"Génocide au Rwanda", je mets en garde les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume Uni

Il faut éviter d’attribuer une ethnie aux autres victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, des victimes de leur position politique ou humanitaire. Déjà les termes « hutu modérés » n’ont pas d’équivalent en Kinyarwanda.

Mpayimana Philippe, candidat-président aux élections de 2017 au Rwanda, aujourd'hui politicien indépendant Mpayimana Philippe, candidat-président aux élections de 2017 au Rwanda, aujourd'hui politicien indépendant
Mémorandum au Président des Etats-Unis d’Amérique et à sa Majesté la Reine du Royaume-Uni

A la date du 01 Avril 2020, je me suis adressé dans un mémorandum rendu public à l’attention des Etats qui ont eu de l’influence sur la culture de l’idéologie génocidaire au Rwanda, à savoir l’Allemagne, la Belgique et la France. Je ne pensais pas que les Etats-Unis et le Royaume-Uni vous avez la même soif d’interférer dans le cours de notre histoire. Les premiers ont choisi de travailler avec un groupe social rwandais qu’ils jugeaient supérieur (racisme, aryanisme) aux autres groupes. Les seconds, au lieu de corriger cette erreur, ont institutionnalisé ces différences. Lorsque l’ONU a été crée en 1945, les mouvements d’autodétermination des peuples contre le colonialisme ont trouvé notre pays déjà divisé de l’intérieur. Pour s’en sortir la Belgique a préféré jouer avec la majorité et abandonner la minorité que la colonisation avait pourtant favorisé durant les 60 dernières années (1894-1954 : arrivée du premier Européen, Gustave Adolf Von Goëtzen, au Rwanda, abolition de la féodalité). Les derniers, lors de leurs interventions au Rwanda en coopération militaire, en intervention Amaryllis et en Opération Turquoise, jamais ils ne se sont souciés de protéger la minorité en cours d’extermination, mais à permettre l’exfiltration des génocidaires au Congo et en France.

Le 1er Avril 1954, la féodalité a été abolie et le bas peuple a entamé sa marche vers la libération. Mais cette marche a été jalonné de politique de haine et de revanche contre les Tutsi. Les persécutions se sont succédées faisant beaucoup de victimes en 1959, 1963, 1972, 1990, 1991, 1992, jusqu’en 1994, quarante années qui devaient s’achever par une solution finale du génocide. Mais, Dieu aidant, les quarante années symboliques ont abouti à une vraie libération, grâce à la lutte victorieuse du FPR Inkotanyi. Par cette libération, nous bâtissons notre indépendance contre le mal, y compris contre la soumission aux influences occidentales. Le premier combat fut militaire (1994), le second juridique aboutit en 2006 devant le TPIR en confirmant qu’il y a eu bien lieu la tentative d’exterminer les Tutsi au Rwanda. Les Nations Unies en ont confirmé la terminologie dans son assemblée générale de janvier 2018. Permettez-nous de mener  le combat actuel de démocratie cherchant à bâtir une société juste, paisible et prospère.

Cette histoire, c’est la nôtre. Nous l’avons écrite durant cent ans (1894-1994) et nous la porterons pour l’éternité. Notre lutte présente, c’est de faire cohabiter dans un même pays des différences unies par un sentiment national, mais aussi de condamner toute résurgence d’une moindre idéologie génocidaire.

Dans mon précédant mémorandum, j’ai expliqué en quoi consiste l’idéologie du génocide. C’est toute tentative de soulever les Rwandais en les désignant comme HUTU, ce qui les investit d’un esprit de revanche motivé par la morale d’esclave. Cette morale qui les victimise et les révolte. Cette morale que vous, les Etats-Unis et le Royaume-Uni vous songez à cultiver.

Dans mon précédant mémorandum, j’ai épargné les Etats-Unis et le Royaume-Uni, que je jugeait éloignés de cette mauvaise attitude coloniale. Mais je constate la tentation qui vous guette de verser dans le divisionnisme rwandais en prétendant englober tous les Rwandais dans la génocide survenu.

Je précise que j’ai parfaitement vécu l’histoire entière de mon peuple et que les spéculations diplomatiques n’ajoutent rien à la vérité historique.

Les Etats-Unis et le Royaume Uni, vous avez peut-être un quelconque malentetendu avec le Rwanda et son gouvernement, vous n’avez aucun droit à manipuler l’histoire de son peuple. Nous sommes libres et indépendants dans le bien et le mal qui nous advient.

