Qui est égoïste, objectivement?

Qui est égoïste, celui qui refuse un vaccin lucratif pour un mal qui intervient dans environ 5% des décès ou celui qui ayant déjà bien vécu, refuse aux autres et en particulier aux jeunes générations le droit de vivre "normalement" parce qu'il a peur de voir son espérance de vie se réduire de quelques mois? L'objectivité est-elle encore de mise?

Hier soir en éteignant tardivement mon téléviseur, j'entends un "expert" expliquer (sur le rediffusion d'une émission de France 5) qu'il faut bien dire aux gens à quel point le variant (delta je suppose) est terriblement nocif et dangereux.
Surpris car je lisais plutôt le contraire, à savoir qu'il est plus contagieux mais dix fois moins mortel que la souche originale. Et que selon certains, il va finir par se normaliser et prendre la place du virus saisonnier de la grippe dans notre écosystème. Ni plus ni moins.
Tout est question d'interprétation, la subjectivité et l'émotion dominent le débat depuis le début de l'épidémie.
Retour aux chiffres: 77 décès (quel âge, quel mode de vie, quel état de santé, quelle catégorie sociale, quel groupe sanguin ?), jeudi 12 aout en France. Sur les 1832 décès qu'on enregistre chaque jour en moyenne (669 000/365), soit 4,2%.

C'est extraordinaire qu'environ deux tiers de la population accepte sans broncher un recul historique de la liberté et de la qualité de vie ou d'hypothéquer l'avenir des jeunes générations parce que 4,2% des décès quotidiens sont attribués à un virus "terriblement agressif et dangereux".
Ou alors parce qu'ils ne peuvent pas se passer de prendre l'avion ou d'aller au restaurant et dans les centres commerciaux qui sont dorénavant interdit aux récalcitrants. C'est encore plus extraordinaire de les entendre parler d'égoïsme et d'irresponsabilité alors que les choix politiques qui sont faits vont avoir des répercussions économiques, sociales et psychiques désastreuses sur au moins un quart de la population. Je parle de 10 à 20 millions de personnes, pas de quelques dizaines de milliers de personnes qui vont mourir un peu plus tôt que prévu par les statistiques…
François de Closets (87 ans)  et André Comte-Sponville (69 ans) ou encore Jean-Marc Jancovici (59 ans) soutiennent au contraire qu'il est irrationnel de consacrer les 2/3 des dépenses de santé à prolonger la vie des gens qui sont en passe de la terminer tandis que tant de gens dans la fore de l'âge n'ont pas un accès régulier aux soins courants.
Tout est question d'interprétation et on peut dire que l'objectivité n'est plus de mise dans les arbitrages qui sont faits ni dans la réflexion des individus, fussent-ils des experts, des journalistes ou des professionnels de la santé.

Si on voulait exclure du système un quart de la population pour permettre aux autres de continuer à "profiter" encore quelques décennies sans renoncer à une partie de leur confort, on ne pourrait pas mieux s'y prendre, d'autant qu'on est en train d'établir, de fait, la liste des individus qui adhèrent au système sans broncher (les vaccinés), et surtout de ceux qui s'y opposent (les autres), CNIL ou pas CNIL…
J'ai en tête, depuis le début, le rapport Meadows qui alertait dès 1972 que nos sociétés allaient être confrontées à la double contrainte ressources et climat et entrer en décroissance forcée vers 2020. Je n'arrive pas à croire qu'il n'y a pas de lien entre les conclusions de cette analyse systémique et ce qui arrive actuellement. Il y avait déjà 8 à 9 millions de français sous le seuil de pauvreté et pas mal d'individus exclus du système, leur nombre est en train d'exploser et ce n'est pas terminé. La dystopie est en marche. Georges Orwell était visionnaire.

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