Une dignité de fin de vie

Je mesurais voilà un an dans un article paru sur le Nouvel Observateur la sensibilité du débat. J’exprimais le vœu qu’il soit abordé avec sérénité et sagesse, et non pas dans l’hystérie de certains courants de pensée intégristes cathos, comme dans  le mariage pour tous.

La conférence citoyenne mandatée pour établir des propositions sur la fin de vie, s'est prononcée, lundi 16 décembre 2013, en faveur du suicide assisté et de la création d'une exception d'euthanasie, selon le principe qu'il n'y a non pas « une », mais « des » fins de vie. Celle-ci s'appliquerait dans les cas où le patient est dans l'impossibilité d'exprimer sa volonté.

Les voix que j'avais explorées le 8-7-2013 dans le même éditorial sont assez voisines de celles retenues par ce groupe citoyen.L'annonce du Président de la République instituerait dans le cadre d'un projet de loi une sédation douce et progressive dès lors oû le patient aurait manifesté préalablement ses directives écrites.On se refuse de parler d'euthanasie ou de suicide assisté,on se cache derrière les mots,dont certains peuvent susciter des joutes verbales ou des agressions idéologiques, tellement la matière est sensible dans un pays de culture judéo-chrétienne.

La Belgique nous apporte un éclairage supplémentaire  sur leur pratique , utilisée depuis 11 ans, avec la satisfaction du corps médical, et dont le législateur serait bien venu de s'en inspirer.

La loi belge du 28 mai 2002 adoptée après deux ans de débats dépénalise l'euthanasie active. Celle-ci est définie dans la loi comme étant "l'acte, pratiqué par un tiers, qui met intentionnellement fin à la vie d'une personne à la demande de celle-ci".

L'acte d'euthanasie est autorisé sous trois conditions :

  • le patient doit être  capable et conscient au moment de sa demande;
  • celle-ci doit être formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée et ne résulte pas d'une pression extérieure;
  • le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fait état d'une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d'une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable.

Le médecin qui pratique l'acte doit être volontaire, aucune personne ne peut être contrainte d'y participer (une forme de clause de conscience par rapport au serment d’Hippocrate).

La procédure à suivre par le médecin est strictement définie par la loi, complétée d'arrêtés d'application. Elle comprend l'information précise au patient quant à son état et aux possibilités de soins palliatifs, le respect des conditions imposées (voir ci-dessus), la consultation d'un deuxième médecin indépendant, et le respect d'un délai minimum d'un mois entre la demande écrite du patient et l'euthanasie.

J'ajoute, à titre personnel, qu'on pourrait imaginer, que la loi prévoit, lorsque le patient est encore en bonne santé, d’exprimer par anticipation une telle volonté, par acte reçu devant un Notaire.

Que les esprits intégristes et intolérants, se calment d’ores et déjà, il ne s’agit pas de consentir un permis de tuer, mais de permettre à tout être humain, qui s’il n’a jamais choisi de vivre, ait au moins le droit de choisir sa fin de vie.La loi ne ferait dans ce cas, que lui permettre de faire respecter ses dernières volontés.Dans une république laïque, la religion et les croyances doivent s'écarter devant la volonté du peuple.

 

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