Rebâtir sur un mensonge

Un dessin superbement ignoré de la flèche primitive de Notre-Dame de Paris a laissé le champ libre à la reconstruction de la flèche de Viollet-le-Duc.

À l’exposition Hommage à Notre-Dame de Paris qui se tient actuellement à la Cité de l’architecture et du patrimoine, on peut lire cette intéressante information concernant la flèche d’origine de la cathédrale qui fut construite pour être un clocher :

Absentes du projet d’origine, les sculptures des douze apôtres et des quatre évangélistes sont ajoutées par Eugène Viollet-le-Duc en 1857, au lendemain de la mort de Jean-Baptiste Lassus. L’architecte prend ainsi des libertés avec la rigueur historique qui avait prévalu lors de la conception du projet de restauration. Ces statues, qui n’existaient pas sur la flèche du XIIIe siècle, sont d’une complète création.

Et le ministère de la Culture nous apprend ceci dans la page de son site intitulée « Petite histoire de la flèche » (https://notre-dame-de-paris.culture.gouv.fr/notre-dame-de-paris/fr/petite-histoire-fleche) : Le projet de restitution de la flèche, démontée entre 1792 et 1797 du fait de son mauvais état, s’appuyait sur une parfaite connaissance des dispositions existantes de la souche tronquée encore en place et des archives et représentations anciennes.

Le lecteur qui consultera le site du ministère de la Culture ne devra pas être troublé par les quelques lignes d’introduction à cette « Petite histoire de la flèche » qui donnent des dates contradictoires et erronées : L’un des enjeux majeurs de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris au XIXe siècle était la restitution de la flèche, démantelée entre 1786 et 1792. Retour sur trois étapes clés du projet général de restauration mené par l’architecte, Viollet-le-Duc. (« L’Almanach littéraire ou Étrennes d’Apollon pour l’année 1793 » - et donc paru fin 1792 – nous apprend à la page 233 qu’à cette date Le petit clocher de Notre-Dame menace ruine ! [...] Le petit clocher n’est pas encore tombé. C’est court, mais grandement suffisant pour être clair).

Mme Françoise Bercé dans son ouvrage Viollet-le-Duc (publié en 2013 aux Éditions du patrimoine - Centre des monuments nationaux) précise à la page 100, à propos de la flèche de Notre-Dame :

En fait, c’est d’après un dessin de Garneray et surtout à l’aide des relevés exécutés lors de visites d’experts au XVIIIe siècle, qu’elle fut recréée...Viollet-le-Duc imagina, à la base des deux niveaux ajourés, les symboles des quatre évangélistes et les statues des douze apôtres d’une hauteur de trois mètres s’étageant comme sur l’échelle de Jacob.

Tout cela est de notoriété publique comme nous venons de le voir. Pourtant, apparemment, personne n’a jugé bon de publier et d’étudier la copie du dessin de Garneray qui est conservée au musée Carnavalet et que nous reproduisons ici pour la troisième fois :

Flèche d'origine de Notre-Dame de Paris, musée Carnavalet Flèche d'origine de Notre-Dame de Paris, musée Carnavalet
Nous ne reviendrons pas sur l’analyse de ce dessin et de ses inscriptions comme nous ne reviendrons pas sur l’ensemble des plans de la flèche primitive que Viollet-le-Duc a reproduit dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle à l’article « Flèche » (voir mes billets du 30 novembre 2019 et du 10 juillet dernier). Cependant une de ces planches mérite une attention particulière maintenant que le président de la République a décidé de reconstruire la flèche de Viollet-le-Duc sous la pression de l’opinion publique et d’une commission d’experts. Voici ce plan commenté par l’architecte :

