Frédéric Desmons et "la liberté absolue de conscience" au GODF


Frédéric Desmons (1832 - 1910) : « La franc-maçonnerie, la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine »

Frédéric Desmons est né en 1832 à Brignon, petite commune du département du Gard, entre Nîmes et Alès. Il fait ses études au collège d’Alès, puis à la pension Lavondès à Nîmes.

Il suit ensuite les cours de la Faculté de théologie de Genève, fief du protestantisme calviniste, où il se prépare à embrasser le ministère pastoral. Il est reçu docteur en théologie en 1855.

De retour en France, Frédéric Desmons devient successivement pasteur de l’Église Réformée de 1856 à 1881, à Ners dans le Gard, puis à Vals-les-Bains en Ardèche, et enfin à Saint Géniès de Malgoirès dans le Gard, à quelques kilomètres à peine de Brignon.

Le Franc-maçon

Frédéric Desmons est initié le 18 janvier 1863 à la franc-maçonnerie au sein de la loge L'Echo du Grand Orient de France fondée à Nîmes quelques années plus tôt en 1857 par un certain Firmin Fatalot, cadre aux chemins de fer. Il y obtient tout à fait régulièrement les trois degrés symboliques.

En 1867, Frédéric Desmons quitte sa loge-mère pour fonder, à Saint-Géniès de Malgoirès, un autre atelier sous le nom distinctif de Le Progrès.

Dès 1873, il entre au Conseil de l'Ordre du GODF. Il reste vigilant à tous les vœux des loges concernant la suppression des références à l’existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme et s'oppose de nombreuses reprises aux « conservateurs » de l'obédience. Lors du convent de 1877, Frédéric Desmons est nommé rapporteur du vœu n°IX émanant de la loge La Fraternité progressive de Villefranche-sur-Saône visant la révision de l'article 1er de la constitution du Grand Orient de France. À cette occasion, devant les représentants des Loges, Desmons prononce un discours au sujet de la formule de l’article premier de la constitution de 1849, qui va passer à la postérité et emporter l'adhésion enthousiaste d'une majorité de vénérables :

« (…) Nous demandons la suppression du second paragraphe de l’article premier de notre Constitution parce qu’il nous paraît contradictoire avec le paragraphe suivant du même article.

Nous demandons cette suppression parce que cette formule nous paraît devoir créer bien souvent des embarras à bien des Vénérables et à bien des Loges qui, dans certaines circonstances sont contraints, ou bien d’éluder la loi, ou bien de la violer.

Or, la Maçonnerie ne doit-elle pas donner toujours l’exemple de l’observation et du respect de la loi ?

Nous demandons la suppression de cette formule parce que, embarrassante pour les Vénérables et les Loges, elle ne l’est pas moins pour bien des profanes qui, animés du sincère désir de faire partie de notre grande et belle institution qu’on leur a dépeinte, à bon droit, comme une Institution large et progressive, se voient tout à coup arrêtés par cette barrière dogmatique que leur conscience ne leur permet pas de franchir.

Nous demandons la suppression de cette formule parce qu’elle nous paraît tout à fait inutile et étrangère au but de la Maçonnerie. – Quand une société de savants se réunit pour étudier une question scientifique, se sent-elle obligée de mettre à la base de ses statuts une formule théologique quelconque ? – Non n’est-ce pas ? – Ils étudient la science indépendamment de toute idée dogmatique ou religieuse. – Ne doit-il pas en être de même de la Maçonnerie ? Son champ n’est-il pas assez vaste, son domaine assez étendu, pour qu’il ne lui soit point nécessaire de mettre le pied sur un terrain qui n’est point le sien ?

Non. Laissons aux théologiens le soin de discuter les dogmes. Laissons aux Églises autoritaires le soin de formuler leur syllabus. – Mais que la Maçonnerie reste ce qu’elle doit être, c’est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes les idées morales et élevées, à toutes les aspirations larges et libérales. Qu’elle ne descende jamais dans l’arène brûlante des discussions théologiques qui n’ont jamais amené – croyez-en celui qui vous parle – que des troubles ou des persécutions. – Qu’elle se garde de vouloir être une Église, un Concile, un Synode, car toutes les Églises, tous les Conciles, tous les Synodes ont été violents et persécuteurs – et cela pour avoir toujours pris pour base le dogme – qui, de sa nature est essentiellement inquisiteur et intolérant. Que la Maçonnerie plane donc majestueusement au-dessus de toutes ces questions d’Églises ou de sectes, qu’elle domine de toute sa hauteur toutes leurs discussions, qu’elle reste le vaste abri toujours ouvert à tous les esprits généreux et vaillants, à tous les chercheurs consciencieux et désintéressés de la vérité, à toutes les victimes enfin du despotisme et de l’intolérance.

Telle est, mes Frères, la conclusion à laquelle est arrivée votre Commission, et, si quand il s’est agi de la question d’opportunité, nous avons été 8 contre 1, j’ai la joie de vous dire que, pour toutes les raisons que je viens de vous rappeler, nous avons été unanimes à adopter la résolution suivante que nous avons la faveur de vous proposer :

1° L’Assemblée, considérant que la Franc-Maçonnerie n’est pas une religion ; qu’elle n’a point par conséquent à affirmer dans sa Constitution des doctrines ou des dogmes. « Adopte le vœu n° IX ».

2° L’Assemblée décide que le second paragraphe de l’article 1er de la Constitution aura la teneur suivante : « La Franc-Maçonnerie a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine ».

3° L’Assemblée supprime, comme formant double emploi avec le second paragraphe modifié, le paragraphe 3 ainsi conçu : « La Franc-Maçonnerie regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et n’exclut personne pour ses croyances ».

4° L’Assemblée décide enfin que l’art. 1er de la Constitution aura désormais la teneur suivante : « La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l’exercice de la bienfaisance. Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle a pour devise : Liberté. Égalité. Fraternité ».

Si ces propositions sont adoptées par l’Assemblée, votre Commission vous propose d’inviter le Conseil de l’Ordre à étudier la question relative à la révision des rituels actuellement en usage (…) ».

En 1877, le Grand Orient de France rejoint donc les Grands Orients de Belgique et d'Italie, la Grande Loge de Buenos-Aires et la Grande Loge de Hongrie qui avaient adopté la même résolution quelques années auparavant. Depuis, le Grand Orient de France fait l'objet d'une mesure d'ostracisme de la part de la maçonnerie anglo-saxonne.

Devenu un personnage de premier plan, Frédéric Desmons est élu président du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France à cinq reprises : de 1889 à 1891, de 1896 à 1898, de 1900 à 1902, de 1905 à 1907, et en 1909... jusqu'à son décès en 1910.

Biographie

Les extraits de l’intervention de Frédéric Desmons au Convent de 1877 sont tirés de la biographie de Daniel Ligou : « Frédéric Desmons et la Franc-Maçonnerie sous la IIIe République » , ouvrage réédité en 2012 par Théolib, collection Sources Laïques, 310 pages, 28€ + frais de port. commande directe à Pierre-Yves Ruff, Écrivain-Editeur : Théolib • Maison d’édition associative - La Saulnerie de Bas – 50750 Saint-Martin de Bonfossé – theolib@theolib.com – 02 33 55 07 10 • 06 89 96 79 87 - www.theolib.com

 

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