Par précaution le monde d’après, vaut mieux le commencer avant

Depuis quelques temps (et le mouvement #Metoo) une phrase revient souvent retrouvée parmi des commentaires d’un très beau billet  et qui concernerait « le cinéma français » et sa cérémonie des Césars (et à l’entour)…

mouvement © Fiflam mouvement © Fiflam

 

« … Surtout dans le milieu du cinéma où l'omerta et l'impunité règnent en maître »... Pas très loin de cette phrase-là, ailleurs, on lit souvent en général : « Le cinéma français doit s’ouvrir à la diversité ». Diversité qui recouvre alors « les femmes » et disons, les « non-blancs » – je prends des pincettes pour trouver le mot le plus proche de l’idée générale – mais cette diversité ne s’étend pas pour autant encore à ceux qui vivent hors Paris…

J’avais répondu à ce commentaire par ailleurs intéressant et je reproduis, et complète, ici le mien :

« De quoi parlez-vous ? N'êtes-vous pas au cœur du lieu commun le plus confortable qui soit ? Oui bien sûr cette phrase on l'entend partout… Mais critiquer le "milieu du cinéma" n'est-ce pas faire exister quelque chose qui n'existe plus, le porter à bout de bras, conforter ce qu'il est sensé être (il existe puisque « on » peut le critiquer) ? (…) Que signifie "être du sérail", la phrase de de Virginie Despentes (je ne juge pas de son œuvre que j'apprécie, mais de sa trajectoire en respectabilité pour en être, du sérail… Et ce n'est pas en terme de bien ou mal)… Que signifie être là dans cette soirée des Césars, pitoyable dans son esprit même (copie low cost d'un raout de l'industrie américaine) où une classe sociale en perdition essaye d'exister, essaye "d'en être", de se constituer, et s'établir comme sérail… Avec ses névroses, ses cadavres dans le placard et tout le toutim…

La plus grande reconnaissance qu'ils attendent c'est ça justement : « le milieu du cinéma où l'omerta et l'impunité règnent en maître »... être une famille (tarée) comme une autre mais une famille.

J'entends dire à toutes gorges déployées que le cinéma est le fait des hommes, qu'il n'y a que 10 à 20% de réalisatrices, qu'il ne témoigne pas de diversité, etc, etc. Mais de quoi parlons-nous ? Par curiosité, dans le mouvement de cinéastes que nous avions créé en 2000, je suis allé voir ce qu'il en était en 2014 (ensuite nous n'avons plus fait de ce genre d'inventaire). C'est là : "http://www.polygone-etoile.com/__sacre/filmographies.htm.
Je peux vous assurer que la situation est la même aujourd'hui et qu'il n'est pas nécessaire de corriger de trajectoire : 
http://www.polygone-etoile.com/?browse=Index

Ce cinéma-là est vivant et assure le véritable renouvellement social et artistique de ce qui a été figé dans et par l'industrie dont vous parlez : celle du divertissement industriel. Dont je ne pense en rien qu'il soit possible de relever l'intérêt.

Le temps est loin désormais où Virginie Despentes avec "Baise-moi" portait les contradictions et hypocrisies sociales (ndla : et celles du cinéma) à leur point d’incandescence. Très mauvais film (selon moi, rien d'autre) mais juste visée politique et sociale… donc beau geste artistique !?? Quand maintenant elle estime "faire partie du sérail". On peut le regretter simplement. Sans rien rajouter.

Il est temps maintenant d'aller chercher le cinéma là où il est… (le "sérail" est en état de coma artificiel).

Sortir de l'omerta, c'est ça
. »

Et si je prends l’exemple du Polygone étoilé et de Film flamme où il y a autant "de mâles que de femelles, de purs sucres, purs beurres que d’œufs brouillés", c’est pour ne pas faire de discours dans le vide, ni « parler de nulle part »… Ici nous avons des traces de ce qui a été , de ce que nous faisons et de ce qui est… C’est des stats marseillaises, pas le Lancet !

Il faut préciser aussi que nous n’avons jamais établi de quotas, ni considéré la diversité comme une question à traiter. Il suffit que la porte soit ouverte et qu’il n’y ait pas de sélection qualitative ni quantitative du soutien que nous apportons aux auteurs, ni de comité d'experts…Ce qui n’est pas le moindre défi artistique… mais un profond changement. Au bout, pas de statuette dorée, ni de problèmes de fringues… entre autres finalités.

Mais le milieu du cinéma dont la boutique bringuebalante et fissurée retient encore la lumière des médias (et pour cause, c’est la même galerie marchande) n’y est plus, mais le cinéma, lui, est là, dans l’explosion des formes et des expériences, dans la totale liberté du geste, dans ce pays et ailleurs, en général hors capital(e) comme nous disons… Il serait temps de porter là le regard, il serait temps car sinon le laminage organisé par la mise en place du cinéma numérique à l’échelle mondiale aura raison de toute liberté de création. Ou pour le moins de la liberté de savoir ce qu’il en est de la liberté.

Il n’est même que rarement dans les festivals qui ont largement trahi leur raison d’être dans un identique et triste désir « d’être du sérail ». En tout cas avoir l’air.

JfN le 6/06/20

le billet auquel je fais référence : https://blogs.mediapart.fr/maud-assila/blog/020320/le-scandale-des-cesar-nous-montre-t-il-un-chemin

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.