2-charpente-dapre-s-viollet-le-duc

 Nous donnons (12) l’une de ces deux grandes fermes diagonales, qui se composent d’un entrait armé portant sur le bahut en maçonnerie et soulagé par de fortes potences dont le pied A s’appuie sur les têtes des piles en contre-bas de ce bahut ; de deux arbalétriers CD et de sousarbalétriers courbes EF s’assemblant dans le poinçon central, l’arbre de la flèche. Les grandes contre-fiches AG sont des moises. Les poteaux principaux formant l’octogone de la flèche sont triples de H en I, c’est-à-dire composés d’une âme et de deux moises. Les poteaux de contre-forts KL sont simples et assemblés à mi-bois dans les arbalétriers CD. On remarquera que ces poteaux sont fortement inclinés vers l’arbre principal. Les poteaux contre-forts KL étaient primitivement buttés par de grandes contre-fiches ML, lesquelles se trouvaient au-dessus des noues et présentaient une côte saillante décorée jadis au moyen des moises pendantes OP recouvertes de plomb et accompagnées de pièces de bois découpées dont les débris R ont été retrouvés. Le poteau S, qui se combinait avec cette décoration et qui était resté en place, formait la tête de ce système d’étaiement, visible au-dessus des quatre noues. Un chapiteau V sculpté dans le poinçon central donnait la date exacte de cette flèche (commencement du XIIIe siècle). À une époque assez ancienne, ces étais visibles et décorés placés dans les noues, si nécessaires à la solidité de la flèche, avaient été enlevés (probablement parce qu’ils avaient été altérés par le temps, faute d’un bon entretien) ; ce qui a dû contribuer à fatiguer les arbalétriers qui, alors, avaient à porter toute la charge des poteaux KL.

Le lecteur peut être effrayé par tous ces termes techniques et c’est bien compréhensible. Les élus, les architectes et les experts qui formaient la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) - et qui ont voté à l’unanimité le 9 juillet dernier la reconstruction de la flèche de Viollet-le-Duc - sont certainement habilités à comprendre ce langage. Et que dit-il dans une version intelligible au commun des mortels ? Il dit que les poteaux verticaux OP ont disparu (on ne sait trop quand) et que le poteau S (tout aussi vertical) prouve à lui seul que les architectes du XIIIe siècle avaient décoré de sculptures la base de leur flèche. Viollet-le-Duc le démontre dans la planche 18 en la commentant avec une science et un brio qui n’appartiennent qu’à lui :

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Ce système de poteaux verticaux traversant les demi-fermes diagonales et faisant décoration au-dessus des noues (système qui avait été adopté par les constructeurs du XIIIe siècle) présente plusieurs avantages : il fait de ces demi-fermes de véritables pans-de-bois parfaitement rigides ; il constitue une suite de poinçons qui roidissent les contre-fiches, les maintiennent dans leur plan vertical sans charger en aucune façon l’entrait. Il présente aussi une décoration ingénieuse en ce qu’elle explique, à l’extérieur, comment la flèche vient s’appuyer sur les quatre piliers de la croisée, aussi parce qu’elle établit une transition entre la maçonnerie de l’église et le corps de la flèche, parce qu’elle lui sert de base, d’arc-boutant, pour ainsi dire. On voit, en V (fig. 18), comment sont décorés ces gradins des grandes contre-fiches au-dessus des noues. Il est facile de comprendre maintenant comment sont soutenus les quatre angles de l’octogone qui portent sur les diagonales.

En d’autres termes, pour que le lecteur non-spécialiste puisse comprendre quelque chose à ce dernier paragraphe nous pourrions le résumer en un mot : imposture.

Non, ce système n’avait pas « été adopté par les constructeurs du XIIIe siècle ». Viollet-le-Duc a menti au public et aux « experts » de son temps en leur faisant croire que si ces poteaux saillaient ainsi aux quatre angles de la toiture (autrement dit « les noues » dans le jargon des architectes) c’était pour supporter forcément des sculptures. La démonstration était faite, évidente, imparable : les poteaux verticaux faisaient bien office de socles à l’extérieur du toit tandis qu’à l’intérieur ils contribuaient à rigidifier la charpente. Sauf que ces poteaux n’ont jamais existé :

Jean Fouquet – Déposition de croix, livre d’heures d'Étienne Chevalier (milieu du XVe siècle) – Musée Condé, Chantilly Jean Fouquet – Déposition de croix, livre d’heures d'Étienne Chevalier (milieu du XVe siècle) – Musée Condé, Chantilly
Comme on peut le constater sur cette enluminure peinte par Jean Fouquet au milieu du XVe siècle, il n’y avait pas à l’époque médiévale de statues qui s’étageaient sur les angles du toit à la base de la flèche de Notre-Dame de Paris. Tirée du livre d’heures d’Étienne Chevalier, trésorier de France, cette image était à peu près inconnue du temps d’Eugène Viollet-le-Duc comme le dessin du musée Carnavalet est à peu près inconnu du temps de Philippe Villeneuve qui devrait reconstruire à l’identique l’œuvre de son prédécesseur.

