J'ai repris possession, si j'ose dire, de mes paroisses naturelles, qui sont quelques réservespériphériques; car mes horizons s'étant considérablement rétrécis, ce sont des endroits où je peux me rendre facilement…à proximité d'une métropole régionale, avec tout son mitage résidentiel. Cette urbanisation produit une pression humaine et cynégétique importante, autrement dit je partage la possession de« mes paroisses » avec beaucoup d'autres hommes; par contre j'aurais aimé la partager avec quelques bêtes, hélas, tout ce qui bouge a été tué : Mis à par quelques mésanges et merles, qui fuient éperdument dans les branches, les cygnes qui prospèrent, quelques pics qui tambourinent et un couple de Colverts qui tournent inlassablement haut dans le ciel parce qu'ils ne savent pas encore que la chasse est fermée… Impossible de retrouver les traces de blaireaux de l'année dernière, les renards ont été éradiqués depuis longtemps, toute la terre apparaît piétinée par un régiment de bottes et de pattes de chiens. Les chantiers des castors qui s'étendaient sur près d'un kilomètre ce sont réduits à une petite presqu'île de quelques mètres carrés, espérons qu'ils n'auront été que dispersés…
C'est une véritable désolation, sur des centaines d' hectares de chacune de ces pseudo-réserves, dont la création et l'existence avaient été conditionnées par le maintien des chasses communales : Bien qu'encadrées par des restrictions mécaniques et motorisées, les chasseurs s'y sont confortablement installés, avec leurs chemins carrossables, leurs champs de tirs bien dégagés, leurs coupes de bois, leurs agrainoires et même la réserve de chasse centrale a été effacée par arrachage des panneaux; c'est donc là qu'on trouve le plus de douilles aujourd'hui.
Il faudra donc attendre que la migration remplisse nos buissons, pour que notre nature ressemble à quelque chose… si la même migration parvient à franchir les chasses illégales de printemps, que toute administration démagogique tolère.
Le résultat est que les banlieues non chassées, bien que fortement urbanisées sont beaucoup plus riches que la campagne française et la tentation d'y venir fusiller un petit peu.
Alors ne conviendrait-il pas de s'interroger enfin sur ce droit de chasse, à peu près autant que sur le non-droit des chasses de printemps ? Alors qu'on nous bassine partout avec la nature, l'environnement, le Développement durable, les naissances dans les zoos très respectueux de la mangouste rose d'Australie ou du Singe bleu du Chili… qu'on aille donc voir ce qui reste de notre propre faune dans les réserves naturelles régionales, après une saison de chasse ?
Bon, vous me direz qu'il faut aller un peu plus loin, où la pression démographique beaucoup plus faible oblige les chasses à tourner sur un vaste secteur, plutôt que de piétiner entre autoroute et ronds-points, entre T.G.V. et champs infinis de maïs… Ce qui n'explique quand même pas ce droit exorbitant de chasse et de poursuite, ce droit de mort, qui n'accepte aucune limite biologique et même légale : La rare Garderie, jadis sous l'autorité du ministère de l'environnement, est désormais, grâce à Chirac, à la disposition des A.C.C.A.; autant dire que les gardes sont obligés de demander l'autorisation aux chasseurs e tqu'ils ne s'y risquent pas seuls !
Et je crois savoir qu'il se négocie en coulisse des suppressions d'espèces protégées, qui, de fait,continuent d'être chassées, en toute impunité, et surtout en toute ignorance, car la plupart des fusillots ne connaissent même pas la faune qu'ils tuent : ils confondent aisément Choucas et Merle, Ourset Sanglier, Buse et Circaète, Bécasse et Chouette hulotte, etc…mais en plus ils s'en foutent !
Je me demande si ce droit exorbitant de chasse ne participe pas du contrat libéral ?
Ne pas contester à la bourgeoisie ses pouvoirs politiques et économiques (surtout financiers), à la technocratie son pouvoir sur la nature et la nature des choses, et toutes les deux nous abandonneraient la consommation de masse et l'anarchie cynégétique?
Autrement dit la nature est la focalisation de toutes les croissances : démographiques, économiques, technocratique et cynégétique.