Le «diffamateur» aurait alors été condamné très lourdement au vu et au su de tous et l’affront lavé de belle manière. Oui, mais voilà ! Ce dernier aurait pu apporter ses «preuves» pour se justifier et c’est ce que le pouvoir veut à tout prix éviter. Cela fait plus d’un an que ces dirigeants tentent d’étouffer l’affaire et veulent faire oublier jusqu’à l’existence de l’ancienne ministre. Certaines cérémonies de commémoration de sa disparition le 28 août ont été soient interdites, soient sabotées (voir article : «28 août : Nadine»).

Hajo Andrianainarivelo, vice-premier ministre chargé de l’Aménagement du Territoire et du Développement, a profité d’un conseil de gouvernement, en l’absence d’Olga Ramaroson, ministre de la Population et des Affaires sociales et accessoirement la femme d’Alain, pour contrattaquer. Le 2 octobre, il obligeait ses collègues à se montrer solidaire de lui dans une déclaration en se présentant comme une victime touchée dans ses droits car son nom a été cité. Mais il s’est bien gardé de saisir la justice. Outre que ce n’est pas le rôle du gouvernement de sortir ce genre de communiqué, que venaient faire les ministres légalistes dans cette galère ?

Pour le général Ravalomanana, cela a été plus radical. Il a fait appel aux responsables des forces armées pour faire une déclaration de soutien mais de plus, il a fait effectuer une perquisition illégale dans l’après-midi du 2 octobre au domicile d’Alain Ramaroson, responsable de la commission «Défense et sécurité» à la Chambre haute, et de son épouse, elle-même ministre. Pour mieux couvrir encore l’officier, Andry Rajoelina a limogé en mode express le commandant de la gendarmerie Wilfrid Bruno Razafindrakoto pour mettre à sa place le Général Ravalomanana, nommé en conseil des ministres dès le 3 octobre. Ce dernier aura donc eu une carrière fulgurante. Colonel au moment du coup d’état, il devient dans la foulée Général, passant devant tous ses collègues des promotions plus anciennes et qui seront désormais sous ses ordres. Cela s’appelle une promotion «TGV», qui est un peu à la HAT la «promotion canapé» pour la Poste française, dans le film du même nom. La première mesure qu’il prendra sera d’enlever les 9 gendarmes qui étaient les gardes-de-corps d’Alain Ramaroson en tant que haut responsable du pouvoir. Et il s’est payé la coquetterie de dire que le travail de détective privé est encore interdit à Madagascar. En clair, cela signifie que si l’état ne veut pas faire d’enquête, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer car vous n’avez pas le droit de rechercher la vérité vous-même…

Seule l’une des personnes citées, Riaz Barday, ne s’est pas encore fait entendre. A un représentant d’Andry Rajoelina en France, qui m’a appelé pour me demander pourquoi «Alain Ramaroson faisait cela alors qu’on a tous lutté pour le changement ?», j’ai répondu : «De toute façon, le problème d’Alain sera bientôt réglé, dès que le pouvoir et ses amis karana l’auront assassiné». C’était un peu une réaction d’humeur qui m’a valu des dénégations mais des informations font bien état d’une volonté de l’éliminer physiquement, car il est devenu désormais incontrôlable depuis l’assassinat de sa nièce.

Car Alain Ramaroson a changé. A l’époque, j’avais dénoncé les «milices» et les violences qui ont été perpétrées (voir par exemple l’article : «Merci, commandant Charl !»). Je ne pouvais accepter des atteintes aux droits humains ou des injustices même si c’est pour combattre d’autres injustices. Car un coup d’état n’arrive jamais par hasard. Il est souvent la conséquence d’une dégradation de l’état de droit, bafoué par ceux qui sont sensés en être les garants et qui affaiblissent sciemment les institutions pour mieux exploiter le pouvoir à leur profit. Depuis la mort de Nadine, Alain Ramaroson s’est aligné sur les idées de sa nièce : terminé les déclarations politiques radicales, place aux priorités sociales, avec un discours plus posé et plus conciliateur. Les prises de position publiques sur l’impossibilité du retour au pays de l’ancien président Marc Ravalomanana (qui a persécuté sa famille) ont disparu, au grand désarroi des faucons de la HAT qui avaient l’habitude de s’appuyer sur lui. Ce changement devenait visible au fur et à mesure, dans son comportement et ses paroles. Alain Ramaroson n’est plus celui qu’on appelle pour les «coups durs» et les «coups bas» du régime et ses états d’âme ne sont guère appréciés par les dirigeants. S’il arrive à survivre, les idées de Nadine ne seront pas tout à fait remises aux oubliettes….

