Entretien avec Elise BOGHOSSIAN (ELISE CARE), par Pierre Alain GOURION

Les articles du journal "Libération" du 10 mai 2019 sur des « anomalies de gestion » d’ELISECARE, et des accusations de viol par d’ex collaboratrices à l’encontre d’un chef de mission (voir plus bas) nous ont amené à vouloir réécoutez la voix apaisante d’Elise Boghossian sur le contenu de son action, et le rôle de son ONG. A écouter sur : https://www.mixcloud.com/BubbleArt/u-man-5-elisecare/

 

 

Pierre Alain Gourion  Elise Boghossian bonjour, merci de nous recevoir dans votre cabinet de médecine chinoise. Vous êtes acupunctrice ?

Elise Boghossian Tout à fait !

PAG J’ai cru lire, en parcourant votre biographie, que vous aviez fait un doctorat d’acupuncture.

EB Oui, en chine. J’ai fait une partie de mes études en France et l’autre en Chine, et j’ai poursuivi et terminé avec un doctorat à l’Université de Nankin en Chine, où j’ai soutenu ma thèse[1].

PAG En anglais, en chinois ?

EB C’est un centre reconnu par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), puisque c’est un centre de formation internationale. Donc une partie était en anglais et l’autre en chinois. Les cours à l’université sont des cours de chinois médical. Lorsqu’on étudie les traités classiques, c’est en chinois, mais toute la partie clinique se fait en chinois médical.

PAG Vous avez donc dû apprendre le chinois ?

EB C’est un passage indispensable, oui. Souvent les étudiants passent les 2 premières années –c’est un grand centre de formation, il y a environ 40 00 étudiants chaque année – il y a un passage obligatoire par l’université de langue.

PAG Dites à nos auditeurs un bonjour en chinois !

EB nǐ hǎo !

PAG Je suis là, Elise Boghossian, au titre du fait que vous ètes fondatrice d’une ONG qui s’appelle Elise CARE. A brûle pourpoint, cela ne vous gêne-t-il pas d’avoir associé votre prénom personnel à une organisation humanitaire dédiée à l’universalité ?

EB Au départ ce n’était pas Elise Care le nom, c’était Senong et Avicenne[2]. Les deux sont des médecins. L’un est chinois, l’autre représente la médecine contemporaine arabe. J’aimais cette association, comme deux amis qui représentent deux grandes médecines et qui se tiennent par la main pour symboliser une rencontre, une complémentarité : aujourd’hui, on voit en clinique toute une panoplie de pathologies que découvrent la médecine occidentale. J’aimais cette idée de pouvoir allier la tradition à la modernité et d’utiliser ces médecines ancestrales pour les mettre au service de la santé et en complémentarité avec toute l’artillerie qu’on a avec la médecine occidentale moderne.

PAG Artillerie ?

EB C’est quand même fantastique tout ce qu’on a pu faire. Avec l’évolution de la médecine on arrive à déceler des pathologies de plus en plus petites, sur des cellules. On étudie le génome humain, on peut dépister des maladies rares, traiter et opérer des pathologies qui étaient inguérissables dans le passé. On a réussi à allonger l’espérance de vie... En même temps, toute la période industrielle a vu et permis l’éclosion d’autre types de pathologies, des pathologies liée au stress, au surmenage, à l’hyperactivité, et aujourd’hui un des défis de notre siècle je pense sera de vivre vieux et en bonne santé. La médecine chinoise permet cela : elle vous apprend à vous écouter, à traiter la personne dans sa globalité, contrairement à la médecine occidentale qui a découpé et compartimenté chaque partie du corps humain et ses spécialités médicales. On n’a pas forcément cette capacité d’unification, une vision globale que la médecine chinoise sait faire. C’est une médecine de terrain, où on va stimuler les capacités d’auto-guérison, faire de la prévention, aider le patient à vivre avec un traitement lourd, avec une pathologie chronique. Je pense que ce sera la clé pour que demain nous vivions mieux.

PAG Donc l’avenir s’éclaire ?

