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Billet de blog 19 février 2020

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Pitoyable Griveaux

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En partance pour la planète Mars, j’ai appris que Benjamin Griveaux démissionnait de la course à la mairie de Paris pour, je cite, divulgations de vidéos à caractère sexuel. La chute de ce personnage antipathique,  prétentieux, hautain et méprisant – souvenons nous, entre autres de sa sympathique saillie: « il y a un abruti chaque jour qui dit qu’il veut être maire de Paris » (1) - la chute donc de cet ancien  rapporteur en chef de la langue de bois gouvernementale m’a donc, sur le moment, « touché une sans faire bouger l’autre » comme le résumait fort justement un autre grand queutard et poète politique français.

Notre démocratie moribonde, aux relents de décadence et de chute de l’empire romain -voir les selfies présidentiels aux ambiances moites d’univers à la Tennessee Williams - vole tellement bas qu’il ne faut pas s’étonner, songeai-je sur le moment, que les majorité des coups  se joue en dessous de la ceinture… A mon retour j’ai donc appris que lesdites divulgations explosives, que j’imaginais être des pièges à la Strauss Kahn, savamment orchestrés, n’étaient en fait que de vulgaires vidéos, à l’intention d’une de ses maîtresses, sur lesquels l’intéressé se paluchait allègrement. Il n’y a, bien entendu aucun mal, bien au contraire, à faire pleurer le petit Jésus ou à s’astiquer le poireau mais ne faudrait-il  pas, comme le résume si bien Serge July, « n’être tout simplement qu’un con, à l’époque des réseaux sociaux, pour poster ce genre de vidéo ». (2)

Un con, peut-être, mais surtout un de ces petits barons bouffis de suffisance tellement déconnecté de la réalité, pour se croire au-dessus des autres. A l’instar d’un Fillon ou d’un Benalla, intouchable et indétrônable. Bien entendu, les vierges effarouchées et les pères la morale, ont volé aux secours du soldat Griveaux, dénonçant une atteinte insupportable à la vie privée. Et en jetant évidemment l’anathème sur des réseaux sociaux qui n’avaient fait, jusqu’alors, qu’en rire. Jusqu’au pitoyable Castagneur qui a exprimé son émotion personnelle en soulignant, dans un reportage sur BFMTV (3) que le fait de diffuser des vidéos, sans consentement de l’auteur, constitue un crime susceptible d’être puni par la loi. Très exactement par l’article 226-2-1 du Code Pénal précise le sinistre de l’intérieur après avoir jeté un discret coup d’œil sur une fiche de lecture concoctée par un obscure scribe. Histoire de faire croire qu’il maîtrise le sujet… Le triste sieur ne craindrait-il aussi d’autres révélations ? Sans doute plus torrides que les images qui ont circulé, le montrant en train de se trémousser contre le ventre d’une belle inconnue, dans une boîte de nuit parisienne ?

Encore une fois, chacun fait ce qu’il veut de sa bite, de sa zézette ou de son trou du cul. A condition de ne nuire à l’intégrité physique et morale de personne. Mais que dire d’un abruti qui, volontairement, étale son anatomie sur la toile ? Cet acte serait-il moins répréhensible que celui d’un pervers narcissique qui exhibe sa quéquette devant des enfants innocents, à la sortie d’une école ? Ne soyons évidemment pas dupes. Pourquoi certains médias mainstream ont sorti la vidéo, dévoilant les frasques de Carlos Ghosn, des mois après en avoir tourné les images ? Les scoops n’existent pas. L’information sort quand elle sert les intérêts de certains puissants et il y a évidemment des commanditaires à cette fuite médiatique. Mais, encore une fois, la tête de nœud qui s’est fait seppuku en direct ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Fallait-il diffuser ces images ? Oui car le domaine privée s’arrête où commence la vie publique et lorsque les donneurs de leçons, les ayatollahs moralistes, les mormons partouseurs se prennent les doigts dans le pot de confiture, il faut étaler au grand jour leurs insupportables contradictions. Tiens, ça me rappelle un certain Serge July qui, bien des années plus tard, faisait son mea culpa en regrettant de ne pas avoir révélé le secret de polichinelle que constituait, à l’époque, pour les journalistes dits spécialisés, l’affaire Mazarine. Les deniers publics avaient en effet été dilapidés pour mettre en place une cellule d’écoute en charge d’espionner les personnes susceptibles de dévoiler le fruit d’un amour caché. Le Sphinx, pour lequel je n’ai jamais eu la moindre sympathie, serait en effet, à mon sens, sorti grandi, en avouant n’être, au final, qu’un homme. Un homme, porteur d’ombre et de lumière, à même de succomber, comme chacun d’entre nous, au désir de la chair et à l’appel de l’amour. Un homme qui, en voyant et en acceptant ses limites ouvre un possible pour les dépasser.

(1) https://www.lepoint.fr/politique/exclusif-benjamin-griveaux-et-les-abrutis-17-07-2019-2325185_20.php

(2) https://www.youtube.com/watch?v=TDyEMaN8638

(3) https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/christophe-castaner-exprime-son-emotion-personnelle-pour-benjamin-griveaux-et-appelle-au-respect-de-la-vie-privee-1222771.html?fbclid=IwAR3l5XN9MlP08eyNlytVwHDUSFNHQ_hOghYo-q_JD8XHM4m4LOIGeXRfTvI

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