Puisque le mot colère...

des gilets de toutes les couleurs

Oui, je sais, il y a ces temps-ci d’autres sujets qui fâchent. Mais moi aussi j’ai les miennes.

Je déteste le Black Friday et tout ce qu’il implique, cette utilisation systématique du globish pour nous empapaouter, cette réduction du monde que nous vivons autour de quelques mots gloutons dont nous ne savons même plus comment les dire en français ; chaque mot est une porte et nous en perdons des milliers au profit d’une mondialisation linguistique qui nous appauvrit l’esprit. Je déteste cette acceptation tacite que nous avons des perpétuelles injonctions de la publicité à acheter comme des cons, à mesurer notre bonheur à l’aune du « pouvoir d’achat », ce mantra délétère et sordide, ces appels à la consommation continuels et minant dont nous croyons bêtement qu’ils sont porteurs de gratuité alors qu’ils induisent gravement la dérive de la planète et de nos vies.  Je ferais des manifs pour le pouvoir d’agir, le pouvoir de rire, de décider ensemble, d’inventer, de ne pas acheter. Je déteste le fait que l'association des Médias francophones publics ne comporte qu’une francophonie désespérément blanche alors que Gauz, Scholastique Mukasonga, Ahmadou Kourouma, Kamel Daoud, Yanick Lahens et bien d’autres… Je déteste le fait que l’éducation Nationale soit à ce point à la ramasse et qu’elle continue à inciter nos mômes à la concurrence quand c’est le collaboratif qu’elle devrait intensément  prôner. Je hais le fait qu’il ne soit pas monté en urgence dans les quartiers défavorisés des écoles d’excellence. Je hais la ségrégation des vieux des jeunes des sportifs des malades des enfants des riches et des pauvres que nous acceptons –surtout chez nous- voire multiplions en construisant des boîtes imperméables aux solidarités. Je déteste le fait que derrière toutes les luttes des petits, il y a des tireurs de ficelles qui s’engraissent. Je déteste le fait que nous nous épuisions à vouloir, à peine élus, changer les guignols qui nous gouvernent alors que c’est le monde qu’il faut changer, les leviers qu’il faut fabriquer. Je hais notre infantilisation collective qui nous fait toujours chercher des coupables à nos malheurs, alors que nous y contribuons souvent largement. Bien sûr qu’il y a des coupables ! mais souvent nous en sommes. Je vénère et défend l’intelligence collective quand la connerie commune est si forte !

C’est vrai. Il y a de quoi hurler.

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