POURQUOI JE N’IRAIS PAS MANIFESTER À PARIS LE 14 JUILLET 2015

Depuis plusieurs mois, nous pouvons lire sur les réseaux sociaux des appels à la mobilisation contre le gouvernement pour le 14 juillet, un rassemblement populaire et national à Paris. Or, je n’ai jamais trouvé, à aucun moment, que cette idée soit recevable, je m’explique :

Défiler un 14 juillet, alors que l’armée défile sur les Champs Élysées, alors que le chef de l’état sera présent avec un service d’ordre encore plus sur ses gardes, alors qu’une foule de badauds assistera les yeux hagards aux défilés des chars, des légionnaires, celui des avions de chasse dans un ciel certainement privé de "chemtrails" pour cette occasion, vraiment, c’est la parfaite opportunité pour annuler un effet contestataire.

Soit, il faut faire cette manifestation avant, et ne pas se référer à la prise de la Bastille, soit après, soit pas du tout, comme je le préconiserais ; à savoir que personne ne se rende au défilé et que chacun reste chez soi, c’est exactement ce qu’ont fait les Vénitiens lorsque le couple impérial autrichien s’est présenté à Venise en novembre 1856, à part quelques officiels, la ville était déserte et François-Joseph accompagné d’Elizabeth d’Autriche ne comprenaient pas une telle désertification de la cité lacustre.

- Imaginez un instant que Paris soit désert pour le défilé du 14 juillet, l’effet serait bien plus puissant, et montrerait non seulement à cette autorité gouvernementale, mais au monde entier, le mépris du peuple pour un gouvernement incapable de gouverner la France, mais fortement capable de l’oppresser.

Une telle manifestation silencieuse aurait des répercussions phénoménales comme celle de faire démissionner un gouvernement, et peut-être même, un président, une première dans la cinquième république.

Donner le prétexte au gouvernement de réprimer une manifestation publique, serait une manière d’imposer sa volonté de façon brutale et autoritaire qui fera l’affaire du ministre de l’Intérieur, alors que la contestation silencieuse sera plus efficace et surtout moins risquée pour des manifestants pacifistes au sein desquels, la préfecture de police aura glissé des agitateurs pour discréditer le mouvement.

C’est une méthode que nous connaissons tous, des policiers en civil, des voyous payés par le ministère de l’Intérieur, voilà comment fonctionne le pouvoir et comme il a toujours fonctionné.

En 1968, la préfecture de Police de Paris avait recruté des réfugiés politiques hongrois pour aller taper sur les « odieux communistes » qui défilaient et qui perturbaient la République en lançant des pavés. Mon père était de ceux-là, mais l’expérience de Budapest 1956, lui avait appris les manipulations du pouvoir, et il comprit vite qu’il n’avait rien à faire dans la manifestation et surtout pas en tant qu’agitateur payé par le pouvoir.

Rien n’a changé aujourd’hui, on l’a vu aux USA dernièrement où des policiers en civil déclenchent les hostilités pour discréditer les pacifistes, et en France et partout ailleurs, c’est la technique de l’état qui refuse d’appliquer la démocratie.
Dès qu’un mouvement de contestation populaire se manifeste, les agitateurs détruisent la beauté de la pensée, car la majorité des contestataires est pacifique, mais également rendue agressive et violente par les brutalités policières qui servent un pouvoir systématiquement injuste, car, incapable d’accepter ni ses tors, ni la moindre critique.

Annoncer une manifestation générale comme celle du 14 juillet 2015 est à mon sens un non-sens, car trop de manifestations s’opposeront et s'annuleront au même moment.

Serait-ce profiter de l’occasion pour mobiliser davantage les forces de police, oui je le crains, et Paris n’est pas la France. Si cette organisation de manifestation contestataire veut agir intelligemment, elle doit agir collectivement sur tout le territoire, sinon, cela n’aura aucun impact.

Faire de la politique, c’est également avoir un esprit stratégique, ce qui ne semble pas être le cas des organisateurs qui semblent agir par instinct et volonté d’appliquer le droit, mais contre l’état, les règles de bonne conduite et le respect ne servent à rien, la matraque du gendarme est toujours disposée à frapper sur la tête d’un défenseur de la liberté, car sa liberté à lui, est celle d’obéir à sa hiérarchie.

À moins que l'organisation de cette manifestation préméditée, ne soit qu'une volonté révolutionnaire au cœur d’une démocratie, et la donne serait différente, car le gouvernement Valls, n’hésitera pas à utiliser l’armée contre le peuple, M. Valls, le faux démocrate, utilisera des méthodes franquistes qu’il connaît bien, contre le peuple de France qu’il prétend défendre comme il le méprise, il nous le prouve quotidiennement avec ses comportements ombrageux et autoritaires à l’Assemblée.

