DERNIER BILLET

Voilà, je jète l’éponge. Pour dire la vérité, cela faisait quelques temps déjà que j’y songeais. Abonné à ce journal avec l’espoir d’y trouver l’exercice d’une information en adéquation avec la devise affirmée de démocratie radicale, argument-promesse à mes yeux bien plus parlant que l’indépendance qui, elle, n’exclue pas le partisanisme dont la racine en rhizome donne une arborescence qui fleur

DERNIER BILLET 

Voilà, je jète l’éponge.

 Pour dire la vérité, cela faisait quelques temps déjà que j’y songeais. Abonné à ce journal avec l’espoir d’y trouver l’exercice d’une information en adéquation avec la devise affirmée de démocratie radicale, argument-promesse à mes yeux bien plus parlant que l’indépendance qui, elle, n’exclue pas le partisanisme dont la racine en rhizome donne une arborescence qui fleurit souvent dans la partialité, celle-là même qui m’aura conduit à ne voir que propagules distinctes de l’origine démocratique tant annoncée qui dénaturent le projet initialement affiché et auquel je ne crois plus.

Si d’un côté le journal peut légitimement prétendre à ne pas censurer les blogueurs dans l’ensemble bien que tout le long de mon abonnement, j’eus à lire quelques récriminations sur le sujet, il n’en reste pas moins que le chef éclairagiste joue sur le clair obscur pour mettre dans la lumière de la une la couleur dominante du tableau composé de la diversité des nuances et des opinions exprimées pour ne laisser en exergue que les fleurs de son choix et laisser dans l’ombre celles qui déparent la belle harmonie désirée.

Ainsi, au fil du temps, j’ai constaté que la démocratie était trop souvent conditionnée aux rapports que l’autorité, journalistique ici, en faisait. Une idée séduisante mais difficile à conjuguer avec partialité du pouvoir. 

Si je reconnais l’utilité du travail concernant l’information sur bien des plans, notamment concernant les enquêtes dans les affaires de corruption et de prévarication, un contre-pouvoir réel et nécessaire de qualité indéniable, j’ai eu plus de mal à suivre les campagnes d’influence sur des sujets touchant au communautarisme entre autres et maintenant à ce qui ressemble à une prise de position dans cette campagne électorale en cours.

Dans le premier cas, le soutien aux religieux et ce que je considère comme une réécriture la laïcité dans le même style que décrit dans dans ma métaphore horticole, m’ont fortement posé problème en songeant à tous ces gens de gauche, en Iran pour ne prendre que cet exemple, qui, alliés à Khomeiny pour renverser le Shah furent ensuite les premières victimes du régime théocratique à peine au pouvoir. A se demander si pour des journalistes, les leçons du passé sont bien comprises car l’instrumentalisation forcenée des clivages confessionnels à des fins calculées ressemblent souvent à un marché faustien où on sait à l’avance qui sera perdant.

Dans le second, nous voilà plongés dans une campagne électorale qui sans doute recèle un caractère particulier tant il se situe à un moment de bascule civilisationnel comme jamais ce ne fut le cas dans la cinquième république et il est clair que les enjeux sont de taille. Il s’agit ni plus ni moins de risquer de se retrouver dans un monde d’ancien régime féodal avec des seigneurs tout puissants de la finance comme nouveaux maitres absolus, privilégiés seuls ou avec les populistes. La droite extrême ou l’extrême droite en quelque sorte.

Face au dangers qui nous menacent, seule l’union des progressistes peut opposer une résistance au rouleau compresseur qui écrase tout l’héritage des vainqueurs d’hier sur le nazisme et le fascisme. Conscient de la situation, quelle déception de constater que là comme pour le soutien aux religieux, le jardin de Mediapart est devenu le lieu de la discorde entretenue et cultivée dans la perpétration délétère des invectives, de la bassesse des accusations et des mensonges réitérés, administrés à dose de cheval en une du club.

Tout cela m’attriste profondément et j’aurais préféré que, des divergences apparentes, chacun cherche les possibilités de convergences pour qu’une union des gauches soit réalisable mais il est clair que ce n’est pas le but visé malgré les déclarations de M. Plenel sur la convergence des luttes qui se traduit en vérité bien plus dans l’appel au ralliement à son panache à mes yeux pas si blanc que cela. On sait trop qui est le bien et qui est le mal dans le simplisme des postures.

Voilà, j’ai donc décidé de ne plus avoir à contempler ce triste spectacle entretenu de l’agonie d’une gauche du quant à soi qui s’égare dans ce qui me semble être un sectarisme de fait, fantasmant un absolu oublieux de la réalité des souffrances de toute un frange de la population qui est ma préoccupation première et qui, elle, se fiche de savoir si Mélenchon, c’est Poutine ou Chavez mais qui préfèrerait savoir ce que les uns et les autres ont pour projet concret. L’abstraction philosophique, si nécessaire soit-elle, doit savoir faire parfois place à l’attention du quidam qui se lève le matin pour nourrir ses enfants dans un monde qui ne lui laisse pas le temps ni le loisir d’avoir des états d’âme sur la pureté des esprits quand lui sent sa chair et son sang dans l’inquiétude de la précarité et qui, las d’un discours confus où les accents haineux des querelles de clochers d’une gauche en perdition, se tourne vers les sirènes du FN qui se montre bien plus malin et attentif sur le coup.

Je laisse donc les jardins médiapartiens devenir la cour d’école où les garnements les plus bruyants se castagnent comme de vulgaires gamins refusant de devenir les adultes assumant leurs responsabilités.

Je dois pourtant préciser que j’y ai rencontré des gens de qualité avec qui il a pu être possible d’établir un dialogue enrichissant qui me laisse un regret de ne pouvoir le prolonger. J’ai cru un instant pouvoir faire que ce soit suffisant mais il m’est apparu que ce serait au prix du financement par mon abonnement d’une campagne que je réprouve.

J’adresse donc à tous ceux qui m’ont témoigné un intérêt, mes voeux pour une bonne année et l’affirmation de mon amitié sincère, les autres, de toutes façons, ils ne me liront pas. 

Philippe. 

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