Phénomènes migratoires actuels: causes et conséquences

Phénomènes migratoires actuels: causes et conséquences

 

Les flux réguliers de migrants à travers le monde nous poussent souvent dans nos retranchements, et provoquent de manière systématique de profondes divisions au sein de l'opinion. Ce phénomène représente un enjeu humanitaire majeur pour les prochaines décennies.

Bien entendu, pour appréhender une telle question, il faut tenir compte des éléments qui expliquent la situation depuis la racine, c'est la partie historique mais également voir comment ces événements se manifestent actuellement dans nos sociétés et les problèmes d'éthique, de morale, de société d'économie qui peuvent en résulter, sans oublier les solutions envisageables, car à tout problème existe une solution.

Cette année 2014/2015 a été marquée par des drames humains que chacun sait, avec ses échos au niveau européen, d'ampleur inégalée de mémoire d'homme...

Mais quelles sont les raisons qui expliquent ces flux, et les drames que cela implique?

Il paraît évident que les ingérences occidentales et notamment françaises sur le continent africain, et en particulier l'intervention militaire en Libye de 2011, sont une des causes qui expliquent les migrations, et que si l'on place la Libye dans son contexte, celui du continent africain, d'autres formes d'ingérences sont prédominantes, pas seulement militaires, mais aussi géostratégiques, économiques et financières.

Enfin le problème de calais sera inévitablement évoqué, mais pas sans solutions ni sans entrevoir l'avenir et la responsabilité des principaux concernés de reconnaître le passé sans aucune occultation historique et de répondre à leur devoir, celui d'assumer leurs erreurs et surtout de les réparer.

Au nom d'une perception occidentale de la démocratie, les pays ayant approuvés l'intervention militaire en Libye lors du vote à l'ONU (France, Royaume-uni, Etats-Unis et quelques pays arabes) le 17 Mars 2011, ont décidé par ce vote, de mener une guerre contre le régime de Mouammar Kadhafi. Les raisons utilisées par la coalition pour justifier ce conflit reposent sur la volonté des pays concernés d'empêcher Kadhafi et son armée de réprimer de manière massive une rébellion dans l'est du pays( région de la cyrénaïque). C'est donc une guerre "humanitaire" que les forces militaires membres de l'OTAN et formant cette coalition ont décidés de déclarer au régime libyen. On peut noter dans ce terme un paradoxe , c'est à dire vouloir stopper une dictature dans le but de préserver une population et les rebelles au régime en question est louable certes, mais la manière dont les événements se sont déroulés ne ressemble pas à des aspirations pacifistes et justes, cela ressemble plutôt à du nettoyage..

Au final renverser le régime oppresseur, n'a en aucun cas amélioré la situation, il l'a dégradé.

Cette intervention militaire de 2011 fût lourde de conséquences..

 

 

D'une part, pour l'intégrité et la stabilité du territoire libyen, car pendant le conflit, Kadhafi a été tué, mais cela a laissé le pays dans une situation chaotique avec deux forces émergentes sur le territoire. A l'ouest et à l'est deux camps revendiquant le pouvoir en y ajoutant l'ombre du terrorisme et des groupes islamistes qui gagnent du terrain.

Le territoire libyen fragmenté laisse apparaître donc deux forces gouvernementales, la première à Tripoli (ouest) , soutenue par l'Aube libyenne, regroupement de milices islamistes, la deuxième à Tobrouk (est) reconnue par l'opinion internationale et issue des élections de Juin 2014. Deux pouvoirs qui se font face, sans oublier les milices salafistes, tribales occupant l'ensemble du territoire et la menace de l'Etat islamique qui prend de plus en plus de vigueur dans certaines villes comme Syrte ou Benghazi. Les conséquences de cette instabilité politique sont multiples , la production de pétrole qui représente la majorité des recettes du pays a chuté, la situation financière du pays est devenue désastreuse et donc accompagnée d'une augmentation plus que notable de la pauvreté dans la population, à cela s'ajoute inévitablement une explosion du nombre de réfugiés et de déplacés (400 000 depuis 2014 et 2500 victimes des exactions).

De plus, le stock d'armes de Kadhafi est tombé aux mains d'AQMI et des insurgés dont les fameux missiles sol-air après le pillage des casernes du régime du dictateur déchu. La région déjà instable est devenue une poudrière et les organisations terroristes sont désormais très dangereuses car elles disposent  de moyens militaires .

 

Les forces occidentales qui ont attaqué le régime libyen se réclamaient d'une volonté de stabiliser le territoire , or , c'est tout l'inverse qui s'est produit. D'un feu de paille, un incendie a été déclenché et que nous le voulions ou non, le choas libyen, a fait de ce pays jadis prospère et membre de l'OPEP, un lieu de transit pour des milliers de migrants.

