Dignité, 49.3, etc.

Une bouffée d’Haenel, de Despentes - ça fait tout drôle pour un joli petit agrégé mâle de se retrouver piétiné comme ça.

6h15, pas de son, pas de frissons, juste se lever et dérouler l’habitude.

L’hygiène corporelle, la sienne, celle de ses tout jeunes enfants encore ensommeillés. Le temps de préparer son sac, vérifier que le cours sur le rôle des mathématiques dans la méthode scientifique est bien là – stress d’étudiant attardé, ça serait con de l’oublier, j’y ai passé quelques heures et les TS2 en auront besoin pour passer ce drôle de dernier bac. Et ils aiment réfléchir, comme tous « mes » élèves, quand on prend la peine de les respecter un peu.

Et puis non, 49.3. Une fièvre improbable, mortelle. Un dernier face-à-face à la Taxi Driver avec le miroir, je n’irai pas aujourd’hui. Quelques amis manifesteront devant la Préfecture. Et quelques autres. Les messages électroniques circulent, nous serons finalement plus nombreux que prévu. Plus décidés à ne pas laisser une bande de petites frappes saccager encore et encore le bien commun.

C’est humiliant d’en être réduit à ne pas retrouver ses élèves – plus humiliant encore à sourire à la destruction brutale de son métier. Une bouffée d’Haenel, de Despentes - ça fait tout drôle pour un joli petit agrégé mâle de se retrouver piétiné comme ça. Mais à ce point, il n’est plus question que d’efficacité politique, il s’agit de dignité morale. De se tenir un peu debout quand on nous gifle et de regarder droit devant, en souriant.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.