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Billet de blog 26 novembre 2014

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La 6ème république, mythe ou réalité ? REVER EST-IL ENCORE PERMIS ?

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 Il est dans l’air du temps de parler de 6ème république car la 5ème semble butter, pour un certain nombre d’entre nous, sur ses limites démocratiques. On peut en effet constater la situation sclérosée dans laquelle le pays semble piétiner voir même le plonger dans une certaine déliquescence. Trouver inadmissible la souffrance grandissante des laissés pour compte, des exclus de tous poils de la logique du TINA. On nous présente cette nouvelle institution à venir comme une refonte de nos règles de manière participative. Soit ! J’ai envie de dire chiche ! A ce titre, je me sens donc légitime pour exprimer ce que j’attendrais d’un tel changement sans autre prétention que celle d’un citoyen parmi d’autres, spécialiste en rien, ni même encarté mais qui ressent le besoin d’ouvrir une fenêtre pour qu’un souffle nouveau redonne enthousiasme à un pays qui en manque singulièrement à mes yeux.

   Sortir de cette logique qui distancie le politique du citoyen afin que celui-ci retrouve la maitrise de son destin. Faire que la seule cupidité d’un système barbare ne puisse plus broyer ni homme ni nature et rendre effectif la volonté de beaucoup d’un autre monde que l’on dit possible. Capable enfin de rompre avec la fatalité et redonner espoir et créativité ! C’est pour cela que j’ai décider d’adresser ce billet comme on lance une boule de neige que j’espère voir grossir en dévalant la pente et invite tous ceux qui peuvent se sentir concernés à en faire autant. Nous ne pouvons plus rester spectateurs figés dans la critique, il nous faut embrayer pour donner vie au futur ! Nous devons faire vivre cette opportunité sous peine d’hériter un jour d’une 6ème république concoctée par le haut sur le discours de spécialistes qui nous dirons comme à l’habitude ce que le bon peuple veut.

   En ce qui me concerne, je voudrais que cette 6ème république soit l’occasion de renouer avec l’esprit qui a animé la flamme révolutionnaire, celle qui a inscrit: liberté égalité fraternité sur les murs de nos édifices publiques, qui donna naissance à la citoyenneté que je voudrais voir revenir au centre du nouvel édifice pour que nos vies ne soient plus subies. Je voudrais qu’elle soit l’affirmation de la volonté de nous libérer de la financiarisation cannibale et déshumanisatrice en cours qui s’impose comme seule légitime du contrôle des modes de production et de redistribution. Qu’elle soit enfin porteuse d’une conscience universelle qui aille au delà de nous-même, dans un universalisme absolu qui englobe l’ensemble du vivant et de manière trans-générationnelle afin que nos successeurs puissent à leur tour aussi jouir de l’usage du monde. Enfin, qu’elle mette à mal cette main mise d’un petit nombre asservissant le plus grand. Car après tout, sur quoi repose leur légitimité ?

   Les rapports de forces sont inégaux pour le simple fait qu’on a accordé des droits démesurés à certains, leur permettant de s’accaparer ce qui nous appartenait, à savoir: la terre, la nourriture, l’eau, et même l’air qu’ils aimeraient rentabiliser ( taxe carbone ), liste non exhaustive. Des services publiques privatisés rendant les états exsangues et impuissants. Ainsi donc dans de telles conditions, à quoi sert-il de voter si nous n’avons plus prise sur quoique ce soit et qu’une fois élus les députés travaillent pour les lobbies plutôt que pour leurs électeurs qu’ils sont sensés représenter ?

   Un peuple privé de biens n’a aucun pouvoir et n’a d’autre issue que de subir la loi des possédants. Il devient un “sans terre” comme d’autres furent des “sans culotte”. Comment une démocratie peut-elle oeuvrer si le pays est propriété privée, si sa monnaie ne lui appartient pas et si les forces de l’ordre, sa défense sont au service des financiers des oligarques. Le peuple devient alors locataire en sa demeure et se trouve dans l’obligation de payer un loyer sur son propre sol sous peine d’exclusion. il est redevenu sujet au service d’une nouvelle noblesse de robe auto-proclamée, aristocratie ploutocrate illégitime qui une fois débarrassé des institutions démocratiques fera et sera le droit pour assoir définitivement son pouvoir totalitaire.

