Béni soit le COVID !… (1)

Migré sur le net, « le monde de la culture » est souvent gratuit désormais (cf. Médiapart : La culture comme bien commun)… Byzance ! Démocratie sur ses 2 pattes ! La République égalélitaire pour tous !

Mais on disait quoi à ceux qui, comme nous, ont ouvert une salle de cinéma gratuite (et subventionnée) dans un quartier populaire en 2001 à Marseille : d’abord qu’il fallait pas, que « la culture a un prix, il faut le faire savoir ». Les mêmes qui défilaient en proclamant que « la culture n’est pas une marchandise »... et aussi que ça concurrence les « vraies salles »...
Les vraies salles, c’est celles dont le vrai public a les cheveux gris mais qu’on subventionne pour recevoir le public contraint des écoles… J’écris contraint parce que si le cinéma est déjà gratuit, les écoles peuvent pas y aller ! On peut pas être gratuit 2 fois évidemment… Et encore moins subventionner l’école pour qu’elle aille dans un cinéma gratuit.
Comment enseigner le calcul sinon ?!

Puis comme ça marchait bien la gratuité, du public plein (avec des taux de remplissages de 70 à 100% pour des films en général inconnus), des films inédits en pagaille, des débats frénétiques, courus des cinéastes, un public mélangé, toutes cultures et tous âges… On réduisait des financements pourtant bas de fourchettes, en te donnant des idées géniales, pour t’aider que tu comprends pas : « Ouvrez un vrai bar pour le convivial et les recettes ». Oh que c’est cool nouveau et culturel maousse...
Car si les vrais bars c’est du culturéel, les bobobars c’est plutôt du culturisme... de la vraie gonflette quoi.
Faut dire que not’bar était gratuit aussi… ou presque, suivant que t’en as ou pas du grisbi.
Bref, quand ça veut pas...

Puis, bon gré mal gré, la gratuité acceptée (OK ça fait soviétique... mais le problème c’est que ça marche!), on t’explique qu’il faut quand même des rentrées d’argent pour être conforme aux règles qui font fureur chez les vrais gestionnaires…

Les vrais gestionnaires, par exemple, sont ceux qui essayent de glisser nos dettes à nous sous le tapis, histoire que ça tourne pas en vraie révolution, la crise. Les dettes de l’Afrique, c’est pas possible, c’est des vraies dettes. C’est de l’argent qui peut pas être gratuit. C’est pas sa vocation comme on dit maintenant.
Mais pour les nôtres on peut en discuter... de la gratuité…

C’est sûr qu’y faut pas trop rater d’école pour comprendre tout ça...

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