Non, les Malgaches ne sont pas tous des lâches même si la majorité d’entre eux se refugient dans le virtuel et le «spirituel» pour échapper à leurs responsabilités. Un intellectualisme à la mode occidentale sans rapport avec la réalité, ou des dévotions qui oublient que la foi doit se traduire dans l’action, sont non seulement stériles mais nuisibles. Nelson Mandela et Monseigneur Desmond Tutu en Afrique du Sud, Martin Luther King aux Etats-Unis ont fait de leur foi une force. C’est elle qui leur a permis d’aller au combat contre des puissances politiques, économiques et militaires infiniment supérieures. L’apartheid a fait place à une société multiraciale exemplaire (là aussi malgré tous ses défauts), et les USA ont maintenant un président afro-américain.

Christianisme, fihavanana, sagesse ancestrale sont pour l’instant autant de prétextes pour ne rien faire et attendre que ça passe ou que d’autres fassent le boulot, laissant ainsi la place à tous les arrivistes et les violents qui deviennent de plus en plus audacieux. Les trafics en tout genre -détruisant l’économie et l’avenir des générations futures-, et la déchéance morale n’ont jamais atteint un tel niveau. Il n’y aucune raison que cela s’arrête puisque les Malgaches ne bougent pas (à part ceux qui seront sacrifiés). Et pourtant, seuls quelques officiers corrompus composent la force qui reste à un pouvoir qui mène le peuple à l’abattoir.

Quand Marc Ravalomanana a commencé à dériver, si la conscience citoyenne avait été assez forte pour mettre le holà, il n'y aurait jamais eu de coup d'état car les politiciens auraient vu qu'il y avait une limite à ne pas dépasser. Ra8 a piqué les terres des paysans, et attaqué les riches industriels qui le concurrençaient, de manière illégale et déloyale, en utilisant les prérogatives de la puissance publique. Mais la classe moyenne, en particulier celle d'Antananarivo, ne se sentait pas concernée bien que les principes républicains aient été bafoués. Maintenant, elle souffre (comme tout le monde) de la gouvernance d’Andry Rajoelina et de sa clique, mais elle aura du mal à entraîner les bas-quartiers pour la défendre étant donné qu'elle n'a rien fait quand Ra8 remblayait les rizières des pauvres. Ce sont pourtant ces démunis des bas-quartiers qui se battent et sont prêts à mourir dans les manifestations si on leur offre un espoir de changer leur sort. Les autres, en général, se contentent de tirer les dividendes de leur courage…

Le combat contre les injustices implique qu’on lutte contre toutes les injustices. Les principes de la République ne sont pas relatifs. Les richesses de Madagascar sont immenses et excitent toutes les convoitises, ce qui explique ces transactions maffieuses et l’implication de Chinois, Karana, Français de la Françafrique, etc… Les Malgaches ne profiteront pas de leurs biens tant qu’ils ne dépasseront pas le stade de la défense d’intérêts particuliers (ma pomme et ma famille d’abord, cause merina, cause côtière, petite bourgeoisie contre ancienne noblesse, etc…) pour intégrer les notions de «nation» et «d’intérêts nationaux». Ils pourront alors tenir la dragée haute face aux prédateurs, étrangers ou autochtones… D’ici là, les meilleurs d’entre eux continueront de se faire tuer, les autres de ramper…

 

Dimanche 27 mars 2011

« Merci, commandant Charl ! »

Le 17 mars 2011, Andry Rajoelina a voulu fêter ses deux ans d’accession au pouvoir en offrant une image d’ouverture. Il a donc remplacé son Premier ministre Vital Camille par… Camille Vital. La HAT (Haute autorité de transition) est passée experte dans l’art de respecter la lettre des textes ou des accords tout en en violant l’esprit. Le général Camille Vital, partisan incontestable d’Andry Rajoelina, est maintenant qualifié de «consensuel» et de «neutre». Depuis le «changement extra-constitutionnel», doux euphémisme que Norbert Ratsirahonana a trouvé pour «coup d’état», la sémantique est bien rodée.

