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Billet de blog 29 déc. 2019

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Origine du concept de propriété

Parce que nous avons subi le fait de propriété qui date d’environ 4'000 à 5’000 ans sans en comprendre ni l’origine, ni les conséquences, notre espèce a connu depuis plus de dissensions et de conflits que durant toute son histoire précédente...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La notion de territoire            

Le territoire considéré comme espace géographique permettant de couvrir les besoins, principalement en alimentation, d’un nombre minimum de membres d’une espèce vivante afin que ladite espèce puisse se perpétuer est une notion, pour ne pas dire une conscience, qui sont communes à toutes les espèces animales, terrestres, aériennes ou marines. La notion se retrouve également chez la plupart des insectes et jusque dans le règne végétal.

Les lions, ours, loups, ou rapaces, pour seuls exemples, ont une conscience aigüe du territoire que chacun leur reconnaît. L’espèce humaine, particulièrement notre branche sapiens, a vécu la nécessité de territoire durant des dizaines pour ne pas dire des centaines de milliers d’années. Le plus long du temps de son évolution, quasiment le 99%. La notion de territoire est intrinsèquement attachée à sa nature profonde comme elle est attachée à celle des autres espèces.  

La notion de territoire dont l’extension n’est pas la même pour chacune des espèces appelle celle de répartition territoriale. En effet, pour trouver subsistance, les individus d’une même espèce ont à se répartir sur des territoires différenciés qui recouvrent ceux mêmes d’autres espèces. La maintenance de la diversité des espèces est garantie par l’équilibre que chacune trouve dans cette répartition qui offre les ressources nécessaires à son alimentation donc la possibilité de se perpétuer. L’expansion des espèces ainsi régulée, les éventualités que l’une puisse s’étendre au détriment d’une autre sont fortement contenues.

L’origine du concept de propriété : des aprioris trop consensuels

Il est communément admis que le concept de propriété, propre à la seule espèce humaine, serait apparu, puis se serait imposé durant la sédentarisation de notre espèce, soit durant le néolithique. Le concept de propriété aurait été essentiel à l’équilibre et à l’harmonie des échanges dans les groupes d’humains ayant dépassé en nombre d’individus celui d’une tribu de chasseurs-collecteurs. Le fait de propriété aurait soutenu le développement de structures sociales organisées, contribuant aux échanges et à l’expansion de notre espèce.

Le postulat avancé est le suivant : le concept de propriété aurait surgi spontanément et serait issu de l’extraordinaire capacité d’adaptation de l’espèce humaine au changement de paradigmes lors de la sédentarisation. Expression de l’intelligence humaine, le concept de propriété est preuve de la capacité d’adaptation de notre espèce. Il a contribué à générer des règles d’harmonie et de pacification utiles aux échanges dans des communautés d’individus plus larges que celles des groupes de chasseurs-collecteurs.

Le concept de propriété, sacralisé et respecté, constituerait l’unique garantie pour le développement d’échanges, ces derniers étant eux-mêmes perçus comme seule source de développement puisqu’élargissant nos savoirs communs. Il y aurait donc un lien naturel entre le fait de respecter le principe de propriété et la nécessité de garantir l’harmonie, la paix et le développement des sociétés humaines élargies.

Si l’on peut convenir que le concept de propriété a bien dû apparaître durant le temps long de la sédentarisation, plus probablement dans la fin de ces temps, il est beaucoup plus difficile d’admettre la suite du propos qui n’est que conjecture.Il nous est ici proposé, sans autre réflexion ou démonstration et dans un conformisme stupéfiant, d’admettre la notion de propriété comme essentielle à notre capacité de vivre en nombre sur un territoire restreint.