On peut supposer que l’architecte en chef des monuments historiques sait que Viollet-le-Duc s’est directement inspiré des plans de l’ancienne flèche médiévale qui avaient été méticuleusement relevés à la fin du XVIIIe siècle avant son démantèlement. On peut supposer qu’il connaît la copie du dessin de Garneray puisqu’elle est dans une collection publique et visible sur internet. On peut se persuader qu’il connaît sur le bout des doigts le sujet de la flèche de Viollet-le-Duc puisqu’il a soumis un dossier de 3000 pages pour sa reconstruction aux membres de la CNPA qui l’ont approuvé à l’unanimité le 9 juillet dernier. On pourrait donc bien croire que Philippe Villeneuve a conscience que l’œuvre qui a brûlé le 15 avril 2019 a été bâtie sur un mensonge qu’il s’apprête à réitérer en ayant caché qu’il y avait la possibilité de restituer la flèche du XIIIe siècle. Et ce serait là ajouter une imposture à l’imposture. Mais peut-être qu’il en a parlé en petit comité et qu’on lui a dit de « fermer sa gueule » sur cette affaire aussi. Enfin, il est probable que ni lui, ni personne au sein de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture n’ait étudié le dessin du musée Carnavalet comme il se devait parce qu’ils ne le connaissent tout simplement pas. Quoi qu’il en soit, s’ils n’en ont pas débattu en connaissance de cause, cela s’appelle du travail bâclé car on ne peut pas juger d’une affaire sur les bases d’un dossier incomplet : Notre-Dame de Paris mérite un meilleur traitement car il s’agit d’un des plus beaux monuments médiévaux classés au Patrimoine mondial. Il ne s’agit pas ici d’aller vite pour que la plus célèbre cathédrale du monde puisse rouvrir pour les Jeux olympiques de 2024. Il ne s’agit pas non plus de donner un coup de pouce à la filière du bois parce qu’elle en a bien besoin, ni du travail aux compagnons parce qu’ils seraient fiers de montrer leur savoir-faire. Il s’agit simplement d’étudier quel serait le meilleur parti pour Notre-Dame de Paris, le parti le plus respectueux pour le monument, celui qui le sécuriserait le plus sûrement afin que les générations futures puissent en jouir longtemps encore.

L’incendie de la cathédrale de Nantes, le 18 juillet dernier, a fait resurgir de très mauvais souvenirs aux Français et aux Nantais en particulier qui, pour la plupart, se rappellent le précédent incendie du 28 janvier 1972 : en quelques heures à peine l’ensemble de la charpente en bois de leur cathédrale avait été consumé à cause de l’étourderie d’un soudeur qui travaillait avec son chalumeau sur la toiture. Mais c’est l’État, propriétaire de l’édifice, qui a été jugé responsable de la catastrophe - après huit ans de procédure - pour ne pas avoir fait dépoussiérer les combles avant d’y envoyer travailler des ouvriers, car la poussière est une matière hautement inflammable. Et l’État a voulu que la charpente de la cathédrale de Nantes soit reconstruite en béton pour éloigner le spectre d’un nouveau sinistre dans les parties hautes de l’édifice. Mais à l’évidence, ce qui est bon pour Nantes ne l’est pas pour Paris puisque l’on a décidé que Notre-Dame aura une nouvelle charpente en chêne qui pourra brûler de nouveau un jour. M. Benjamin Mouton, architecte en chef des monuments historiques en charge de Notre-Dame de Paris de 2000 à 2013, s’étonnait deux jours après l’incendie sur le plateau de LCI de la propagation « extrêmement curieuse » du feu (https://youtu.be/FLCC_uLoPdM?t=111). Et quand un homme aussi expert que lui sur le sujet de Notre-Dame parle ainsi à la télévision devant des millions de Français, cela devient une évidence dans l’esprit du public qu’il y a eu crime : Je suis stupéfait, c’est du très vieux chêne et on dirait qu’il a brûlé comme des allumettes comme si c’était une autre essence très, très, j’allais dire volatile ou combustible. Je ne comprends pas, vraiment je ne comprends pas du tout. [...] Vous savez du chêne qui a 800 ans, c’est très dur, essayez d’en faire brûler [...] il faut mettre beaucoup de petit bois pour y arriver [...] ça me stupéfie beaucoup. Vous savez, on a fait à Notre-Dame, juste avant que je prenne ma retraite, c’est-à-dire dans les années 2010, on a remis à plat toute l’installation électrique de Notre-Dame, donc il n’y a pas de possibilité de court-circuit.

