À la mémoire de ceux qui sont partis

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À la mémoire de ceux qui sont partis

 

LES ÂMES VOLÉES

 

À toi que j’écris te souviens-tu de ces âmes volées,

Elles m’ont déchiré le cœur dans leur obstination à partir,

Dans les sphères de lumière, des gouttes de sang séchées

Bouleversé, je voulais tellement te dire,

 

Elles ont pensé à toi, mère de toute vie, avant de s’enfuir,

Heureuses en ce jour d’allégresse, qu’elles nourrissaient de leurs vœux,

Ravies de pouvoir chanter, ravies de pouvoir danser et même d’aimer,

Quelle belle journée qui s’annonçait, et que le ciel était bleu,

Comme les fleurs sentaient bon à la terrasse des marchandes de roses,

Les rouges étaient ardentes, les jaunes étaient de feu,

Les pétales, elles ramassaient, ne sachant où poser les yeux

 

En terrasse, la nuit était tombée et la jeunesse était joyeuse

Que les garçons de café étaient pressés de servir les gourmands de la vie,

Sont arrivés les maudits dans leur carrosse macabre, image ténébreuse

Armés de leurs bâtons de mort aussi rigide qu’un arbre,

Et l’ont prises sans même te demander ton avis, à toi mère de toute vie,

 

Depuis, tu allumes une bougie tous les soirs, et tu honores leur mémoire,

 

À chaque fois que tu regardes vaciller la flamme, tu verses une larme,

Elle tombe sur tes mains en prière,

et mouille tes doigts, devant derrière

Tu pleures pour toutes les mères d’ici et de là-bas,

Celles qui vivent ce drame comme toi

Tu pleures pour tous les enfants déchirés d’avoir perdu un frère, une sœur et son âme,

Tu pleures pour les pères sans repères, aussi perdus que les mères dans le drame

 

Comme sardines en boite sur le trottoir, les corps sont alignés,

Les feuilles des platanes sont tombées pour les couvrir du manteau de l’hiver,

Comme les assassins étaient fiers aux heures du berbère,

À cet instant dans tes veines, ton sang s’est glacé, et tu te vois gisante à leur côté

Mais la mort ne veut pas de toi,

Ses bras vermeils te chassent, les leurs aussi,

Tu es leur mémoire désormais, leur âme de vie…

 

Tu pleures encore en regardant l’oiseau qui s’envole,

L’insouciant pique une noix sans coquille dans un bol,

Il te rappelle à l’énergie divine de la vie,

Et je te remercie d’être la mémoire…

De ceux qui sont partis…

 

Philippe A. Jandrok

 

 

 

 

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