Nous sommes invités à reconnaître en la propriété, et le respect de son principe, le facteur premier ayant permis le développement d’échanges matérialisés de biens et de services entre les membres de l’espèce. Des échanges, générateurs de gains et progrès, auraient pu se développer grâce au principe de propriété qui aurait aboli l’appropriation selon la loi du plus fort. En effet, l’appropriation selon la loi du plus fort ne peut générer de surplus, donc de progrès, parce qu’économiquement neutre puisqu’à un gain correspond une perte. Nous noterons au passage que l’argument procède d’un sophisme éclairant, car appropriation il ne peut y avoir que s’il y a déjà possession ou propriété. Or, des échanges entre groupes d’individus sont attestés par l’archéologie dès le paléolithique supérieur puis au mésolithique, soit bien avant l’émergence d’un quelconque concept de propriété qui date, vraisemblablement et selon tous les avis éclairés, de la toute fin du néolithique.  

Pour avoir substance, le fait de propriété doit être admis par une majorité d’individus. Le dépeindre comme naturel à la nature humaine, utile et absolument nécessaire à la protection des biens dont peuvent jouir les individus fait donc l’objet d’un discours consensuel permanent. Ceci au point même que nul, à l’exception de quelques-uns à avoir critiqué le fait de propriété pour l’accaparement des ressources qu’il autorise, n’a osé ou n’ose en questionner l’origine et la nécessité.

Sédentarisation et notion de territoire  

La sédentarisation des premiers groupes d’humains, le début d’une répartition des tâches entre individus dans le groupe, puis le développement des pratiques et techniques agro-pastorales ont permis des gains en productivité et efficacité qui ont rendu moins aléatoire la couverture en besoins alimentaires. La production d’aliments étant mieux maîtrisée, devenue presque prévisible et planifiable, les perspectives de survie des groupes humains d’agriculteurs-pasteurs étaient mieux assurées. La nécessité de se déplacer ou de parcourir de larges étendues pour collecter fruits et baies, pour tracer et chasser le gibier, disparaissait peu à peu. Les tribus ou groupes humains pouvaient croître en nombre sans nécessité de se diviser toujours afin de se répartir sur de nouveaux territoires.

Plus les groupes croissaient en nombre d’individus, plus ils vivaient sur des espaces retreints faisant apparaître villages et premières cités, plus ils développaient leurs savoir-faire agro-pastoraux et plus ils se libéraient de la nécessité de disposer de vastes territoires afin d’y trouver toujours à se nourrir.

Ainsi, le genre humain a pu être délié de la nécessité impérative de disposer de vastes espaces et de s’y répartir pour assurer son alimentation, partant sa survie, nécessité inscrite dans ses habitudes, gênes et atavismes depuis plus d’une centaine de milliers d’années.

Ce serait donc au moment où les humains parvenaient à se libérer de l’exigence territoriale que certains d’entre eux ont inventé, accepté et intégré un tout nouveau concept de propriété. La question du pourquoi et comment a pu survenir un tel concept jusque-là totalement ignoré mérite d’être posée.

La notion de territoire : un atavisme transmis et maintenu

Nous nous savons être les héritiers génétiques d’une lignée remontant aux premiers sapiens, lignée qui a, de plus, connus quelques croisements avec Neandertal et l’homme de Denisova. Nous savons que des comportements et des savoirs sont transmis au moment de la conception de génération en génération afin que le nouveau venu de l’espèce n’ait pas à refaire le travail de ses aïeux, expérimenter à nouveau ou réapprendre ce que ses prédécesseurs avaient déjà intégré. Plusieurs expériences scientifiques récentes ont révélé la réalité de telles transmissions de savoirs en des dimensions que nous ne soupçonnions pas. La part de l’inné se révèle plus large que ce que nous pensions. Elle conditionne et influence la ligne de développement de nos acquis. Ceci est une réalité pour la plupart des espèces connues. Certains oisillons, dès les tous premiers instants d’après leur éclosion, savent spontanément distinguer par les formes les volatils présentant un danger pour eux de ceux qui leur seront inoffensifs. Lorsqu’au-dessus d’eux l’on fait passer l’ombre ou la forme d’une inoffensive mouette, ils continuent à piailler en s’étendant au plus haut, bec grand ouvert, réclamant à être nourris, mais lorsque ladite forme est troquée pour celle d’un milan ou d’une buse, rapaces qui pourraient s’en nourrir, on les voit immédiatement s’aplatir au plus profond du nid, se faire discrets et silencieux pour s’y bloquer presque sans bouger. L’aptitude à distinguer les formes implique la connaissance préalable et la mémoire desdites formes, l’aptitude à faire le tri entre celles qui correspondent ou non à un danger implique la connaissance préalable d’un lien ou non entre forme et danger. Ainsi, les connaissances préalables requises pour réagir comme le font ces oisillons sont déjà complexes en elles-mêmes, mais aussi très nombreuses. Ces simples oisillons les possèdent parfaitement à peine éclos. Force est de constater qu’un ensemble très complexe et construit de connaissances ou savoirs, fruit de l’expérience et des observations des générations précédentes, leur a bien été transmis lors de leur conception.