Or il y avait possibilité de court-circuit puisque des câbles électriques couraient dans les combles de la cathédrale comme l’a prouvé Le Canard enchaîné quelques jours plus tard dans son édition du 24 avril 2019... Câbles qui ont très bien pu être abîmés par inadvertance par les ouvriers qui ont déposé dans la charpente une partie de l’échafaudage métallique de la flèche comme on peut le voir à gauche et à droite dans cette prise d’écran d’une vidéo filmée peu de temps avant l’incendie :      

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Il faut croire qu’à l’échelle de Notre-Dame de Paris, le plancher des combles sur lequel se promenait Philippe Villeneuve quelques jours avant le drame a formé un excellent petit bois pour attiser le feu. Et n’en déplaise à M. Mouton - qui hélas n’a pas pu être contredit par les journalistes présents sur le plateau, apparemment sidérés eux aussi par ses allégations -, toutes les charpentes de cathédrales qui ont subi l’épreuve du feu ont été ravagées en quelques heures à peine. L’adjudant-chef Pierre Causel, l’un des premiers pompiers qui avait volé au secours de la cathédrale de Nantes le 28 janvier 1972, se souvenait encore quarante ans plus tard dans le journal Ouest-France : Ça a fait « wouf ». Comme une boîte d’allumettes qui s’embrase. Et le même journal de rappeler, à Nantes encore, l’incendie de la basilique Saint-Donatien : Mais bien plus près de nous, le 15 juin 2015, un autre incendie a dévoré la toiture d’un emblématique édifice nantais, la basilique Saint-Donatien. Là encore, alors que deux ouvriers travaillaient sur la toiture un brutal et ravageur incendie s’est déclaré. En quelques minutes la charpente de la basilique Saint-Donatien, construite entre 1873 et 1902, était totalement dévastée.                                                          
L’incendie de la basilique Saint-Donatien de Nantes, le 15 juin 2015 L’incendie de la basilique Saint-Donatien de Nantes, le 15 juin 2015
Entendre parler des experts sur un sujet que l’on aime est toujours passionnant. Nul doute que certains membres de la CNPA participaient à la conférence filmée « Notre-Dame, le monument de référence (XIIe-XIVe siècle) » le 21 novembre 2019 à la Cité de l’architecture. Le professeur Dany Sandron y parlait de la flèche en projetant ces images et en les commentant comme suit (https://youtu.be/umYXhxuN1NY?t=5598) :

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Et puis évidemment il faut parler de la flèche, donc la flèche du XIIIe siècle de Notre-Dame, je vous ai dit, a été détruite en 17.., démolie en 1797, elle a été reconstruite par Viollet-le-Duc à la fin des années 1850. Donc à l’extrême-droite vous avez un échafaudage qui correspond à des travaux d’entretien, je crois dans les années 1930, avec un échafaudage en bois, évidemment comme on en faisait jusqu’alors. Vous avez au centre un dessin, enfin une copie d’un dessin représentant la flèche médiévale mais l’original a disparu et la copie a été faite après le démontage de la flèche, autant dire qu’il faut être prudent sur ce dessin... donc au milieu. Je vous montre une des plus anciennes représentations de la flèche qui est issue d’une des enluminures de Jean Fouquet, le plus grand peintre français au milieu du XVe siècle...

