Nos meilleurs feux pour deux mille fins

J'ai un feu sur la langue...

BONNE ANNEE ZOZO


On en a tous rêvé, d'avoir 20 sur 20 ! et presque tous d'avoir 20 ans, quoique ce soit souvent décevant. Ce siècle a 20 ans qu'il est déjà perclus d'emmerdements, de dysfonctionnements, de projets foireux mal bouclés, d'escroqueries bâclées, de catastrophes en tous genres… Comme presque chaque année depuis que je suis né.


Avec cette légère impression d'accélération angoissante

Depuis 1990 environ, la réforme est devenue synonyme de régression sociale. L'insatisfaction permanente ouvre une porte béante aux Diafoirus foireux. Et à l'escroquerie.

Ya le feu !

C'est sans doute un effet des réseaux sociaux, cette surabondance de mots, d'humeurs, de métaphores, de calembours, d'effets de manche, ce retour de la rhétorique, ces appels au meurtre, ces condamnations, ces scandalisations, cette poétique aussi, cette didactique. Ajoutons-y une légère hystérisation du discours, de l'épique à la transe haineuse, ces images qui nous alpaguent et nous punaisent sur nos écrans. Sont-ce les réseaux sociaux ou la réalité qui pète les plombs ? Je lis des vœux, inflation littéraire, souvent de qualité, les vannes sont ouvertes, qu'est-il besoin d'éditeurs pour écrire un bouquin, tu lâches tes mots dans l'infini tonneau des réseaux sociaux… Pendant ce temps là, et ce n'est pas une image, ya le feu à la planète.

J'ai l'impression d'avoir épuisé toute ma haine sous Sarko. 5 ans de colère incessante. Je la fais ressortir péniblement depuis, au gré des circonstances, comme un vieux catarrhe, mais je sens bien que j'en ai marre de pester, ça me fatigue. 50 ans qu'on me chante que la lutte est finale sans qu'elle se termine jamais. Ça ne veut pas cesser. Mon oignon d'optimisme s'épluche couche après couche de toutes ses illusions et cet ordre républicain qui devient de moins en moins républicain et de plus en plus violent m'inquiète au plus haut point

« Comme la vérole sur la bas-clergé » disait mon grand père. En l'occurrence ce sont les anglicismes qui nous contaminent. La langue fuit. Personne n'écope. L'anglais est une jolie langue tout à fait respectable mais l'inflation de son utilisation dans le français courant cache un projet politico-économique pervers et, qui plus est, totalement à la ramasse. La mercatique mondiale, cauchemar. Orwell avait raison. On perd nos mots, on perd le monde. La diversité c'est aussi dans le vocabulaire. La servitude volontaire est en marche, les yeux bandés. Les lemmings, avec nous !

Et au milieu de cette glauquitude déprimante, de merveilleux bouquins et poèmes, des photos esbroufantes, des films inspirés, des spectacles de rue ou de salle enthousiasmants, des chansons puissantes, il y a le feu au navire mais le Grand Orchestre de la Culture tiendra sa partie jusqu'au dernier dromadaire…

Je crois avoir trouvé le jeu de mots le plus pourri du moment :
« Meilleurs Feux pour la nouvelle année ! »

A adresser si possible à un·e ami·e australien·ne.

Mais pas sûr qu'ils comprennent.

Ils parlent anglais…

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