Vingt ans après... Fable cinématographique

Où l’on découvre comment le Centre National du Cinéma (CNC) au nom d’une « politique territoriale » expérimentée entre les stations de métro Jasmin et Porte de la Chapelle, a « détourné » l’argent public des régions...

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Où l’on découvre comment le Centre National du Cinéma (CNC) au nom d’une « politique territoriale » expérimentée entre les stations de métro Jasmin et Porte de la Chapelle, a détourné l’argent public des régions au profit de l’industrie la plus lourde. Et contribué à la momification d’un cinéma français… qu’il faudrait paraît-il recadrer pour qu’il respecte la diversité sociale, la nature et les femmes ! Rien moins

Bah oui... il fallait aussi des complicités dans les régions pour ce hold-up, si c’est la question que vous vouliez poser.

 

Reprenons...

Il y a vingt ans, la gauche… euh… (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gauche_(politique))… La gauche donc, avait estouffé la majorité du Conseil Régional PACA à M. Gaudin. M. Vauzelle devenant président, M. Gaudin continuerait lui, à nous servir du perdreau à la mairie de Marseille avec un succès de cuisinier désormais reconnu.

Très vite, pour le cinéma, un élan nouveau était impulsé par des élu(e)s, préparé par des agent(e)s territoriaux avisés (et fatigués de voir des cadors de l’industrie cinématographique parisienne leur faire les fonds de poche au nom de « l’image de la région »)… et l’Association des Réalisateurs et Auteurs du Sud-Est (AARSE), une structure de cinéastes nouvellement regroupés pour être « force de propositions »…

Et ça a dépoté !

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Il faut rappeler l’existence dans cette ville et cette région d’une solide tradition cinématographique qui a accompagné le cinéma des origines, celui-là précisément « né » dans la banlieue résidentielle mais ouvrière de La Ciotat (ouvrière grâce au CNC… Chantier Naval de La Ciotat. On ne choisit pas son destin !)
Une tradition marquée par Marcel Pagnol, bien sûr l’auteur, mais aussi le propriétaire de studios, producteur, distributeur, exploitant en zone sud pendant la guerre…
Réactivée dans les années 80, c’est moins connu, pour avoir vu éclore l’expérience de Centre Méditerranéen de Création Cinématographique porté par René Allio (Les Camisards, Retour à Marseille, Matelot 512, Transit…) où s’étaient formés pas mal de jeunes cinéastes… Ceux-là qui, justement, en 2000 assureraient le dépotage en question… c’est encore l’expérience de l’Alhambra, salle de cinéma atypique des quartiers Nord où Jean-Pierre Daniel (qui avait prolongé Jo Manenti et Fernand Deligny dans Le moindre geste) continuait d’accueillir moult auteurs et expérimentait ce qui allait devenir les Pôles d’éducation à l’image.

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Garantir la liberté de création était considéré comme une mission

C’est aussi à cette première période Vauzelle, que l’on doit le soutien institutionnel au Polygone étoilé, structure portée par un collectif de cinéastes, indépendante s’il en est, et créée peu de temps auparavant (soutenu en loucedé par les agent(e)s territoriaux avisés, déjà mentionnés plus haut) aujourd’hui considéré comme une expérience européenne remarquable et remarquée… Car toujours aussi indépendante et frénétique…

Le dépotage en question, c’est enfin la mise en place d’un système d’aides à la création, ancré sur la réalité du terrain, celle des cinéastes, et dégagé de la pression économique des diffuseurs télévisuels et leur conformisme. Car il s’agissait là d’argent public et donc, en accord avec des exigences républicaines qu’on nous vend désormais à toutes les sauces parfois fort rances, garantir la liberté de création était considéré comme une mission et une responsabilité qui ne se sous-traite pas aux chaînes de TV quoi qu’on en dise… Et surtout quoi qu’aient fait Jack Lang et le CNC à ce sujet.

Avertissement aux âmes sensibles : je ne taperai pas sur la droite dans ce billet (Droite… Wikipedia pas utile). Elle ne trahit pas en général : elle applique sa politique. C’est même assez satisfaisant pour l’esprit : quand je suis en désaccord, je me dis : « Normal, c’est la droite ! Et c’est pour ça que je la combats » et si je suis en accord : « Ah bien, ils ont été obligés de mettre de la limonade dans leur vin (blanc) ». Avec la droite on est toujours content. Surtout si comme moi, on aime le blanc limé.

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Parmi toutes les trouvailles du système en place alors, outre que les cinéastes étaient majoritaires dans les commissions de sélection (ce qui est la moindre des choses quand le critère premier est de garantir la liberté de création), une bourse avait été créée dite « bourse de recherche ».

Une bourse attribuée, non pas sur projet, mais sur la démarche de l’auteur, reconnu pour avoir un itinéraire de longue haleine hors des sentiers battus ou souhaitant faire évoluer son travail en toute liberté. Une bourse attribuée sans critères économiques si ce n’est permettre à un auteur de vivre de son travail sans avoir à se plier à la course frénétique aux cachets ou autres petits boulots pendant une certaine période… Une bourse attribuée par ses pairs et uniquement par eux.

Un scandale quoi !… Un crime de lèse-commerce en plein 21e siècle tout juste naissant ! Une résurgence proprement bolchevique…

Je ne mentionne que cette bourse-là, où réside tout le sel de cette histoire… Je précise si vous souhaitez spoiler la suite de cette fable parce que je fais trop de détours économico-politiques ou autres.