De la même manière, certains des savoirs et comportements les plus archaïques des plus lointains de nos ancêtres, jusqu’à ceux les plus récents des plus jeunes de nos ancêtres, nous ont été transmis, comme continueront à être transmis de générations en générations. Ces savoirs et comportements anciens sont inscrits dans nos gênes et sans doute au-delà, au plus profond de nos mémoires ou de notre subconscient. Ils exercent une influence sur nos façons d’appréhender notre environnement et sur la manière avec laquelle nous nous y comportons ou interagissons avec lui. 

Les exemples de transmissions comportementales ou de caractères génétique en provenance de nos lointains ancêtre abondent dans notre lignée sapiens : sur le plan physiologique, les dents de sagesses sont une survivance de la nécessité de mastiquer avant l’invention de la cuisson, nos stress et poussées d’adrénaline ont pour origine notre ancien statut de proie et la nécessité de fuir face aux prédateurs. Sur un plan comportemental, il est un exemple facile et quasi universel : la pudeur qui pousse les hommes à s’isoler pour assouvir le besoin très naturel de déféquer. Ce comportement a pour origine l’instinct de survie. En effet, au moment de se soulager il est quelques instants ou la physiologie empêche toute réaction et fuite immédiate face au danger. La stratégie pour compenser une telle vulnérabilité fut de se faire le plus discret et le moins repérable possible. Elle fut transmise aux générations suivantes parce qu’efficace. Le temps depuis lequel nos cadres de vie ne justifient plus ce type de comportement ne pèse guère en regard des temps longs où il était vital. La transmission d’un tel caractère a perduré. Nous l’assimilons aujourd’hui à un sentiment de pudeur dont nous faisons un fait culturel, partagé par la quasi-totalité des populations du globe.

La notion comme le besoin de territoire nous ont été transmis de la même manière. Le concept de propriété n’aurait-il donc pas pour origine la transmission d’un comportement archaïque devenu obsolète ? Ne trouverait-il pas son origine dans le souvenir d’une nécessité vitale vécue durant des temps immémoriaux ?

Du concept de propriété vécu comme une incongruité

Nos ancêtres nomades d’avant la sédentarisation n’ont jamais ressenti la nécessité de développer un quelconque concept ayant trait à la possession et rien de ce que nous connaissons ne permet d’en douter.  Il subsiste encore de nos jours et de par le monde de très rares groupes de notre espèce dont le mode de vie s’apparente beaucoup à celui de nos ancêtre chasseurs-collecteurs du paléolithique et néolithique. Ces survivants connaissent encore la notion de territoire ainsi qu’à l’origine. Ils ignorent tout concept de propriété et témoignent de l’absence de toute idée même de propriété. Dans ces communautés, nul ne saurait imaginer posséder ne serait-ce que d’une portion de sol, de forêt, de cours d’eau. Leur appréciation de la réalité fait de cette idée une telle incongruité qu’ils ne peuvent lui trouver un quelconque sens.

