LA DERIVE DES CONTINENTS.
Les évènements s’enchainent les uns après les autres à la vitesse d’un zapping effréné qui interdit la distance indispensable à la raison. Actions et réactions se succèdent à un rythme infernal dans une dramaturgie qui nous pousse au paroxysme de nos émotions. D’un effroi à l’autre, aucun répit.
A s’être égaré dans les paradis fiscaux, les adeptes de la charia du marché contemplent leur reflets chez d’autres qui n’y seront jamais admis et qui leur opposent des paradis d’assassins avec bordel à houris pour soigner leurs frustrations de mort-vivants volontaires. Entre, nous voilà pris en otage et muselés pour être conditionnés et dressés pour le grand sacrifice que les monstres libérés exigent de nous. Les injonctions à se soumettre aux sans dents et kafirs réunis que nous sommes fusent avec menaces incluses. Pas le temps du recueillement, l’urgence exige. Une mise en scène chorégraphiée par des médias qui scénarisent l’information afin de mieux entretenir nos douleurs, nous les faire comprendre et surtout en profiter. Opportunistes, malins de tous bords, tous comme autant de vautours et de hyènes au chevet de nos libertés et par dessus tout de notre humanité même, se disputent nos peaux avant de nous avoir tué. Nous découvrons avec horreur l’ampleur des dégâts d’une dérive due à une perte de cap pourtant décidé dans la douleur de nos ancêtres.
L’humanité, atteinte de myopie, refuse de corriger son regard pour anticiper plus loin que le bout de son nombril. Amnésique au point de s’oublier elle-même dans des chimères qui telles des sirènes de malheur les attirent vers un naufrage inéluctable. Oubliés ses espoirs d’antan de justice, de fraternité, d’égalité et de liberté, c’est le sauve-qui-peut pour tout fil d’Ariane qui renvoie chacun à sa faiblesse solitaire et sa perte assurée. La peur s’est immiscé dans notre quotidien et le danger est que l’habitude nous la fasse prendre pour normale.
Qu’avons nous fait pour en arriver là ?
Rien... ou plutôt si !... Nous avons fermé les yeux et laissé notre continent dériver en croyant que les crises seraient passagères, que tout cela n’était qu’une mutation nécessaire pour “moderniser” sous l’impulsion du génie des grands penseurs dont la légitimité ne devait s’inscrire nulle part ailleurs que dans l’économie. La croissance éternelle pour justifier cette imbécilité bornée d’une compétition généralisée qui assurerait disait-on le bonheur de tous. Entêtement coupable qui nous a conduit de la guerre économique à la guerre tout court. Guerre sociale, guerre pseudo-religieuse ou de pseudo-civilisation, guerre contre la nature et le vivant, guerre contre l’intelligence et la culture en oubliant volontairement que chacune d’elles faisait ses victimes. Victimes qui se sont tournées vers un autre tropisme, amalgame de tous les ressentiments avec la promesse de la vengeance divine comme absolu final. Maelström infernal qui semble devenir fou dans une accélération incontrôlée.
Finis les discours et les tiraillements sémantiques, il est trop tard pour savoir qui de nous détiens la meilleur définition des mots comme liberté et démocratie, il n’y aura jamais que celle que nous leur donnerons et ferons progresser. Le seul critère étalon pour la mesurer sera gravé dans le sens d’une humanité retrouvée pour extraire de nous le meilleur de nos volontés. Il faut reprendre le chantier entrepris par les Robespierre, Danton, Camille Desmoulins, Marat et tous les autres, non pas pour un copié-collé de l’histoire mais pour faire aboutir leur quête d’une société plus juste et fraternelle en se servant des fondations qu’ils nous ont légué pour aller de l’avant, inspirés de leurs élans émancipateurs. Aucun d’entre eux n’est à prendre en modèle et nul besoin de tribunal de l’histoire pour les condamner ou les encenser. De l’esprit révolutionnaire doit sortir ce qui a motivé les communeux, les mouvement du Front populaire et du Conseil National de la Résistance car de résistance, il va en être fortement question dans cet avenir qui se dessine. Nous ne pouvons abandonner ce qu’ils nous ont transmis ou alors apprenez dors et déjà à vous habituer au pire.
Notre continent dérive et déjà se profile un nouvel horizon bien sombre. Allons-nous laisser faire ?