Passons sur la photographie de droite qui n’est pas des années 1930 mais qui date de 1859 puisqu’elle correspond à la construction de la flèche de Viollet-le-Duc et non pas à sa restauration. Mais de grâce ne passons pas si vite sur le dessin du milieu ! Ne passons pas sous silence ses inscriptions, elles ne sont pas là pour rien ! Lisons-les au moins ! Et mieux, étudions-les (voir mes billets du 10 juillet dernier et du 30 novembre 2019) au lieu d’insinuer dans l’esprit du public que cette copie est douteuse : Alfred Bonnardot, l’archéologue à qui nous attribuons le dessin, qui nous a exhorté à le recopier et qui a mentionné J’ai vu l’original chez M. Lassus, aurait-il menti ? Quand il affirme que l’ancienne flèche de Notre-Dame a été détruite en 1792 et que M. Gilbert (1785-1858) dans sa « Description historique de la basilique métropolitaine de Paris » donne la date de 1793, ne faut-il pas comprendre que les travaux de démontage ont commencé dans les derniers mois de 1792 pour se terminer au début de l’année 1793 ? Ne vaut-il pas mieux accorder du crédit à ces dates-là plutôt qu’à ce « 1797 » que M. Sandron avance sans nous donner ses sources ? Ce dessin révèle des choses passionnantes que des experts dignes de ce nom auraient dû étudier avant de sceller le sort de Notre-Dame de Paris aussi rapidement qu’ils l’ont fait.

Restauration de la flèche de Viollet-le-Duc, vers 1935 Restauration de la flèche de Viollet-le-Duc, vers 1935

Viollet-le-Duc voulait sa flèche, avec ses ornements et ses statues, et il l’a eue. Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, avait soutenu avec enthousiasme le nouveau projet comme il avait applaudi la très approximative restitution des oculi du XIIe siècle qui venaient habilement étrésillonner les piles de la croisée à l’intérieur de la cathédrale (voir le billet du 10 juillet). Et tant pis si la nouvelle flèche d’un style gothique imaginaire allait à l’encontre de la flèche d’origine dont la simplicité et la délicatesse ornementale répondaient à la noble élégance du monument : le public de 1860 qui n’avait pas connu l’ancienne flèche du XIIIe siècle allait adopter celle de Viollet-le-Duc, persuadé qu’elle était parfaitement légitime puisque l’architecte le prouvait si bien.

Et le public de 2020 à qui on a tu, par ignorance ou par calcul, la vraie histoire de la flèche de Notre-Dame va être soulagé de retrouver celle qu’il a toujours connue puisqu’on lui a démontré qu’il ne pouvait y avoir qu’elle si l’on ne voulait pas voir la cathédrale défigurée par une création contemporaine. Il y a longtemps qu’il est de bon ton de ne plus dénoncer les erreurs de Viollet-le-Duc. M. Philippe Toussaint, membre de la commission d’experts sur la reconstruction de Notre-Dame de Paris, déclarait d’ailleurs le 10 juillet dernier qu’il fallait « respecter » le « travail extraordinaire » de Viollet-le-Duc au XIXe siècle. Est-ce pour autant qu’il faut taire ses impostures et ses erreurs ? Et pourquoi ne faudrait-il pas respecter le travail extraordinaire des architectes du Moyen Âge ? Pourquoi personne n’a démontré que le toit de Notre-Dame était encore dans les années 1850 celui de ses concepteurs, celui que Jean Fouquet avait peint au milieu du XVe siècle sans statues sur les noues et sans ce faîtage dentelé qui évoque la guipure d’une coiffe bigoudène ?  

Notre-Dame en travaux au milieu du XIXe siècle – Flanc nord Notre-Dame en travaux au milieu du XIXe siècle – Flanc nord
Pourquoi ne faudrait-il pas redonner à Notre-Dame de Paris la belle simplicité de sa couverture d’origine plutôt que de refaire une copie d’un gothique de fantaisie ?

Il suffit pourtant de comparer la photographie ci-dessous avec la précédente pour comprendre que l’art de Viollet-le-Duc est datable alors que la formule des bâtisseurs du Moyen Âge est intemporelle.

Que le débat reprenne sérieusement et que nos experts revotent maintenant qu’ils sont avertis ! On a fait un mauvais procès à Notre-Dame, il faut le réviser !

La toiture de Viollet-le-Duc à l’angle sud-ouest de la croisée La toiture de Viollet-le-Duc à l’angle sud-ouest de la croisée

                  Philippe Machicote

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