Les opposants, composés des trois ex-présidents (Ratsiraka, Zafy et Ravalomanana) ont rejeté en chœur cette mascarade, tout en perdant dans l’histoire encore quelques lieutenants, comme Yves Aimé Rakotoarison. Ce dernier, membre de la mouvance Ravalomanana et animateur des réunions du Magro a trahi (un de plus) dans l’espoir de devenir «premier-ministre de consensus». En guise de consolation, il deviendra ministre chargé des relations avec les institutions. Les dirigeants s’amusent et amusent la galerie tout en poursuivant tranquillement leur plan initial : perdurer le plus longtemps possible aux commandes. L’astuce consiste à mettre sur le dos des autres la prolongation d’une gouvernance désastreuse sur le plan économique et social. La Hat procède donc en permanence à une inversion des valeurs et des responsabilités. Mamy Rakotoarivelo, ancien président de l’Assemblée nationale, et un des porte-paroles des légalistes, est en train d’en faire l’expérience.

Arrêté le 15 mars, suite à la dénonciation de deux individus, sa garde-à-vue a été prolongée de 15 jours. Tsimba et Misa l’auraient impliqué dans la ténébreuse histoire de l’attentat contre Andry Rajoelina qui aurait eu lieu dans la nuit du 2 mars. Ni victimes, ni dégâts, encore moins de témoins, la famille des deux hommes accusent la DST (Direction de la sécurité du territoire) de les avoir torturés pour les obliger à accuser l’ancien député. La DST est à la police judiciaire ce que la FIS (Forces d’intervention spéciale) est à la gendarmerie : une entité directement rattachée à la Présidence, donc à Andry Rajoelina, aux statuts et missions peu clairs et qui peuvent tout se permettre, y compris des violations de procédure et des atteintes aux Droits de l’homme.

Cette tentative d’éliminer un adversaire politique est si cousue de fil blanc que la France, le 17 mars, par la voix de Bernard Valero, porte-parole du Quai d’Orsay, n’a pu que prendre note «avec une certaine préoccupation, de la procédure judiciaire». Contrariés par la réaction française, des médias pro-HAT demandent que les bi-nationaux (comme l’ancien parlementaire) qui s’impliquent politiquement à Madagascar renient leur citoyenneté hexagonale. Emportés par leurs ressentiments, ils ont oublié qu’Andry Rajoelina et Camille Vital possèdent eux aussi la double nationalité, des comptes en banque et des propriétés en France.

On ne change pas une méthode qui a montré son efficacité. Raharinaivo Andrianatoandro (voir article : «La fuite en avant»), puis Fetison Rakotonirina (voir article : «Demain sera un autre jour…»), représentants successifs de l’ancien président, sont aussi passés par là. Rien de tel qu’un bon séjour à l’ombre pour se remettre les idées en place. A la sortie, on leur propose d’intégrer une équipe gouvernementale «consensuelle» afin d’isoler Ravalomanana de ses bases. Raharinaivo a cédé, la HAT ne désespère pas que Fetison et Mamy Rakotoarivelo fassent de même.

Dans cet imbroglio politico-judiciaire, -la DST a doublé l’Emmoreg (la gendarmerie) du général Ravalomanana (homonyme de l’ex-chef d’état)-, une voix s’est fait entendre, celle d’Alain Ramaroson, qui prétend mener sa propre enquête. Ce responsable de la commission de sécurité de la HAT n’a évidemment pas vocation à ce genre de tâche. Mais lui aussi fait ce qu’il veut. Fils de bonne famille, «chouchou» des Tananariviens en son temps, qui voyait en lui un champion de la démocratie, comme le furent Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, son image a changé du tout au tout avec le coup d’état. Il a été nommément accusé par le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina, actuellement en prison après le coup de force de la BANI (voir article : «Demain sera un autre jour… »), et par Albert Zafy. Il aurait planifié et organisé avec quelques autres le «Black Monday » et la tuerie du 7 février (voir articles : «C ’est la guerre …» et «auto-acquittement de la HAT») parce qu’«il fallait que du sang soit versé» pour retourner l’opinion.

