philippe guirlet

Sculpteur sur bois, pierre et terre d'ici et d'ailleurs, auteur du conte poétique "Planète"

Abonné·e de Mediapart

1 Billets

1 Éditions

Billet de blog 4 juillet 2014

philippe guirlet

Sculpteur sur bois, pierre et terre d'ici et d'ailleurs, auteur du conte poétique "Planète"

Abonné·e de Mediapart

Planète & Quidam – une histoire d'amour

philippe guirlet

Sculpteur sur bois, pierre et terre d'ici et d'ailleurs, auteur du conte poétique "Planète"

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le texte qui suit est une bouteille à la mer lancée pour rejoindre les rivages où se retrouvent la communauté Médiapart dans l'exploration de meilleurs horizons pour notre Planète.

Après moult voyages autour du globe, je me suis retrouvé dans une France rurale déboussolée que rejoint le délire de modernité destructrice d'une élite sybarite. J'entretiens un potager et je plante des arbres. Je ramasse des pierres à l'orée des carrières et des souches dans les forêts, et je leur redonne une seconde vie à travers mon activité de sculpteur* qui expose dans les bourgs alentours.

Le succès d'estime est venu mais il est devenu de plus en plus difficile d'en vivre et de continuer à créer dans la sérénité depuis que l'art et la culture sont tristement devenus marchands et accessoires d'un monde fondé sur un capitalisme d'extraction et d'exclusion... Notre statut d'artiste plasticien est plus précaire encore que celui d'intermittent ; et si l'art contemporain réussit bien à quelques-uns pratiquant « l'exécration » ** à l'image du requin formolisé de Damien Hirst, beaucoup d'autres artistes ne connaîtront jamais une consécration pourtant méritée.

C'est cet état déplorable de choses qu'il nous faut aujourd'hui combattre en nous armant de ce qui nous rend plus fort.

Il est une arme lente mais puissante - la poésie - que j'ai choisi pour exprimer mon amour de la vie sur Terre avec mes congénères, sa faune et sa flore extraordinaire.

Et c'est avec plaisir que je vous offre aujourd'hui le premier chapitre d'un conte poétique intitulé simplement « Planète »*** qu'une amie décrit comme un « cri d'amour pour Gaïa, un témoignage humaniste, un songe qui dérange et qui réveille les consciences, une parabole écologique emplie d'espoir »****.

Puisse-t-elle avoir raison et que vous preniez plaisir à me lire en y trouvant des raisons de croire en une Humanité enfin réconciliée avec son avenir.

PS : Il va sans dire que si je recevais des échos de cette première publication sur Mediapart, je serai heureux de publier les chapitres suivants dans le courant du mois d'août sur ce même blog à la manière d'un feuilleton d'antan.

* http://www.ardy66.net/

** Selon le bon mot de Christine Sourgins sur son excellent blog consacré aux dérives de l'art contemporain, http://sourgins.over-blog.com/

*** publié sous l'hétéronyme Quidam chez http://www.bookelis.com/poesie/3595-plante.html , disponible sur commande en librairie et sur internet.

**** http://trinka.theatre-contemporain.net/

*****

I. Voyages

Planète m'était apparue infiniment diverse et belle.

Aucun paysage, jamais deux êtres, ne s’étaient ressemblé et tous m’avaient marqué. Chaque lieu traversé avait laissé en moi le souvenir d’un petit univers avec son climat particulier et ses paysages uniques, ses coutumes et traditions variées, son art de vivre et son histoire propres.

Au Nord, c’était autrefois de splendides abbayes et de somptueux châteaux occupés par des moines et des nonnes, et des rois et des reines, qu’un peuple servile entretenait. C’était des hivers blancs et des étés dorés, des bons vivants et des femmes distinguées, le royaume des gourmets et des poètes maudits. Les abbayes étaient maintenant en ruine et les châteaux avaient été investis par les nouveaux maîtres du pays après que les anciens en aient été chassés, un jour glorieux, où le peuple s’était levé pour réclamer du pain et dans la même lancée faire table rase du passé.

Le Sud donnait aux jeunes filles des allures de gazelle qui invitaient à la danse, la transe et l’extase quand le seigneur du moment le permettait. Sous le soleil méridional, les hommes répondaient à l’invitation le regard brillant et fier. Les portes des maisons étaient toujours grandes ouvertes pour accueillir les amis de passage, le nomade ou le cousin éloigné et partager avec eux l’agneau religieusement préparé. Une foule amicale emplissait les maisons et se répandait dans les rues animées. Les invitations fusaient aussi nombreuses que de regards échangés. On ne s’ennuyait jamais. Les jeunes vivaient des amours platoniques en s’échangeant des mots tendres dans une langue qui s’élevait comme un chant vers le ciel clair et lumineux. Une fois calligraphiée, on la croyait directement dictée par Dieu. Nul doute que l’endroit était béni avec du nord au sud du pays ses eaux limpides et bleues, ses immenses prairies et ses ondulations ocres à l’infini. Pourquoi donc le divin avait-il permis qu’une guerre meurtrière y règne aujourd’hui entre frères ?

A l’Est, des peuples voyageurs avaient fini par occuper le moindre espace. On pratiquait dans les montagnes la culture en terrasse. Des temples étaient perchés dans les endroits les plus reculés et les rochers abritaient tous des divinités. Les fleuves aussi étaient sacrés. C’est sur leurs berges irriguées qu’une foule innombrable s’activait suscitant un festival permanent de couleurs et de parfums enivrants. Mais c’est dans l’intimité seulement que se donnait libre cours la sensualité des amants. Puisse la vie être une suite de raffinements proposaient des cuisiniers passés maîtres dans l’art d’utiliser les épices. Que mes coups de pinceau soient tous des traits d’esprit semblaient se dire les artistes à chaque nouvelle esquisse. En Orient, l’ingéniosité humaine avait trouvé merveilleusement à s’exercer. Combien de savoir-faire avaient cheminé à l’envers par la Route de la soie ? Mais elle avait aussi montré ses limites. Pour des générations entières, la misère était noire et sans espoir.

L’Ouest avait été le lieu de massacres indignes. Les derniers espaces sauvages seraient bientôt colonisés par les descendants de pionniers sans scrupule avides d’or. N’avaient-ils pas laminé des civilisations entières dont il ne restait aujourd’hui que des esprits chagrins ? N’étaient-ce point eux qui envahissaient désormais le cœur vert de la Terre ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.