Du concept de détention opposé au concept de propriété

Ces survivants nous disent beaucoup de ce que furent nos ancêtres nomades. Ces derniers connaissaient l’usage d’outils complexes, divers et variés, dont certains, parfois rares à obtenir tel un silex provenant d’un puit d’extraction lointain, leur étaient précieux. Ce n’est pas pour autant qu’ils ont eu l’idée d’en faire une propriété. Certes, nos ancêtres pouvaient détenir en propre et individuellement beaucoup de ces objets, en fonction de leurs compétences, de leurs savoir-faire particuliers, mais l’usage qu’ils en faisaient et le bénéfice qu’ils pouvaient en tirer était toujours compris dans le cadre du groupe et dans l’intérêt du groupe. La détention en propre de certains objets prévalait donc dans ces sociétés. Le concept de détention était conséquence de l’observation, au fil du temps et dans le groupe, de la plus grande habileté ou expertise que pouvait apporter l’usage de l’objet par le même individu avec le temps.

La détention d’un bien par un individu ne s’oppose pas à l’intérêt collectif puisque le produit obtenu grâce ou avec le bien détenu s’adresse toujours au groupe tout entier. Par exemple : le chasseur détient sa propre masse ou lance mais le produit obtenu par leur usage est destiné à toute la tribu. La détention ne porte donc en elle aucune intention d’exclusion ou de distinction.

N’étant lié à l’usage que très marginalement, le concept de propriété a pour objet l’attribution d’un bien à une individualité. La jouissance du produit obtenu dudit bien l’est au bénéfice exclusif de cette même individualité dans un intérêt non plus collectif mais particulier. Le concept de propriété a pour conséquence d’isoler et de dissocier l’individu de l’ensemble du groupe. Par opposition à la détention, la propriété consiste en un isolement dont le corollaire est l’exclusion de ceux qui ne possèdent pas.

Le concept de détention prévalant jusque vers la fin du néolithique, il s’agit de tenter de comprendre ce qui pourrait avoir été la cause de l’émergence inattendue d’un concept de propriété jusque-là parfaitement inconnu.

Du la naissance du concept de propriété en tant que compensation d’un atavisme 

Les populations se sédentarisant étaient encore très proches, à l’échelle historique, du temps où les humains vivaient en petits groupes de chasseurs-collecteurs sur de plus vastes territoires nourriciers. Seules quelques générations séparaient les sédentaires de leurs ancêtres nomades. Bien que le cadre et les conditions de vie comme les perspectives de survie des agriculteurs-pasteurs les aient déliés de la nécessité de disposer d’un territoire pour la cueillette et la chasse, le besoin atavique de se rattacher à un espace nourricier restait profondément ancré en chacun des individus. En effet, le sentiment de nécessité pour un territoire fut transmis de génération en génération à chacun des descendant de l’espèce dans le but d’assurer la cohérence des comportements d’ensemble. Si l’expérience du territoire perdait peu à peu de sa réalité dans le quotidien des habitants des premiers hameaux et villages, elle subsistait très présente et fortement ancrée en leurs mémoires.

Bien que cela ait pu être contesté par ceux qui ignorent le concept de détention décrit plus haut, le fait de propriété a eu pour premier objet marquant et clivant des portions de sol, soit des morceaux de terres productives, donc des espaces qui peuvent s’apparenter au territoire nourricier des origines. Le lien avec la notion archaïque de territoire, inscrite dans nos gênes et nos atavismes comme essentiels à notre survie, apparaît comme trop marqué pour être le fruit d’une coïncidence.

En ce sens, le concept de propriété serait né du besoin de compenser l’absence de territoire nourricier commun, une absence ressentie comme contraire à un instinct nous l’imposant pour la survie de l’espèce. La notion de territoire telle que déclinée à l’échelle du groupe, aurait été transposée, à l’échelle individuelle et à titre substitutif, par le fait de disposer à titre individuel de l’usage comme du produit obtenu sur de plus petites portions de sol. 

D’une telle transposition, serait né le fait de propriété. Ainsi instauré, il comblerait en l’individu le vide ressenti pour l’absence de territoire commun et tromperait le besoin atavique d’en disposer à l’échelle du groupe ainsi que transmis et éprouvé jusqu’à nos jours de génération en génération à chacun des membres de l’espèce.