Las, lors donc d’un malheureux deuxième mandat Vauzelle, les agent(e)s avisé(e)s ont été poussé(e)s sur les bas-côtés, au profit d’agent(e)s doubles voir triples, mais aux dents longues, et des « élu(e)s à la culture » ont défilé pour se faire voir, qui se croyaient à la Fashion Week… C’est fou ce qu’il y a de volontaires quand l’argent abonde.

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La fable peut commencer


…Et justement, le CNC avait proposé de rallonger avec ses dollars à lui, l’enveloppe coquette des aides régionales à la création… C’est beau non ?

Mais l’argent du CNC n’est pas de l’argent public contrairement à ce qu’on lit partout, blogs Médiapart compris : c’est l’argent de la profession, l’argent du milieu, provenant des billets d’entrée et autres taxes sur les matériels audio-visuels, redistribué « pour compenser les déséquilibres du marché »… Si, si, sans rire, c’est ça la mission depuis sa renaissance post-Pétain, même si ça n’excite pas le récent macroniste promu directeur.
Appelez le CNC si vous ne me croyez pas.

Mais surtout : c’est pas l’argent des impôts comme dans les régions. Aucune raison donc que les critères d’attribution des aides régionales soient copie conforme car les missions régionales ne sont pas celles d’un redistributeur d’argent privé quand bien même celui-là est « supervisé » par le ministère du pétrole français.
Mais voilou, le CNC a proposé de rallonger une autre coquette selon le principe :« Je mets 1€ si vous en mettez 2 ».

…Y’avait une condition évidemment : satisfaire aux critères d’attribution du CNC.

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Au casino, ça s’appelle doubler sa mise

Ces gens-là n’ont que faire d’une politique régionale et ses missions, il s’agissait de réinjecter du grisbi dans la machine à cash… La bénédiction il fallait l’entendre à l’envers : « Si je mets 1€, vous m’en donnez 2 ». Au casino, ça s’appelle doubler sa mise… le cinéma français est en sous-capitalisation depuis sa naissance. Et Canal + avait déjà retiré ses billes… fallait du liquide pour compenser et continuer à fourguer des cachets aux « stars », maintenir le standing…

Les critères du CNC se sont invités partout, les commissions ont été composées avec ses grilles parisiennes et économiques et la domination « artistique » des chaînes TV s’est invitée dans les régions aux frais de la princesse… Ses habitants en l’occurrence… Et au fil de peu d’années, l’essentiel de la dotation de PACA est repartie nourrir le monstre parisien et ses producteurs en manque de carburant.

La bourse de recherche était évidemment une verrue désormais, dont la pertinence n’a surtout pas été évaluée (si vous voulez, un jour on parlera de comment se font les évaluations d’une telle politique dans la région, qui réduit la cérémonie des Césars à jeu de hasard)… Cette bourse a été transformée en une super aide à l’écriture, qui en est la négation, avant de disparaître corps et bien.

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Encore en retard sur le ballon

Pourtant…

Tambours.
Cette invention régionale créée par les « cinéastes de proximité » comme on nous appelle au CNC où on ne mélange pas nos torchons avec leurs serviettes, que l’équipe de M. Vauzelle socialo-verte était devenue incapable de porter et que les agent(e)s doubles ont liquidé, cette innovation d’il y a vingt ans en région, née d’un travail approfondi avec ceux qui créent les richesses…
Cymbales.
Cette Bourse de recherche, le CNC vient de la mettre en place à l’identique à son guichet parisien ! Pardon on dit national. Oh bien sur, avec des garde-fous habituels, pas de panique les vaches seront bien gardées !… Et avec juste vingt ans de retard, après que ses agent(e) doubles l’ont liquidée en région. Région où on a appliqué docilement la politique territoriale du CNC (un tout petit peu moins docilement après la droite revenue aux affaires, le successeur proposé par Vauzelle, un certain Castaner, n’ayant pas convaincu les électeurs) en oubliant toutefois d’inventer et de valoriser ce que nous sommes, au-delà de « l’image de la région » dans un improbable maelström touristico-économique.

Vingt ans… Comme dit le président Muselier en parlant du ministère de la Santé : « Encore en retard sur le ballon ! ».

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Faut une morale dans cette histoire ? La voilà…

Pour la première fois de son histoire sans doute, le cinéma français va être financé sur fonds publics (comme en région donc, qui deviennent d’autant plus importantes encore, du fait que leur apport n’est pas lié aux recettes des salles)
Ben oui, c’est pas avec la fréquentation des salles en 2020 qu’on va financer la production !

Soit l’Etat laisse béton le cinoche, soit il devra allonger autant qu’Air France. Et ça va pas s’arranger : les blockbusters sortiront en ligne et ça va faire chuter les recettes des cacahuètes qui font vivre les salles !

Alors on fait quoi ?

Les plateformes qui se sont gavées ? Bien sûr, elles, Jeff Bezos, Disney + ou Netflix doivent craindre les colères de Castex ou Bachelot… Mais bon… On ne va pas leur jouer le rembarquement de Normandie avec les bateaux du Vendée Globe, non plus.

Alors on fait quoi ?

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Ça devrait donner à penser, on ne peut pas gémir d’un système de cinéma hors sol, de sa consanguinité, qui a esquivé de longues années toute remise en cause en agitant ses vieux modèles de vague nouvelle vague pour s’éviter le déluge, sa fabrication de films à cacahuètes, pour ne pas se saisir du moment : celui de renverser la table…

Les rattrapages de cadre ne suffiront pas.

 

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