L'indépendance africaine, enfin.

Lettre ouverte à l'Union Africaine, à paraître dans un recueil de poème intitulé L'AFRIQUE SAUTE de Mpayimana Philippe, hommage à Wole Soyinka

Mpayimana Philippe, ancien candidat aux présidentielles rwandaises 2017 © RFI Mpayimana Philippe, ancien candidat aux présidentielles rwandaises 2017 © RFI
Monsieur le Président de l’Union Africaine, En exercice cette belle année du réveil, 

S.E.M. Paul Kagame, Président de la République Rwandaise,

Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine, Monsieur Moussa Faki Mahamat,

Messieurs les Présidents et Chefs de Gouvernement,

Avant la colonisation, l’Afrique était une unité sans limite, dont les royaumes se chevauchaient par un seul mouvement d’échanges commerciaux. La fixation des frontières entre les Etats créés par la Conférence de Berlin en 1885 ne doit avoir d’effet que sur ces Etats, tandis que les peuples d’Afrique doivent maintenir leurs relations d’échanges libres. 

D’où notre grande satisfaction du pas franchi lors de la signature à Kigali, le 21 mars 2018, de la création d’une zone continentale de libre échange. 

Toutefois, nous entrons ouvertement dans une nouvelle confrontation périlleuse avec nos anciens amis colonisateurs ; ce qui risque de perturber la stabilité politique des nations. Car, comme aux luttes des indépendances des années 50, suivies des indépendances accordées dans les années 60, suivirent des coups d’Etats montés par l’Occident dans les années 70, la configuration peut se reproduire dans les trente prochaines années 10, 20 et 30.

 Ainsi, pour s’aguerrir convenablement et traverser cette période la tête haute, les Etats devraient intégrer dans leurs priorités un département dédié à la décolonisation, et l’Union Africaine combler le vide de l’histoire, en créant une institution de la décolonisation, devant être déléguée ou consultée dans toutes les négociations avec l’Occident. 

Un autre point important jamais abordé à ce jour, c’est l’obligation africaine d’intervention en faveur des Africains malmenés, expulsés, méprisés dans les pays occidentaux. Ils partent en droit universel et reviennent sous l’humiliation internationale, sans indemnité et sans suite. Alors que la diaspora africaine peut servir de levier à notre fierté et notre conquête occidentale, elle est devenue l’objet des politiques électoralistes parfois racistes. 

Par ailleurs, l’Occident répare peu à peu son tort esclavagiste en instaurant en France, une journée commémorative de l’abolition de l’esclavage, les 27 avril (1848). Il est temps pour l’Afrique de prendre les devants d’une telle cérémonie, en l’honneur de la diaspora africaine, partie de gré ou de force.

Ainsi, il est souhaitable de modifier dans notre conscience l’appellation de migrants pour celle de conquérants, de réfugiés pour celle de bousculés. Chaque conquérant revenu du voyage avec un butin quelconque, culturel, technologique ou financier, méritant une couronne dans son pays d’origine.

Aussi, le renforcement de la culture d’attractivité africaine et de protection des investissements de la diaspora est l’une des techniques qui pousseront les industries occidentales à délocaliser sur notre continent. Pourquoi ne pas ouvertement créer une agence africaine d’auto-développement répondant aux agences occidentales d’un développement imposé.

Enfin, le leadership, pierre angulaire de la marche du continent, s’impose. Les hommes qui ont fait ou font la grandeur de l’idée panafricaine méritent leur place dans l’organisation actuelle et future, au-delà des mémoires inactives. La sagesse de l’Action de Wole Soyinka, commence à porter ses fruits, ressuscitant les grands noms assassinés et vous réconfortant, grands leaders engagés d’aujourd’hui. 

Mpayimana Philippe, Paris, le 20 Mai 2018

voir les extraits du recueil L'Afrique saute ici: https://www.mpayimana.com/newpage11

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