Le concept de propriété, n’a donc pas été pensé, élaboré par le génie de l’homme. Il s’est imposé à certains d’entre eux d’abord, puis aux autres ensuite, comme une réponse instinctive à un besoin atavique qui fut réduit, au niveau de l’individu, en le fait de disposer d’une portion de sol pour son usage exclusif. Au contraire de la notion originelle de territoire liée à la survie du groupe puis de l’espèce, le fait de propriété perd tout sens pour le collectif ou pour l’espèce puisqu’il est la résultante d’un acte compensatoire à l’échelle individuelle.

Du concept de propriété en tant que rupture majeure et facteur d’isolement

L’introduction du concept de propriété a eu pour conséquence d’isoler l’individu de son groupe. La possibilité de concevoir un intérêt particulier comme détaché de celui du collectif était alors ouverte. La continuité qui jusque-là liait intimement l’intérêt de l’individu à celui du groupe entier était brisée. Notre espèce connaissait en ce fait la rupture la plus importante de toute son histoire. L’invention des techniques et pratiques agro-pastorales, considérée par tous comme une mutation majeure, n’a jamais généré de bouleversements et de troubles aussi puissants et aussi radicaux sur nos modes de pensées et art de vivre ensemble que ce qu’a produit l’instauration du concept de propriété.

Durant près de 100’000 ans, l’individu ne se comprenait que dans le cadre du groupe. Il ne savait agir que pour et dans l’intérêt de ses congénères dont il avait conscience dépendre de la survie pour sa propre survie.

Depuis le fait de propriété qui ne date que d’environ 4'000 à 5’000 ans, l’individu se perçoit comme détaché de ses congénères et du groupe ainsi que de la nécessité de leur survie, celle-ci pouvant être perçue comme moins importante que son intérêt particulier à disposer de biens productifs de ressources destinées à son usage exclusif.

Une telle antinomie entre l’avant et l’après a placé tous les individus composant les groupes humains de l’après dans une situation inextricable de quasi schizophrénie. En effet, comment réconcilier l’atavisme et la mémoire de l’avant inscrite aussi fortement en nous, avec l’individualité émergente de l’après qui ne pèse que peu en regard des quelques cent mille ans d’expérience et de vie communautaire solidaire qui nous ont été transmises. C’est bien parce que nous avons subi le fait de propriété sans en comprendre ni l’origine, ni les conséquences dans tous ses aspects destructeurs de liens, que notre espèce a connu depuis lors plus de dissensions et de conflits entre ses membres que durant toute son histoire précédente.

La survenance du concept de propriété démontre de l’immense difficulté éprouvée par la plus grande partie des individus de notre espèce à s’adapter en conscience au changement de rythmes et cadre de vie tels ceux apportés par le développement des techniques et pratiques agro-pastorales lors de l’étape de la sédentarisation. Un tel développement n’exigeait pourtant en rien que l’on trouble ou contrarie les progrès qu’il promettait en introduisant une réponse non adaptée et non réfléchie à certains de nos besoins et instincts premiers.

Le concept de propriété est la conséquence d’une inintelligence. Il a très inutilement instauré une prééminence de l’individu sur le collectif, prééminence dont l’exaspération met en danger notre espèce et la menace même aujourd’hui d’extinction.

L’incapacité dont nous avons fait preuve jusqu’ici à comprendre le sens de notre trajet en tant qu’espèce grégaire n’est pas inéluctable. Le concept ou le fait de propriété doit être analysé, réfléchi et reconnu pour ce qu’il est, soit une extraordinaire insuffisance, une erreur fondamentale appelée à transformation. Un concept de détention doit être réhabilité ou réinventé et se substituer au concept de propriété afin que nos intérêts individuels et collectifs ne puissent plus être perçus, ni vécus, comme antagonistes, mais comme toujours intimement liés et complémentaires.

Philippe Glatz

le 29 décembre 2019

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