Globalement le Front de Gauche est en légère progression par rapport à 2009 (6,33% contre 6,05%). Bien sûr ses militants auraient espéré mieux, mais c'est déjà pas mal de maintenir ses positions.
Le FdG n'a pas profité du faible résultat du PS. Plus décevant il n'a pas non plus profité de l'écroulement du NPA, et de la baisse de LO qui sont passés ensemble de 6,2% à 1,6%.
Autre phénomène très important: les "personnalités" n'ont pas été importantes, le vote a été "politique".
Cela se voit quand on regarde les résultats par régions. 2 régions clefs, l'Ile de France et le Sud Ouest ont eu en 2009 et 2014 la même tête de liste, l'une PCF (P Le Hyaric), l'autre PG (JL Mélenchon). Dans les 2 cas, ils ont faiblement progressé. Donc les différences de l'un et de l'autre, sur l'Europe, sur les municipales, n'ont pas joué de rôle. Le FdG a été perçu "globalement" par l'électeur qui n'a pas regardé non plus les différences "personnelles" entre les uns et les autres, alors que l'un est particulièrement brillant (JL Mélenchon), et l'autre plutôt terne (P Le Hyaric), l'un "PG", l'autre "PCF".
Si on regarde les enquêtes "jour du vote"(1), on s'aperçoit que l'électorat Front de Gauche s'est à peu près autant abstenu que l'électorat PS, plus que l'électorat de droite. Le Front de Gauche n'a donc pas su créer une offre politique plus attractive que celle du PS.
De plus, si on regarde ceux qui avaient voté pour JL Mélenchon à la présidentielle et qui ont voté à ces Européennes, seulement 46% ont voté pour le Front de Gauche, les autres se sont répartis entre les Verts, Nouvelle Donne, le PS, et les "petits partis". C'est un fait très important, car un parti se construit à partir de la fidélisation de ses électeurs. Le FdG fait moins bien que ses compétiteurs, et, bien sûr, beaucoup moins bien que le FN, champion hors classe sur ce point.
En ce qui concerne les caractéristiques socio économiques des votants pour le Front de gauche, celui-ci fait à peu près aussi bien dans toutes les catégories sociales, homme-femme, niveau d'éducation, niveau de revenu, catégories socio-professionnelles. Il fait seulement mieux parmi les salariés du public (les fonctionnaires) et moins bien parmi les + de 60 ans, les chômeurs (!).
Quels conclusion tirer de ces éléments ?
à mon avis, principalement que le vote FdG ne se définit pas essentiellement par une position sociale (à la nuance prés d'une meilleure audience chez les fonctionnaires). C'est une aspiration à "plus de gauche". Cela en fait sa faiblesse: c'est un électorat volatil qui, selon ses humeurs, va rêver ici ou là (il est significatif que les chômeurs, confrontés au réel, ne rêvent pas avec le Front de gauche, ni les personnes âgées vaccinées des discours flamboyants qu'elles ont entendues mille fois).
Si le Front de Gauche veut un avenir durable, il va devoir choisir les intérêts de qui il veut défendre. A moins que la réponse ne soit déjà donné par son électorat: il défend les fonctionnaires et les "rêveurs", et JL Mélenchon est le tribun qui fait le mieux rêver d'une société plus juste, plus démocratique, plus écologique.
(1) j'ai regardé les l'enquête "jour du vote" d'Ipsos, consultable ici
http://fr.scribd.com/doc/226037674/Europeennes-Ipsos-Comprendre-Le-Vote-Des-Francais
Je n'ai tenu compte que des différences de 5% et plus, car sur ces petits échantillons il faut être prudent.