Les aveux écrits de l’officier qui a participé activement au coup d’état (c’est lui qui a menacé les généraux à qui Marc Ravalomanana a remis le pouvoir) sont parfaitement recevables par un tribunal. Mais chose curieuse, il s’est fait traiter de «dérangé mental» par la ministre de la justice. Quant à Alain Ramaroson, sa réputation est si sulfureuse que la plupart des journalistes n’ont pas osé écrire son nom quand ils ont rapporté les propos du «commandant Charl» et du vieux Zafy. Il y a quelques raisons à cela. Ses hommes de main sont ces fameuses «milices» dénoncées aussi bien par les légalistes que l’Union Européenne.

Les anciens officiers putschistes, en particulier le «commandant Charl» et le général Noël Rakotonandrasana se sont rachetés aux yeux de beaucoup de Malgaches. Du fond de leurs cellules, ils ont donné moult détails et des noms, permettant de mieux comprendre les évènements. Ils ont innocenté de ce fait plusieurs personnes, dont l’ancien chef de l’état sur les chefs d’inculpation les plus graves. On comprend pourquoi la HAT n’a pas profité de sa volonté de retour pour l’arrêter à son arrivée et s’est évertuée à l’empêcher de débarquer le 19 février dernier.

La HAT continue ainsi son aventure en s’étant débarrassée au passage de ses «petites mains». Les officiers côtiers qui se sont battus pour l’arrivée d’Andry Rajoelina au pouvoir sont presque tous virés ou en prison. Il en est de même pour Roindefo Monja, dont Norbert Ratsirahonana ne voulait pas. C’est normal ! L’idéologie de ce dernier, c’est : «un Mérina au pouvoir». On peut dire ce qu’on veut de ces putschistes issus du Sud (et je l’ai dit, il suffit de relire mon blog) mais ils étaient courageux, et pour certains d’entre eux, sincères dans leur désir de changement. Ils ont été trompés. Les bénéficiaires du coup d’état sont pour la plupart des originaires des Hauts-Plateaux, qui ne sont apparus sur la place du 13 mai que mi-mars 2009, lorsque tout danger était écarté. On peut remercier ces officiers d’avoir tenté de réparer leur folie du 17 mars 2009 et de redonner ainsi un peu d’honneur à l’armée et au pays. L’histoire les jugera moins sévèrement que les traîtres et les retors qui cherchent désespérément à échapper à l’indignité quitte à tuer et à emprisonner des innocents…

Le nouveau gouvernement présenté le 26 mars, qui n’est, ni d’union nationale, ni de réconciliation ne sera pas reconnu par la communauté internationale. Une arrivée remarquable cependant : celle de Pierrot Rajaonarivelo, toujours sous le coup d’une condamnation pour détournement de biens publics et pas encore amnistié, comme ministre de l'Economie. La France l’avait déjà proposé en 2002 dans un gouvernement transitoire, où il y aurait eu des ravalomananistes et des ratsirakistes. Je le sais, c’est moi qui étais au Quai d’Orsay avec Guy Rajemison pour défendre Ravalomanana. L’ancien président se serait sans doute évité beaucoup d’ennuis s’il avait nommé une équipe diplomatique digne de ce nom à Paris, qui aurait désamorcé certains soutiens extérieurs de la HAT en amont.

Seule note d’espoir : Nadine Ramaroson a été reconduite à son poste de ministre de la population bien qu’elle ne soit pas en odeur de sainteté auprès de certains caciques du pouvoir. Elle agace avec ses dénonciations de la corruption et ses appels à la prise de conscience du peuple pour qu’il ne se laisse plus manipuler par les politiciens, qu’elle qualifie «d’affamés». Mais Camille Vital lui a rendu un hommage appuyé lors du retour de 86 petites bonnes du Liban et d’un enfant par un vol spécial le 23 mars. C’est un dossier qu’elle a porté à bout de bras pendant des mois tandis que certains de ses collègues s’occupaient de business de bois de rose avec les Chinois. La popularité de la ministre est telle que la HAT aurait pris un risque inconsidéré en la changeant. Elle m’avait confié qu’en 2009, «on» ne voulait pas lui donner un poste. Et Roindefo Monja m’a confirmé que c’est lui qui a fait le forcing pour qu’elle ait sa place de ministre. Il ne lui reste plus qu’à se faire un prénom puisque le nom a été préempté par quelqu’un d’autre…

Alain Rajaonarivony

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