   Il n’y pas si longtemps, l’état arbitrait et équilibrait les débats mais le libéralisme a triomphé de celui-ci avec la complicité du politique ( la corruption généralisée actuelle en est certainement un symptôme ). D’abord, au nom de la croissance, de la concurrence et de la compétitivité, il a abandonné son droit régalien, dépossédant ainsi son propre peuple ! Le monde peut alors ressembler à un ring où les boxeurs n’ont ni règles ni arbitres donnant à coup sur la victoire au super-lourd face au poids mouche avec la mort assurée du perdant. Pour le coup, la propriété est vraiment devenue un vol manifeste et la voracité n’a alors plus de limite quitte à sacrifier sans vergogne les ressources, l’avenir de nos enfants et l’ensemble du vivant. La pression démographique conjuguée à la perte de biodiversité ne supporteront surement pas une telle folie très longtemps. Déjà, la promesse de l’intérêt particulier faisant celui du général, prend du plomb dans l’aile si l’on considère le nombre grandissant des laissés pour compte et le discours opposant le méritant au parasite a de beaux jours à venir si rien ne change car n’en doutez pas la pénurie viendra. Pas grave me direz-vous puisqu’ils ont déjà trouvé la parade en dématérialisant la finance et en nous endettant ad vitam aeternam, s’assurant ainsi une rente éternelle ( croient-ils ).

   C’est peut-être là que se situe la raison du repli identitaire et le renouveau du nationalisme car le sentiment d’impuissance qui résulte de la chute des institutions jette les gens dans le dénuement le plus angoissant aux vues de la fonte des acquis sociaux et de la précarisation grandissante. L’affolement se généralise et n’est pas bon conseilleur. Il est le moteur de la violence qui monte, qui génère les toujours plus nombreux desperados prêts à brandir n’importe quel étendard pourvu que celui-ci soit ennemi des promoteurs de la barbarie libérale. Il en résulte une dispersion très salutaire pour les vrais responsables du chaos annoncé.

   C’est sur ce thème que la gauche peine à donner une réponse cohérente ouvrant un boulevard aux héritiers de Maurras et de boulanger mais ceux-ci ne mèneront nul part ailleurs que dans l’impasse et la douleur, là où leurs prédécesseurs ont aboutis. De plus, il est étonnant de voir le “peuple sensé de gauche” trouver la droite traditionnelle tellement inacceptable au point de vouloir encore aller plus à droite. J’ai parfois l’impression qu’au pays des lumière, quelqu’un a trouvé l’interrupteur. J’en vois d’autres déserter dans des expériences alternatives intéressantes mais qui ont le désavantage de les fragiliser par leurs morcèlement. Fragiles expériences dispersées incapables de résister aux tempêtes de l’histoire quand elles se présentent.

   C’est là que la gauche à mon humble avis doit travailler ! Réaffirmer la force politique. Réaffirmer son pouvoir et le bien commun non plus dans l’intérêt privé mais dans l’intérêt général en imposant le droit des peuples à décider sur leurs territoires. Pour cela, il lui faut absolument rompre avec la doxa néolibérale et redonner un levier réellement efficace, celui de la limite à la propriété privée, quitte à affronter Bruxelles. Réaffirmer la démocratie pour mettre à bas ce qui est devenu une ploutocratie et se réinscrire dans la philosophie de la déclaration universelle des droits de l’homme que les membres de l’UE ont signé. Ce qu’ils semblent trop souvent oublier ou réinterpréter à dessein aujourd’hui.

   Cette constitution à venir doit sanctuariser ce qui conditionne nos existences et nous devons nous persuader que nos vies sont un droit inaliénable qui ne doit rien à personne. La terre et l’eau sont notre bien, l’éducation et la santé sont nos droits et rien de tout cela ne doit entrer dans la sphère du privé. Nul ne doit avoir le droit comme à Sivens de confisquer à son profit. Pour le détail, je suis toujours révolté à chaque facture d’eau ! Imaginez que votre plombier vous fasse payer l’eau de vos douches et bien c’est ce que font les compagnies privées qui gèrent le réseau.

   J’espère cette sixième république. Il est question qu’elle soit participative alors participons et déclarons ce que nous en attendons avant qu’elle nous soit imposée ou oubliée. Pour ce qui me concerne, voilà mon attente: la réappropriation ! Pilier nécessaire et indispensable sans lequel aucun équilibre dans un rapport de forces face aux décideurs actuels n’est possible. Liberté égalité fraternité doivent rester notre seule feuille de route et qu’on ne m’oppose pas le réalisme de la mondialisation car si je me souviens bien, je ne crois pas que nos aïeux de 1789 aient demandé une quelconque autorisation à qui que ce soit pour prendre la Bastille et mettre la monarchie à bas. Surtout pas aux banquiers ! Ne restons pas spectateurs, parlons, agissons ! 

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