Au revoir

Abonné depuis janvier 2011, j'étais particulièrement sensible à la bataille de Mediapart pour la liberté d'informer et la défense des acquis démocratiques. Mais il me semble justement que Mediapart renie désormais ce combat.

Je vais résilier dès aujourd'hui mon abonnement Mediapart. Il date pourtant de janvier 2011 et les désaccords que je pouvais avoir sur tel ou tel article (vision parfois communautariste de la société, euphémisation des problèmes posés par le fanatisme religieux, etc.) ne m'empêchaient pas de prendre plaisir à lire d'autres articles (souvent dans les rubriques "économie" et "monde"). 

En outre, j'étais particulièrement sensible à la bataille de Mediapart pour la liberté d'informer et la défense des acquis démocratiques.

Mais il me semble justement que Mediapart renie désormais ce combat. Les conditions de réalisation de cet article illustrent la misère de la philosophie à laquelle souscrit visiblement tout ou partie de la direction de ce journal: "Mediapart a été le seul média accrédité pour l'intégralité du camp d’été. Les organisatrices souhaitaient que les journalistes soient eux-mêmes racisés et qu’ils appartiennent à une rédaction dont le traitement du racisme leur semblait pertinent. Je connais par ailleurs Sihame Assbague, à titre personnel." 

Oui, vous avez bien lu.

Oui, Mediapart accepte que les organisatrices d'un "camp d'été décolonial" qui est interdit aux "non-racisés" choisissent une amie travaillant dans leur rédaction car la ligne leur convient et interdisent l'accès à tout autre journaliste! La journaliste de Mediapart ajoute qu'elle a elle-même "choisi, de [s]a propre initiative, de couvrir ce camp d’été". Certes, mais Mediapart accepte de le publier et cautionne donc l'infâme procédure. Ce n'est pas un billet de blog mais un article de Mediapart. Ils ont même publié un 2e article en signalant que la présence de la journaliste "a fait l’objet de débats y compris à l’intérieur de [la] rédaction" (y compris = pas seulement = aussi par des centaines de lecteurs en colère).

Si les organisatrices ont "souhaité le fermer à la presse, ce qui est leur droit le plus strict"... Mediapart a bénéficié d'une "dérogation" [sic!] à condition que la journaliste soit "racisée" [re-sic!]. Aucun lecteur attaché aux valeurs démocratiques ne saurait accepter ce type de fonctionnement. 

Mediapart pose pourtant une bonne question:

"Est-ce à dire que nous pensons que les questions de racisme ne doivent être traitées que par des personnes « racisées » ? Cela va sans dire : non. Mais nous estimons que, dans ce cas de figure singulier, l’exigence posée était recevable."

Non, elle n'était pas recevable. Et ce "cas de figure singulier" constitue un très dangereux précédent. Je suis triste, je suis en colère. Il y avait, et il y a encore, d'excellents articles publiés par Mediapart. Mais je ne peux pas cautionner cette dérive.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.