Corée du Nord: vers la fin de l'oubli ?

Voilà quelques mois j’avais entrepris une tournée planétaire des grands journaux ,afin de faire connaître l’existence de ma pétition, pour saisir le Procureur de la Cour Pénale Internationale, dans le but de dénoncer le génocide coréen, et poursuivre ses responsables pour crimes contre l’humanité.

Ma déception fut grande  car  aucun grand journal ne s’est intéressé à cette cause et même pas Amnesty International. Seul le Nouvel Obs avait publié un article sur l’existence de cette pétition qui a réuni le chiffre ridicule de 117 signatures.

Et pourtant le rapport de la Commission de l’ONU de février 2014 est accablant.

La Commission estime que "des centaines de milliers de prisonniers politiques ont péri dans des camps pendant les 50 dernières années", "graduellement éliminés par des famines délibérées, le travail forcé, les exécutions, la torture, les viols et le refus des droits de reproduction appliqués par des punitions, des avortements forcés et des infanticides".

Les trois juristes internationaux qui la composent ont établi que le nombre de camps et de prisonniers a diminué suite aux décès et à quelques libérations mais ils ont estimé que "80.000 à 120.000 prisonniers politiques sont actuellement détenus dans quatre grands camps prisons pour les politiques".

Parmi les politiques qui constituent des crimes contre l'humanité selon les définitions du droit international, la Commission énumère les "exterminations, meurtres, esclavages, tortures, viols, les avortements forcés et autres violences sexuelles, les persécutions sur des bases politiques, religieuses, raciales et selon le sexe, les transferts forcés de population, les disparitions et les actes inhumains provoquant de façon délibérée des famines prolongées".

Désappointé, par l’indifférence mondiale, je me suis réfugié dans l’écriture, un roman, récemment publié en France et en Belgique, « le sentier du juste », qui obtient un réel succès, où j’ai réservé à mon héros une séquence sur ce sujet. J’ai fait promettre à mon héros de continuer à agir.

Ce qu’il faut savoir : la Cour Pénale Internationale ne peut être saisie que par un Etat, ou par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Autant dire un coup d’épée dans l’eau avec la position de la Chine et de la Russie. Il existe une 3e voie, celle que le Procureur lui-même décide d’ouvrir une enquête.

 

Cette voie n’a jamais été explorée et c’est une première mondiale que j’ai réalisée en saisissant moi-même le Procureur aidé par mes 117 signataires et en produisant le rapport accablant de la Commission de l’ONU.

Le Procureur vient de m’accuser réception de ma saisine et m’a garanti une réponse motivée.

Les chances sont faibles que le Procureur déclenche une enquête et pourtant il peut auditionner des témoins encore vivants qui ont quitté la Corée du Nord et peuvent attester de l’existence sans conteste d’un génocide.

Et comme aurait dit le Président de cette Commission Michael Kirby :

"A la fin de la Seconde guerre mondiale, tant de gens ont dit : 'Nous ne savions pas'", en présentant son rapport à la presse à l'ONU à Genève.

Maintenant, la communauté internationale sait", a-t-il poursuivi à propos des crimes contre l'humanité dénoncés dans le rapport. "Il n'y aura pas la possibilité d'excuser une défaillance d'action en disant : 'Nous ne savions pas'."

Moi, je l’ai su et j’ai tenu à le faire savoir .J’ai l’espoir qu’une action de suivi sera menée pour poursuivre les centaines de tortionnaires qui sévissent encore loin de nous et que ces victimes ne sombrent pas dans l’oubli.

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