En ma qualité de citoyen et de responsable politique rwandais, indépendant dans mon jugement et instruit par l’expérience, je condamne cette démarche révisionnniste des Etats-Unis et du Royaume-Uni par leur tentative d’écrire notre histoire à notre place. La proposition de la terminologie présentée par le Représentant de la République Rwandaise aux Nations-Unies est la seule expression de notre souveraineté sur notre histoire et notre démarche vers l’unité du peuple rwandais. En effet, seules les personnes désignées comme d’ethnie Tutsi ont subi un génocide en 1994 au Rwanda.

Toutefois, nous reconnaissons avec vous, qu’il y’a d’autres nombreux Rwandais tués par le même exécutant, parce qu’ils s’opposaient à l’accomplissement du génocide d’une manière ou d’une autre. Toutes ces personnes sont aussi dans notre mémoire collective et nous devons penser à eux en même temps et dans le même esprit avec les Tutsi victimes du génocide des Tutsi. Je peux seulement apprécier votre intervention dans la mesure de souligner cette concomitance, cette extension de la mémoire du génocide des tutsi aux non-tutsi tués dans la même circonstance, mais sans aller jusqu’à rejeter le terme et le sens du génocide des tutsi. Le génocide rwandais n’a pas de sens, sauf si ce rwandais en question se réfère aux Tutsi. Les personnes non-tutsi massacrés en 1994 furent victimes de leurs positions plus humaines. Toute tentative de leur accoler une identité ethnique, même de « hutu-modéré », c’est de les minimiser, c’est un début de distorsion de notre histoire.  Car, si les personnes comme Agathe Uwiringiyimana et les autres héros se réveillent et trouvent la mention de HUTU-modéré sur leur tombe, elles n’en reviendront pas. Elles militaient pour la justice sociale et non pour les équilibres ethniques. Exactement comme je milite aussi.

Ainsi, je vous recommande de respecter la proposition apportée par le Rwanda aux Nations-Unies comme non-négociable, mais vérifier s’elle correspondant à l’expression du peuple rwandais, simplement.

Je recommande aussi aux instances rwandaises de tout faire pour que la mémoire du génocide des tutsi ne procède à aucune exclusion vis-à-vis de toutes les victimes de ce génocide. Il s’agit principalement de supprimer l’exclusivité mémorielle du 13 avril aux non-tutsi ainsi que l’exclusivité ethnique tutsi à toutes les victimes et les rescapés de ce génocide. C’est de cette manière que nous unirons ensemble nos forces contre le mal, contre les génocidaires et contre l’idéologie du génocide. Mon programme CAP24 en avait déjà fait mention (www.rwandacap24.com ).

Enfin, l’expression « génocide des tutsi au Rwanda » reste intouchable. La mémoire effectuée par les Nations-Unies dite « journée de réflexion sur le génocide des tutsi au Rwanda » en mémoire des victimes du génocide des tutsi du Rwanda, aussi.  C’est seulement lorsqu’il est question d’expliquer qui sont ces victimes de ce génocide qu’intervient « les tutsi et les autres Rwandais opposés au projet génocidaire ». On les appelle aussi « les justes du Rwanda ». Mais LE GENOCIDE DES TUTSI AU RWANDA a eu bien lieu sur nos collines, nous le regrettons.

Cher Président, Chère Majesté,

Je ne suis pas sans ignorer la grande pression que vous subissez des Rwandais exilés et leurs organisations dont le mot d’ordre est de rehausser LE HUTU à l’échelle des idéologies gouvernantes de notre pays. L’essence-même du génocide part de là. Ceux qui la revendiquent sont ceux qui l’ont utilisé dans leur conflit avec le FPR. Ce serait une erreur de revenir entre 1954-1994 en écoutant une partie d’un peuple en la soulevant contre une autre. Tous ceux qui avancent cette alibi hutu sont simplement en majorité des pro-génocidaires qui ne veulent pas s’avouer vaincus. Ma contribution dans cette histoire est aujourd’hui de promouvoir l’armistice qui mettrait fin à ce conflit et la démocratie participative. C’est seulement à ce tournant où nous avons besoins de vos soutiens respectifs.

Je vous remercie

Fait à Montgeron, France, le 28 Mai 2020

MPAYIMANA Philippe, Politicien Indépendant

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