Lettre ouverte à Claude Lanzmann

J’ai lu, avec un peu de retard, votre réponse (le « Monde » daté du 21 / 08/ 2014) à une tribune des « quatre mousquetaires » comme vous les désignez, Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel concernant le conflit israelo-palestinien centré sur la bande de Gaza.

Dans votre réponse, vous soulevez un point qui me parait essentiel : celui de l’échange inégal et sur lequel j’aimerais avoir, avec vous, un débat calme et constructif.

Vous partez du constat que « Pour récupérer et restituer aux siens un seul de leurs soldats, Gilad Shalit, otage du Hamas depuis plus de 5 ans, les israéliens avaient rendu à la liberté 1027 prisonniers palestiniens. » Et vous vous étonnez que personne n’ait dénoncé ce « scandale ontologique de l’échange inégal, scandale parce qu’il impliquait au premier chef que les vies humaines n’ont pas le même prix. »

Je suis totalement d’accord avec vous quant à cette affirmation. Votre tribune, par contre, me pose problème sur le point suivant : Ce scandale que vous dénoncez quant il s’agit de l’échange inégal entre vivants, vous semblez l’accepter ou du moins le comprendre quant il s’agit de l’échange inégal entre des morts!

La justification de votre compréhension repose, me semble-t-il, sur les extraits suivants de votre article : « La vérité est que depuis la Shoah et la mort de six millions de juifs, qu’on a presque honte d’oser rappeler, les Israéliens  accordent à la vie de chacun des leurs, un prix sans mesure… » Et un peu plus loin « Ce n’est pas la première fois que l’armée d’Israël pénètre dans Gaza et, chaque fois ses pertes sont si lourdes, au trébuchet de l’histoire de ce peuple, qu’on comprend ses réticences à envoyer ses soldats à une mort certaine. »

Dites moi si j’ai bien compris votre position ?

Au début de votre article vous dénoncez comme un scandale l’échange d’un soldat israélien contre 1027 prisonniers palestiniens. Mais au cœur de votre article vous « comprenez » la mort de milliers de civils palestiniens contre 64 jeunes recrues.

Vous reprochez aux « quatre mousquetaires » de n’avoir exprimé aucune compassion pour ces 64 jeunes. Personnellement, à la lecture de votre article, je n’ai ressenti de votre part, aucune compassion envers ces milliers de civils tués : pourquoi ?

Vous parlez des « pertes lourdes » pour l’armée d’Israël mais vous ne caractérisez pas les pertes palestiniennes : pourquoi ?

Vous dites que « c’est le Hamas qui en est le premier responsable. » Peut-être… mais je ne veux pas, ici, entrer dans ce débat de la responsabilité, car pour moi, un scandale reste un scandale et ce qui n’est pas acceptable ontologiquement reste inacceptable quelles que soient les circonstances.

Expliquez-moi comment le fait d’avoir vécu l’Holocauste autorise cet échange inégal ?

En espérant une réponse de votre part afin que nous puissions aller plus loin dans cette discussion,

Philippe Halévy

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