Contre la DRHisation du social

Après une semaine de grève de la faim, et d'intense travail pour tenter de mobiliser, j'ai publié un communiqué que je laisse ici presque in extenso. Vos messages m'encouragent, alors que parfois le sentiment d'inutilité ou d'impuissance reprend le dessus. Donc n'hésitez pas !

J’ai décidé de reprendre le travail ce mardi matin, 24 juillet 2012, un peu affaibli physiquement sans doute, mais renforcé dans ma détermination par les nombreux encouragements reçus, d’ici et d’ailleurs. J’arrêterai ce soir la grève de la faim entamée mercredi 18 juillet. Ainsi que certains ont pu s’en rendre compte, la grève de la parole annoncée n’a jamais vraiment commencé, j’avais sans doute présumé de mes forces en la matière.

Par mon initiative, j’ai voulu alerter sur la brutalité de la direction générale, dans son rapport avec les salariés, en particulier vis-à-vis des cadres intermédiaires dont je fais partie, et les conditions de travail qui en découlent : l'obéissance toujours requise sans discussion, la soumission à des consignes ou à des procédures absurdes, bien souvent inapplicables et qui demandent par conséquent de prendre sur soi pour les transgresser, et pour finir le mépris, le "c'est comme ça !"

Ces méthodes brutales rejaillissent en permanence sur l’ensemble des salariés. Certains y sont tellement habitués qu’ils n’imaginent pas qu’il puisse en être autrement, tant la peur et la domination sont fortes. D’autres s’en satisfont, y trouvant parfois des bénéfices secondaires. Enfin beaucoup y sont indifférents, préférant regarder ailleurs quand la brutalité touche l’un d’entre eux.

En prenant la décision de cette grève, j’ai voulu surtout rendre sensible chacun au fait que nous devons, individuellement et collectivement, nous mobiliser pour ne pas laisser se déliter ce qui a été construit au cours des années et assister passivement à la domination d’une logique de« DRHisation du social »(Chauvière) par laquelle sont de plus en plus dissociés les rôles de conception de ceux de l’exécution.

La direction d’une entreprise comme la nôtre ne peut plus ignorer l’art de la politique, qui consiste à reconnaître la possibilité de désaccords, de propositions alternatives, et à faire des compromis. Avec d’un côté des militants associatifs vieillissants, et peu actifs, et de l’autre,des salariés soumis, découragés ou interdits d’expression, isolés les uns des autres, il est impossible d’espérer faire face aux défis qui nous attendent et supposent au contraire une mobilisation des intelligences de chacun et des collectifs de travail.

Nous proposerons la semaine prochaine une Assemblée générale à laquelle chacun est convié, pour un premier échange sur la construction de revendications communes.

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