Professions réglementées:une réforme dangereuse

Après le rapport Attali, que l’ancien Président a fini par abandonner, voici le feuilleton sorti de la technocratie parisianiste (des financiers, pas des experts de chaque profession).

Un rapport bien caché et un parcours sans aucune concertation, puisque Montebourg, ancien avocat, a déjà sollicité l’avis du Conseil d’Etat, et le gouvernement veut agir vite, par Ordonnance. De quoi s’agit-il ?

37 professions retenues dans un échantillon d’analyse, qui emploient 1,1 million de personnes, ciblées par l’IGF (Inspection générale des Finances) uniquement sur le critère de haut niveau de rentabilité et de revenus. Le gouvernement veut s’attaquer dogmatiquement à une population, créatrice d’emplois et de richesses, alors qu’il est incapable d’endiguer le chômage. Au grand paradoxe, il se refuse à instaurer un plafond de salaire maximum, Medef oblige.

Professions de droit (avocats, huissiers, notaires, commissaires priseurs, greffiers, administrateurs judiciaires….), professions de santé (généralistes, dentistes, prothésistes, vétérinaires, pharmaciens, kinés, infirmiers libéraux……..) professions du chiffre, (experts comptables) des métiers artisanaux (plombiers, menuisiers, peintres, taxis …….) et autres domaines (agents immobiliers..) ont été passées à la moulinette. Toute l’analyse s’est fixée sur le niveau des revenus, obsession de la gauche.

Le rapport préconise des options pouvant conduire à des modifications d’exercice de certaines professions, une ouverture à la concurrence, des modifications tarifaires pour l’amélioration des droits des consommateurs, l’orientation vers des coûts réglementés, une plus grande liberté d’installation et d’accès à certaines professions.

La médiatisation de ce projet  a conduit à des effets d’annonces démagogiques de 130.000 créations d’emplois et d’une baisse des tarifs pour les consommateurs.

Cette réforme repose sur un rapport qui n’a fondé ses analyses que sur le plan financier, sans aucune approche sur le professionnalisme, la qualité des prestations, les conséquences humaines, la sécurité des prestations. Il s’agit d’une réforme partielle, partiale, et vouée à l’échec et qui va entraîner une levée de boucliers des 1,1 millions de salariés concernés, dont le devenir est en danger.

Le rapport est passé à côté des risques de grandes mutations pouvant entraîner des charrettes de licenciements. Ce rapport transpire l’application des injonctions de Bruxelles, d’ouvrir à la concurrence avec les conséquences que l’on connait déjà dans d’autres domaines. Prenez l’exemple de l’électricité et du gaz qui avaient des tarifs réglementés. Bruxelles a incité les Etats à les ouvrir à la concurrence et cela s’est traduit par des offres commerciales, dont le prix est bloqué pendant deux ans, et libre ensuite. Partout en Europe les consommateurs s’insurgent d’une flambée des prix de ces énergies à tarif libre.

Il en serait de même dans ce projet de réformer au hasard 37 professions, qui entraînerait une très grave déqualification des prestations, de certains professionnels, une insécurité des actes juridiques, donc des contentieux judiciaires à l’image des pays anglo-saxons, des hausses de tarifs à terme pour les consommateurs et un véritable danger sanitaire sur le plan des médicaments.

On veut changer un système sécurisé, qui donne satisfaction, envié parfois dans le monde, pour un système ouvert à la concurrence, pour faire plaisir à Bruxelles, au détriment de tous les consommateurs.Le Gouvernement a cédé à Bruxelles pour obtenir un répit sur ses injonctions reçues sur ses déficits publics.De ce fait, il a déjà décidé d'agir par voie d'Ordonnance, pour éviter tout débat, après une totale absence de concertation.

Cette réforme ne verra pas le jour, si à une épreuve de forcing du gouvernement, il est répondu une vaste et forte mobilisation des acteurs impliqués.

 

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