 

 La Libye est un état qui appartient au continent Africain et celui ci a été fortement touché dans son intégralité par l'impérialisme.La colonisation qui a fragilisé de manière significative les pays d'Afrique, tant en terme d'économie - l'IDH nous démontre bien que les populations africaines ont un énorme retard avec les autres pays du globe au niveau de leurs conditions de vie (espérance de vie , accès à l'éducation etc ) - mais aussi en terme de géopolitique et de stabilité des territoires, surtout des frontières administratives entre les pays, organisées après les indépendances qui ont provoqué pour certains pays des génocides comme celui du Darfour ( frontière entre le Tchad et le Soudan qui a mis des ethnies avec un passif lourd au devant de ce drame).

 

Au fond, le néocolonialisme économique et le monopole des ressources énergétiques (gaz, hydrocarbures) ou des minerais ( or, diamants) par les grandes puissances et les multinationales ne sont que la répétition des politiques coloniales invasives qui ont vidé pendant un siècle et demi les populations africaines de toute possibilité d'émancipation et donc l'espoir d'une Afrique prospère.

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De cela découle les vagues successives de migrants vers l'Europe et notamment la France et la Grande-Bretagne. Ces migrants en quête d'espoir cherchent refuge chez l'ancienne force impérialiste, qui régissait et régit encore les conditions de vie dans leur pays d'origine. Pour le cas de la France, il s'agit des émigrés d'origine maghrébine ou de certains pays d'Afrique noire ( anciennement AOF et AEF). Ces colonies qu'étaient le maghreb et l'Afrique occidentale et équatoriale française ont obtenus leur indépendance dans les années 60. Pourtant il existe encore des flux incessants de migrants provenant de ces pays, c'est donc qu'il y'a toujours une relation de dépendance entre ces pays et l'Europe. Les raisons de ce lien se cristallisent dans les conditions de vie et la pauvreté extrême qui prédomine dans une Afrique fragile et morcelée qui sont des phénomènes (comme le cas de la Libye de 2011), insufflés par les pays de l'OTAN, et cela explique donc pourquoi autant de migrants meurent en masse aux portes de l'Europe, continent qui opère encore de manière impérialiste sur le continent africain..

 

A Calais, le problème réside dans la manière dont la France et la Grande-Bretagne se rejettent la responsabilité mutuelle de l'échec des politiques d'accueil des migrants, des manques en terme de moyens et de solutions pour endiguer cette crise humanitaire des migrants à Calais. Lors d'un débat sur une radio française , le Mardi 11 Août 2015, Denis Mc Shane ayant participé au vote à l'ONU en faveur de l'intervention militaire britannique en Irak (en 2003), au côté des forces américaines, a reconnu sur les ondes son erreur et les lourdes conséquences de ce vote. Il en appelle aujourd'hui, aux états et aux hommes politiques concernés par l'intervention en Libye ( b. Obama, n.Sarkozy, d.Cameron) à faire de même..

Plus largement, les flux incessants de migrants qui traversent de part en part l'Europe se terminent souvent par des drames humains comme le cas d'une cinquantaine de syriens morts étouffés dans un camion en Autriche.. Une catastrophe humanitaire à laquelle les autorités européennes ne savent répondre, pire, elles se rejettent la responsabilité de ces tragédies. Au niveau international, Le cas des musulmans de Birmanie illustre parfaitement cette incapacité du gouvernement d'Aung san suu kyi, à trouver des solutions pour arrêter ce carnage.. cette communauté musulmane de Birmanie se trouvant minoritaire, elle est persécutée par les Bamars, qui représente 75% des birmans , et de confession bouddhiste qui s'autoproclame la seule communauté légitime .. le résultat de ce rejet de la communauté musulmane de Birmanie , se traduit par des migrations, et notamment cette tragédie dans l'océan indien, où ces derniers ont tenté de rejoindre la Malaisie , mais sans que le gouvernement malaisien ne daigne les accuellir , les laissant livrés à eux même dans l'océan, sans possibilité de trouver une terre d'asile.

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 Reconnaître ses erreurs , voir son passé en face, c'est déjà un pas vers la résolution des problèmes migratoires qui aujourd'hui s'imposent à nos sociétés occidentales comme des enjeux humanitaires majeurs, par le biais de politiques d'aide et de reconstruction de ces pays que nos dirigeants successifs ont blessés dans leur intégrité nationale.Un renouveau africain passera par la promotion d'initiatives solidaires et équitables dans les pays que nous avons fragilisés mais aussi en faisant évoluer les mentalités.. pour bâtir un monde plus juste, il faut que tous les acteurs soient mobilisés dans la reconstruction de ce qui a été détruit. Car c'est en travaillant ensemble, que paix et stabilité seront possible en ce monde.

Ecrit par Julien Kerbogui

 

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