Etat d’urgence : pourquoi j’ai voté contre une nouvelle prolongation

Il y a 3 mois, le 19 novembre 2015, je m’étais prononcé pour la prolongation de l’état d’urgence. Les sentiments de colère et d’insécurité qui prédominaient dans le pays m’avaient convaincu, à l’époque, de la nécessité de cette mesure.

Mais je l’avais aussi écrit : « Un état d’urgence peut-être nécessaire, c’est sans doute le cas aujourd’hui. Il ne peut être qu’une courte parenthèse si nous ne voulons pas abimer et mettre en danger notre démocratie ».

Aujourd’hui chacun peut le constater, non seulement le bilan de l’état d’urgence est, pour le moins, modeste en terme de lutte contre le terrorisme, mais son efficacité même, dans les mesures concrètes appliquées, a clairement atteint ses limites.

L’état d’urgence ne peut donc être prolongé sous le seul prétexte que de nouveaux attentats pourraient survenir. Non seulement il est loin d’être prouvé qu’il nous protège de manière effective, mais l’arsenal législatif antiterroriste, particulièrement développé au cours de ces dernières années, apparait aujourd’hui largement suffisant, à condition d’être concrètement appliqué.

C'est d'ailleurs l'avis de nombreuses associations , syndicats ou personnalités diverses, la Ligue des Droits de l'Homme, Amnesty International, le Défenseur des Droits, le Syndicat de la Magistrature, le Commissaire  aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe - par exemple - qui remettent en doute très sérieusement l'État d’urgence et s’inquiètent de ses conséquences sur l'avenir de notre société.

Si l’état d’urgence n’est qu’une ligne Maginot servant davantage à rassurer l’opinion qu’à la protéger réellement contre les risques terroristes, il est temps d’y mettre fin avant qu’il n’abime de matière pérenne notre démocratie.

C’est bien l’état de droit, qui affirme la séparation des pouvoirs, et fait de l’autorité judiciaire la gardienne des libertés individuelles, que les terroristes veulent détruire. Ne les y aidons pas !

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