Théâtre National de Marseille. La Criée : nomination

Une nomination qui ne sera pas controversée

Pendant plusieurs mois, la succession de l'ancien directeur Jean-Louis Benoît, directeur "blacboullé" sans qu'on connaisse la moindre raison de cette disgrâce soudaine, a été remercié puis ré-entendu afin d'être traité à peu prés correctement : qu'il ait quand même le temps de terminer la saison 2010-2011.

On rappelle quand même que les péripéties qui ont précédé et accompagné les travaux de restauration de la Criée ont privé pendant plusieurs mois ses équipes de leurs outils, avant qu'une salle, la "petite" puisse recommencer une saison forcément handicapée. Le Ministère de la Culture a tout de même décidé de répondre favorablement au directeur sortant. Malgré tout, cela commence d'étonner, ce genre de pratique n'étant tout de même pas l'habitude de ce Ministère.

On rappelle que la nomination du Directeur d'un Centre Dramatique National n'est pas de la responsabilité du Maire de la Ville. Du Ministre...? En principe, c'est même la règle. De l'Etat, en tout cas certainement.

Le processus de candidature démarre à peu prés normalement, conformément aux habitudes, même si la Presse locale engage le débat avec des informations sur des candidats, comme si les jeux étaient déja faits.

Aprés un premier tour d'analyse, un jury constitué conformément aux rêgles en vigueur sélectionne une "short liste" en retenant trois candidats :

Simon Abkarian, comédien (Théâtre, Cinéma), metteur en scène indépendant, ancien du Théâtre du Soleil, qui sera rapidement éliminé. On pouvait penser pourtant qu'avec une déjà intéressante carrière cet encore jeune metteur en scène aurait pu intéresser les responsables au moment où la Ville prépare son année de Capitale Culturelle de l'Europe, statut qu'elle a obtenu à cause justement de son ouvertures aux expériences fondatrices (Friche la Belle-de-Mai, Cité des Arts de la Rue, nombreuses initiatives d'implantations artistiques avec expériences de politique de la Ville, etc...). On aurait pu penser aussi que la nomination d'un directeur d'origine arménienne aurait pu avoir une réelle valeur symbolique dans cette ville trés cosmopolite.

Catherine Marnas, metteuse en scène trés implantée dans la Région, sollicitée par le Ministère pour poser sa candidature. Aprés quelques années de proximités auprés d'Antoine Vitez, elle rejoint Georges Lavaudant au TNP de Villeurbanne qu'elle assiste en directrice d'acteurs de plusieurs de ses spectacles (Bulle Ogier, par exemple). Elle s'installe ensuite en Provence-Alpes-Côte d'Azur en compagnie indépendante déclinant ses savoir-faire auprés des élèves de l'Ecole d'Acteur de Cannes, mettant en scène des auteurs contemporains tout en assumant des missions artistiques ou pédagogiques dans plusieurs pays du Monde, du Mexique à l'Extrême-Orient. Elle est largement soutenue par les théâtres de la Région et d'autres théâtres en France, et s'installe à Marseille puis à la Friche la Belle-de-Mai en 2008. La direction de la Criée peut couronner une carrière régionale exemplaire doublée d'échos nationaux et internationaux incontestables.

Macha Makéief, artiste plasticienne et metteuse en scène célèbre, épouse et collaboratrice de Jérôme Deschamps avec lequel elle partage la paternité de spectacles ("des chiens" et autres) et la direction d'équipements successifs (Théâtre de Nîmes, Opéra Comique, etc...). La notoriété nationale et internationale de Macha Makaief ne souffre aucune comparaison avec celles des deux autres candidats, et ses amis habitent les hautes sphères de notre Pays. Originaire de Marseille, Macha Makéief se voit bien retrouver sa ville natale. Et puis la perspective d'une Capitale Culturelle, même à brefs délais, peut proposer une belle perspective.

Le jury, réuni fin septembre, reçoit les candidats, réservant les deux metteuses en scène, mais, contrairement aux habitudes, on peut même dire la tradition, ne se prononce pas, décidant d'attendre la décision du Ministre.

Pendant trois mois, dans cette capitale Culturelle de l'Europe dans deux ans, la nomination de la direction de son théâtre National n'est pas prononcée : hésitations et rumeurs se succèdent.

Finalement, la "décision" est prise. pendant les Fêtes, ou juste avant : contre l'avis même pas dissimulé de la Ville et de la Région, contre le choix apparent de la DRAC et du Ministère, et malgré les incertitudes de son dossier, c'est madame Macha Makaief qui est nommée.

Ajoutons que l'avis des professionnels de la Région n'a pratiquement jamais été consulté, en tout cas pas de façon systématique.

On va nous amuser un peu en disant que le Ministre seul a pris la décision, aprés il est vrai trois mois d'hésitations.

Tout cela est parfait : nous sommes dans un processus parfaitement démocratique et la République est une bonne fille. Qui pourrait contester cette nomination ?

 

Philippe Foulquié

directeur du Théâtre Massalia

fondateur de la Friche la Belle-de-Mai

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.