Béni soit le COVID ! (2) ou « Le monde de la culture » ça n’existe pas !

Voilà qu’Adjani se penche sur mon sort de sous-prolétaire du cinéma dans une supplique à Macron… J’en restai coi. « Chère, très chère Isabelle … »

manif du collectif de cinéastes Film flamme 1 mai 2006 à Marseille © JfN manif du collectif de cinéastes Film flamme 1 mai 2006 à Marseille © JfN

Et ben non ! Pas pensé ça !…
« Ils ne manquent pas d’air ces covidés ! »... ai-je ragé.
Et alors, les 1er et ministres ou sous-ministres, les sénateurs, députés, conseillers départementaux, maires, maires adjoints, conseillers et j’en oublie les régions et les leurs de conseillers ! et j’en oublie encore... des présidents et conseillers d’agglo… C’est quoi !? Des endives !?… Plantées et blanches qu’attendent qu’on les déterre ?… C’est eux tous, chacun à son étage, qu’ont fait ou défait les lois et les décrets, règlements et dérèglements, oukases divers et d’été... Cette gymnastique qui nous mène là où nous sommes, qu'une large majorité pratique intense en muscu quotidienne pis qu’au fitness… A compèt du tressage de règles, on en raflerait des médailles !

Je n’ai rien à demander à Macron. Rien… Pas mendiant au bord du chemin des princes pour deux nèfles. Celui-là de prince posé là, c’est le dernier serviteur en date d’une oligarchie qui mène le quadrille... pas moi, pas serviteur...
Mais la palanquée des zélés élus qu’on élit là… Ils confortent ou pas ? Ils sont où ? Ils sont quand ? Ni des responsables ni découpables ?

Ce beau monde des paillettes... à tu et à toi avec les monarques… se voit comme François Villon avec Louis XI qui lui sauva la peau. Bien la peine de les avoir séparés en deux parties inégales ! Je parle des liens d’un peuple et d’un monarque.

Ce monde à tu et toi, il veut sauver les intermittents... La belle affaire !...
Il dira pas non le bon monarque... c’est ce monde là qui assure les retransmissions de la messe du dimanche, des jeux du cirque et de ses discours justement, à Lui. Toutes les petites mains qui brodent le tissu de rêve de la start-up nation (quoi que de moins en moins... comme dans toutes les industries, l’externalisation la plus rentable est en marche, Trumpy, toujours taquin, en gazouille de plaisir, longtemps qu’il a pigé qu’un discours de président ça tient dans pas grand’chose et tout le cinoche dans une webcam). Le passage au « tout numérique » (en France en 2013) que le chef opérateur Ricardo Aronovitch dénonçait comme « un coup d’état fasciste », ils n’ont regardé que son reflet sur une peau maquillée.
Le triomphe du tout numérique au cinéma a cloué le cercueil de ce qui était notre « exception culturelle », le projet explicite c’était : « directement du producteur aux communautés de consommateurs ».
Le film doit devenir un produit de consommation (américain ou chinois) comme un autre. Nous y sommes…

A ce jeu-là, les jours de nos intermittents, pourtant zélés porteurs de valise du « réalisme libéral » et moins enclins à l’indépendance qu’à avaler des cachets, sont comptés. ...
Alors évidemment, que chère Isabelle va être entendue... avant les soldes.
 
Mais quel rapport avec la culture ?
 
Docucu militant (attention : phrase politique à la fin. Autorisation parentale recommandée)
Le statut d’intermittent qui offrait autrefois une liberté certaine aux techniciens et réalisateurs (voir un niveau de vie « supérieur ») et permettait accessoirement aux marges « de tenir les pages », a disparu au cours des années 80 (la deuxième partie, celle des winners et décideurs qui faisaient Tapie) pour devenir cette subvention déguisée à l’industrie des paillettes et aux chaînes privées (merci La Cinq !) qui disposent d’heures de travail payées par les ASSEDIC, de sous-traitants et de main d’œuvre prêts à tout et surtout à n’importe quoi… avec l’immense réussite de voir des générations de jeunes, petites mains bien pâlichonnes, rêver de ce statut d’O.S. qu’ils partagent avec les… ben tiens, Chère Isabelle au hasard... O.S. s’imaginant être « du monde de la culture ». Parce que c’est écrit partout.
Mais la culture, ce n’est pas l’aliénation, c’est sa subversion. Et le monde de la culture, ça n’existe pas.

Réalisme fantastique
Faut dire que c’est l’épate !… « Être la culture » comme l’autre « est la République », ça vous pose son homme et sa femme. Ça permet de condescendre, de donner son opinion (entre autres générosités... encore que souvent payés pour ça), ça permet d’hériter, d’Aristote, de Johnny, de Hugo, de Victor Jara ou de Camille Claudel et tout ça et tout ça... et Zola et Picasso et tout ça et tout ça… Je vais pas faire la liste mais y sont vraiment beaucoup… Et tout ça, ça fait, d’excellents Français… et, crème de la crème :

« Notre existence sécrète un antidote puissant à tout ce qui peut-être liberticide ».
Chère Isabelle… « Notre existence » !?
Fallait l’oser celle là…

Réalisme socialiste (pas ce socialiste-là, un autre, couteau entre les dents, etc...)
Il est où l’antidote quand Aranovitch, hurle au « coup d’état fasciste » ? Où, quand les condés-LBD flinguent l’œil de Joachim Gatti cinéaste-manifestant ?... Où, quand le CNC impose (par son grossier système 1€ pour 2€) le détournement des fonds consacrés à la création des régions, vers les besoins en liquidités de l’industrie des paillettes... pour payer leurs justes cachets aux stars du show (Cf dans Capital le bien nommé )…
Où ?… Ben par exemple dans ces commissions d’aides, où les dogmes d’écritures du milieu (qui valent bien la messe en latin) servent de modèle national de pensée, aux mains des diffuseurs… (https://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2007/05/24/vincent-maraval-le-cinema-debride_914403_766360.html. Remarquons au passage qu’un producteur qui critique le système devient LE polémiste du cinéma pour le distingué journal du soir. Pas validé par le nouveau Ministère de l’info pour rien, ce monde-là)
… Où encore, quand le menu peuple fluo tourne en ronds points ?
Où ?... Ben l’antidote, il tourne aussi sur ses plateaux à lui, payé pour ça... Avant d’écumer les plateaux TV pour le service après-vente…
Où ? quand les aides directes aux auteurs, si importantes pour les plus précaires d’entre nous, disparaissent les unes après les autres ?
Où les antidotes ?...

Je vais pas faire la liste, elles sont vraiment beaucoup les questions qui devraient laisser des doutes dans vos parties hautes.

Car la vraie puissance, d’Aristote à Melville (Herman), c’est aussi la capacité de-préférer-ne-pas...
 
C’est un peuple de grande culture qui soigne les malades de la pandémie (et bien avant!) et créée les richesses du pays, que des esprits supérieurs ont mis à l’arrêt par arrogance et aveuglement... et ce peuple de grande culture, c’est encore lui qu’on veut mobiliser (la guerre annoncée aura bien lieu, mais l'adversaire annoncé, lui, peut en cacher un autre) pour redresser les dividendes d’Air France ou de Peugeot et autre Bouygues… Et c’est encore à lui qu’on demandera de payer les (im)pots cassés.
C’est ce peuple-là dont on peut encore espérer, pour être cet antidote. Il ne tiendra qu’à vous d’en faire partie…

Précieuses existences, très chères antidotes, encore un effort pour être révolutionnaires…

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