Surenchère sécuritaire à l’Assemblée nationale

L’émotion ressentie par les Français à la suite de l’effroyable attentat, perpétré le soir du 14 juillet à Nice, est immense. Quatre-vingt-quatre personnes, dont dix enfants, ont perdu la vie, et de nombreux blessés garderont des séquelles toute leur vie.

Comme chaque citoyen, j’ai été extrêmement choqué par cet acte abject, d’une violence inouïe, et je veux avant tout exprimer ma solidarité et ma compassion envers les victimes et leurs proches.

Comme de nombreux citoyens, j’ai également été choqué, dès les premières heures qui ont suivies mais aussi lors du débat à l’Assemblée nationale, par la déferlante de surenchère politicienne devant le traumatisme collectif qui a touché le peuple français le jour de sa fête nationale. Une nouvelle fois, une grande part de nos élites politiques se révèle incapable de se montrer à la hauteur de l’évènement. Une nouvelle fois, alors que les citoyens sont unis dans la même peine et que nombre d’entre eux ont prouvé leur courage et leur sang-froid pendant cet évènement, la classe politique déchire l’unité nationale.

Là où la situation exigeait de la dignité et de l’humilité, nous n’avons eu qu’excès et invective. L’opposition se déchaine sans la moindre retenue, et de façon honteuse, alors qu’elle est responsable de la baisse des effectifs des forces de sécurité et de maintien de l’ordre quand elle était au pouvoir.
Le gouvernement intensifie sans consultation du Parlement les opérations militaires en Syrie et en Irak et fait voter la prolongation d’un état d’urgence qui n’a pourtant empêché ni cet attentat, ni les meurtres ignobles des policiers de Magnanville.

Pourtant, en tout état de cause, l’efficacité de l’état d’urgence a déjà été remise en question par la commission d’enquête parlementaire comme par de nombreux spécialistes des questions de sécurité. Pour tenter de justifier sa décision, un amalgame volontaire est aujourd’hui insidieusement instillé par le gouvernement entre l’état d’urgence qui écarte les juges judiciaires, y compris les juges anti-terroristes, des décisions importantes (avec les résultats constatés de perquisitions ou d’assignations à résidence sans aucune efficacité), et le déploiement de forces de police qui relève du plan Vigipirate !

Il est quand même également important de rappeler que n’importe quel préfet peut décider de mesures d’ordre public. Enfin les lois votées récemment, et notamment celle du 3 juin sur le terrorisme et la procédure pénale, dotent déjà notre pays d’un arsenal législatif conséquent, que beaucoup d’entre nous jugent inquiétant, et qui autorisent par exemple le ministre de l’intérieur à assigner à résidence ou à mettre sous contrôle administratif des personnes en dehors de toute procédure judiciaire.

Le débat à l’Assemblée nationale sur la prolongation de l’état d’urgence s’est réduit à un débat stérile basé sur une surenchère sécuritaire à visée électorale. L’occasion nous était pourtant donnée de nous interroger sur notre volonté collective de vivre ou non dans un constant état d’urgence, et sur les conséquences politiques et sociétales d’un tel choix.

Pour ma part, pleinement conscient de la nécessité de la lutte anti-terroriste et de la sécurité pour tous, j’ai néanmoins refusé, en votant contre la prolongation de l’état d’urgence pour 6 mois, de cautionner ce qui ressemble de plus en plus à une simple opération de récupération politicienne.

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