Il existe d’autres moyens plus efficaces pour lutter contre le pouvoir.

En Espagne, "Podemos", le peuple a appelé à boycotter Coca Cola, l’action a chuté, McDonald commence à quitter des pays d’Amérique latine, faute de clients, Monsanto perd également de plus en plus de clients, la résistance passive est bien plus efficace que la violence des manifestations.

Retirer son argent des banques, refuser de payer l’impôt de façon solidaire et collégiale, refuser d’aller travailler afin de bloquer l’économie, refuser de consommer dans les super marchés et favoriser le commerce équitable et coopératif, renouer avec l’entre aide solidaire, toutes ces choses peuvent être faites tous les jours sans risquer la moindre interpellation, le moindre coup de matraque sur la tête, et avec une efficacité supérieure.

Aller manifester à Paris nécessite un financement pour s’y rendre, il faut s’alimenter, boire, trouver des endroits ou satisfaire des besoins naturels, pour dix personnes, c’est simple, mais pour des milliers en été, en pleine chaleur, même le SAMU ne pourra intervenir à cause de la foule.

J’ai assisté en tant qu’observateur à des manifestations en ville, les manifestants urinant sur des portes d’immeuble, seuls ou en groupe, le sentiment que j’avais était du dégout, car le manifestant méprisait par cette action, d’autres citoyens, alors qu’un parc à 100 mètres pouvait leur offrir cette possibilité, non, il fallait encore salir le bourgeois.

C’est ce qui se passera inévitablement à Paris si des milliers de citoyens répondent à cet appel de mobilisation, des écarts de civismes briseront l’élan de soutien et d’amitié collégiale.

Je crains que la résistance passive et organisée obtienne des résultats plus probants et efficaces, c’est mon avis et je le partage.

On ne peut pas lutter contre un géant à armes égales si l’on est petit, et lui plus puissant, il faut trouver le moyen de le faire plier, comme David a fait plier Goliath.

Aujourd’hui, il faut trouver ce moyen, cette fronde, mais pour cela, il faut être attentif aux mouvements du monde et à ceux de notre état, tout médiocre est-il, il a peur de la foule, certes, mais plus encore de la conscience du peuple, et lorsque celui-ci aura compris que paralyser les banques, l’économie, les services publics et les entreprises est plus efficace que de défiler dans la rue, alors, le peuple obtiendra gain de cause.

En Islande, ils ont mis les banquiers en prison, le peuple au pouvoir, et quitté l’Europe, leur économie repart.

En Grèce, le FMI et l’Europe ont accordé un près de plus de 280 millions d’euros pour relancer l’économie grecque, or, les ¾ de cette somme ont été engloutis par les banques pour payer une partie de la dette et pas réinjectés dans l’économie comme prévue, et on s’étonne que la Grèce ne redémarre pas ?

Qui dirige, les états ou les banques ?

Les banques ont créé des bulles financières spéculatives autour de la planète qui n’ont aucune valeur et qui risquent d’éclater à n’importe quel moment, entrainant dans leur chute tout le système économique mondial, si des actions solidaires et populaires agissent pour provoquer leur éclatement, c’est tout le système économique qui s’écroule, nos politiques avec, car complices des malversations financières.

La voilà la fronde, c’est dans cette direction qu’il faut aller, et pas dans la croyance de la manifestation révolutionnaire publique qui sert le pouvoir plus que le peuple, car elle lui donnera le prétexte d’asservir davantage encore le peuple qui souffre.

Ainsi, il faut avoir une vue globale, synthétique pour comprendre comment fonctionne notre monde et interagir avec lui.

Toutes les tentatives individuelles sont liées à l’échec, seules les tentatives d’intervention collectives sont vouées au succès, on l’a vu en Espagne, on comprend dorénavant pourquoi le pouvoir s’acharne à diviser les citoyens entre eux, les chrétiens contre les juifs, les juifs contre les musulmans, les musulmans contre les chrétiens et les juifs, les classes moyennes contre les classes dirigeantes, la classe ouvrière méprisant la classe moyenne, les classes au travail qui méprisent les chômeurs, et qui détestent les populations qui accostent sur nos côtes, etc… Tout est fait pour diviser les citoyens d’un même pays pour les empêcher de réunir leur force et leur intelligence solidaire.

Mais une chose est certaine, nos politiques craignent de devoir faire face à l’éveil des consciences, mais cet éveil est proche, il est inévitable.

Nous vivons une époque formidiable…

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