Ma voisine, son chien Othello et l'origine du langage

Ma voisine ne parle pas à son chien, elle aboie… « Othello ! »

 

 

photogramme du film Abel et Caïn de Raphaëlle Paupert-Borne © JfN photogramme du film Abel et Caïn de Raphaëlle Paupert-Borne © JfN

Ma voisine ne parle pas à son chien, elle aboie… « Othello ! » la voix rauque de fumeuse râpe crescendo jusqu’à la dernière syllabe hurlée… 2 ou 3 fois de suite jusqu’à extinction, parfois avant l’obéissance obtenue de l’animal. Mais au delà ce sont les cordes qui cassent.

Une autre chienne, maintenant revendue s’appelait « Cannabis ».

 

Je dois reconnaître qu’elle a des résultats. Elle comprend assez son chien pour savoir anticiper ses velléités d’aboiement : « Othello ! » (2 fois, 3 fois... de nombreuses fois chaque jour). Il faut admettre que son chien aboie moins souvent qu’elle, beaucoup moins…

 

Il faut admettre aussi qu’elle n’attend pas de son chien qu’il se mette à parler. C'est l'inverse, elle ne souffre pas de cette prétention remarquable à « donner la parole » à qui n’en aurait pas sans son entremise, dont est particulièrement affectée de nos jours, la gente éduquée.

 

A titre personnel je suis quotidiennement déstabilisé dans mes conceptions cinématographiques les plus profondes : j’ai toujours pensé et affirmé à haute voix, qu’il faut « devenir une vache pour filmer une vache »… de là à meugler ?... Mais, est-ce vraiment le comportement d’un chien de se prémunir des expressions, même appuyées, de ses congénères ?... Autant que d’une vache d’en filmer une autre en tout cas !

 

Dieu merci (!?) j’avais déplacé mes préoccupations cinématographiques vers l’origine du langage et la forme des premières énonciations, en ce qu’elles ont à voir avec l’objet même du cinéma comme hypothétique « langue adamique » évoquée par la genèse, par laquelle Adam nomme les choses pour la première fois... et qui parle à chacun, que chacun comprend ou, pour dire comme Walter Benjamin « comme les enfants nés le dimanche parlent aux oiseaux »… Même s’il est peu probable que le nom Othello réponde de cette forme primitive de grognement informe devenant mot et nommant une chose (quoi qu’on serait sûrement surpris de savoir quel borborygme originel a offert à l’humanité le mot maman !)... ni que le rejet des aboiements d’un chien soit la première préoccupation des humains s’affranchissant de leur condition initiale (quoi que peut-être pour affirmer ce changement de condition justement ?).

 

Non, à l’écoute de ma voisine et son chien, nous sommes en face d’une manifestation culturelle contemporaine. C’est soulageant.

 

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