Croco-Deal

Il est mignon, Le Maire, encore plus beau quand il est en colère avec son petit bras qui s'agite. Il fait aussi un peu de peine, quand même. Voilà un mec est engagé depuis des années dans les rangs de la cause libérale, il a d'abord milité pour, il l'a servie ensuite. Et tout à coup, il en découvre l'expression. Drôle de sentiment que de voir le bonhomme assister à l'incarnation de ce qu'il a contribue à bâtir... On dirait une chaisière vexée par la résurrection du Jésus. Mais l'avènement du libéralisme devrait pourtant ravir le chantre de "l'entreprise libre de maitriser ses chaines technologiques", tout en rêvant "d'un GAFA européen" (son discours à l'U. du Médef été 2018).

Mais est-il si mignon que ça ? Quelqu'un se souvient-t-il de l'avoir entendu jouer les offusqués quand, après 750 millions d'€ de CICE en 6 ans, Carrefour a annoncé le licenciement des 2000 salariés de Dia et presque autant à son siège ? Est-il venu geindre en constatant au contraire que, toutes aides cumulées Carrefour a bouffé près de 2 milliards d'argent public.... redistribués sous forme de dividendes. Idem chez Sanofi, 5000 emplois supprimés depuis 2008, selon les syndicats de l'entreprise, mais un CICE vaillant d'environ 160 à 180 millions tous les ans, et 3,8 milliards de bénéfices (sur 7.5) redistribués aux actionnaires en 2016. Peut-être suis affligé d'une déficience auditive, mais je ne me souviens pas l'avoir entendu ne serait-ce que couiner.

Enfin, voilà le fidèle disciple d'un Macron qui prône "le courage" en politique, se plaindre que personne chez Ford ne daigne le prendre au téléphone. Bruno Le Maire se lamente, citant Poutou dans le texte, de voir l'entreprise honnie, refuser encore l'offre de reprise de "Punch". Est-il vraiment important de savoir ce que pense Ford de cette reprise ?

Ford s'en va, comme Whirlpool naguère, eh bien au revoir. Qui est-ce qui empêche de décréter que le foncier, le bâti et l'outil industriel restent propriété française ? Je croyais qu'il appartenait aux tribunaux de commerce de décider de la compétence d'un repreneur... Visiblement il manque un élément pour comprendre pourquoi Ford est autorisé à décider qui doit lui succéder ou pas. Et quand bien même, puisqu'il souhaite quitter le territoire : bon vent. Les entreprises françaises décident-elles de ce qu'elles veulent faire aux Etats-Unis, voire au sein même d'un pays de l'UE ? Bruno Le Maire est bien fataliste, alors qu'on a connu le Gouvernement auquel il participe, beaucoup plus réactif quand il s'agit de passer outre la législation existante pour nommer un ambassadeur en Californie, ou une rectrice à Versailles. Un décret mitonné nuitamment, et hop, l'affaire est entendue le lendemain. Légalisée. Blanchie. Sans parler des amendements sournois votés à 4 heures du matin avec quatre députés moribonds dans l'hémicycle, tiens, comme le soir où Macron donnait quelques pièces jaunes aux gilets éponymes, on votait un allégement de taxe pour aider à défiscaliser plus vite. Il ne peut rien imaginer, vraiment, le petit Le Maire des peuples ?

Si la situation générale n'était pas si grave, elle en serait presque comique : le gentil Bruno tel le clown Pipo jouant les Matamore, oubliant en cela qu'il avait omis d'ôter son nez rouge.

 

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