LA FRANCE NE SAURAIT ETRE DEFAITE AU RWANDA SEULE, LES EX-FAR AUSSI

J’ai toujours prôné la nécessité d’un armistice entre les armées rwandaises entrées en conflit depuis le 1er octobre 1990

Mpayimana Philippe, ancien candidat aux présidentielles rwandaises 2017 © RFI Mpayimana Philippe, ancien candidat aux présidentielles rwandaises 2017 © RFI
La reconnaissance de la défaite de l’un des belligérants dans un conflit est le point de départ d’une réconciliation réussie, d’une paix réelle entre les peuples. Avec le voyage au Rwanda du président Emmanuel Macron aujourd’hui, pour s’incliner devant le mémoire des victimes du génocide des tutsi au Rwanda en 1994, après la reconnaissance de la responsabilité lourde de la France dans ce génocide par une commission d’experts français, c’est le début d’une coopération pacifiée des deux gouvernements, le Rwanda et la France. Mais que dire de la relation que le gouvernement français de l’époque avait tissée avec le gouvernement génocidaire? Si ainsi le divorce se consomme aujourd’hui, nous pouvons être en droit et devoir d’appeler les ex-FAR et leurs descendants politiques et militaires de reconnaître eux aussi la défaite et déposer les armes.

J’ai toujours prôné la nécessité d’un armistice entre les armées rwandaises entrées en conflit depuis le 1er octobre 1990. C’est de là même que date l’histoire rwandaise de la France militante du MRND. Depuis, les erreurs d’appréciation, de procédure, les dégâts et les crimes innommables se sont succédés. Jusqu’à ce que seule la France ait eu le courage de se mirer à plusieurs reprises et faire un pas en avant. De la commission parlementaire Quilès au rapport Declert, c’est la preuve d’une volonté d’aller en avant du gouvernement et du peuple français. Et nous Rwandais, que faisons-nous? Qu’avons-nous fait depuis la débâcle de 1994?  La fuite, le réarmement, les invasions, la rébellion, les politiques de terreur et de négation du génocide des tutsi, les entêtements des parents en éduquant leurs descendants exilés aux rancunes héréditaires.

J’en appelle à nouveau, à cette occasion mémorable, de la France courageuse au Rwanda, à ce que tous les anciens du régime MRND et tous les ex-FAR encore en vie et leurs descendants non-libres, les FDLR principalement, de constituer dès aujourd’hui, une véritable commission d’enquête sur leur responsabilité dans le génocide des tutsi au Rwanda en 1994 et décréter une vérité utile à nos générations futures. Ce ne sera pas à la justice seule d’imposer sa version, mais aussi à la volonté des acteurs d’avouer et regretter.

La victoire du FPR contre le MRND n’a pas été une simple victoire militaire et politique, mais un grand pas d’un homme contre le mal, une formation militaire rwandaise INKOTANYI qui ne suscite plus la peur, comme à l’époque, mais l’admiration dans le monde entier, pour avoir sauvé et préservé la vie d’au moins un seul rwandais, rescapé du génocide.

Fait en France le 27 Mai 2021

Mpayimana Philippe, Politicien Indépendant. mpayphil@gmail.com, tel +33753091964

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