EB De toute façon il va falloir qu’on revoie nos modes de vie, nos modes d’hygiène, et ça passera peut-être par un retour à des méthodes plus traditionnelles, plus naturelles.

PAG Mais alors, le changement de nom de Senong et Avicenne ?

EB Senong c’est le médecin traditionnel chinois, celui qui goute lui-même ses plantes, qui a créé toute une pharmacopée traditionnelle et Avicenne, qui lui est le père de notre médecine actuelle. Au départ c’était ce nom car ça symbolisait bien ce que nous faisions.

PAG Mais pourquoi donc ce passage à Elise Care ?

EB En fait ça c’est fait progressivement. On a développé de plus en plus l’action sur les terrains de conflits, le développement de l’association, l’augmentation de nos donateurs, le démarchage des entreprises, des particuliers. On a monté des campagnes de levée de fonds. Cela a fait qu’à un moment donné ce nom-là est devenu difficile à mémoriser, par exemple en Irak, et puis après sur Internet. Il a paru plus judicieux de garder l’incarnation de l’association, ce que représentait mon investissement, le fondement de cette association, en mettant mon empreinte. C’est aussi simple que ça.

PAG Je comprends l’implication personnelle : on a tous besoin, quand on investit un terrain, de s’y investir à titre personnel. Mais la coexistence d’un nom, de son propre nom avec une activité collective ne pose-t-elle pas des problèmes ? Ne porte-elle pas à s’interroger sur le rapport entre l’individu fondateur et l’activité collective ?

EB Cela s’est fait naturellement, la question ne s’est pas tellement posée. Cela s’est passé en 2016 : Senong et Avicenne était dur à porter en Irak, il fallait un nom qui symbolise le soin et le fait qu’on était une petite association.

PAG La communication est essentielle dans toutes les ONG, n’est-ce pas ? Sans communication pas de donateurs. Sans donateurs pas d’ONG ?

EB Oui, tout à fait !

PAG On en revient à votre activité, les soins d’Elise. Surprise que de trouver une ONG qui pratique, non pas une médecine d’artillerie que l’on croit toute puissante, celle de l’immédiateté, mais celle, préventive, d’une médecine traditionnelle chinoise. Un paradoxe ?

EB C’est sûr que si vous comparez ça à une grande ONG, ça ressemble à un paradoxe. Pour moi cela a commencé d’une façon tout à fait naturelle.

PAG Tiens, oui, comment tout cela a-t-il commencé pour vous ?

EB Au départ je suis partie toute seule, d’une initiative individuelle. Au moment du conflit syrien, je souhaitais m’engager, aller aider les réfugiés, les blessées de guerre. J’avais fait une formation au Viet Nam et en Chine en médecine chinoise, une sensibilité et une expérience dans le traitement de l’anesthésie, la prise en charge de la douleur par l’acupuncture. Donc j’ai postulé auprès d’ONG pour partir soutenir les blessés de guerre syriens, mais mes qualifications ne rentraient dans aucune case, même si les entretiens se passaient très bien. Et puis de fil en aiguille, de contact en contact, je suis arrivé en Jordanie. A l’époque, c’était dangereux d’aller en Syrie, il y avait beaucoup d’enlèvements. Je suis arrivée dans un camp de réfugiés à l’orée du désert jordanien, à la frontière avec la Syrie avec MSF[3]. Compte tenu de ce que je savais faire, prendre en charge la douleur dans des endroits ou la morphine manque, on me présente des équipes militaires qui travaillent en chirurgie de guerre. C’est comme ça qu’ont commencé mes premières expériences dans la prise en charge de la douleur des blessés de guerre.

PAG Vous allez en Jordanie sans être mandatée par une ONG ? Vous y allez toute seule, vous allez dans les camps et vous dites « je sais faire ça » ?

EB Oui mais ça s’est passé grâce à des contacts, donc quand je pars, je sais où je vais.

PAG J’ai l’air de pinailler sur des détails, mais la manière dont un initiateur concrétise son idée n’est pas sans incidence. Parce que c’est un chemin individuel, on prend des risques, on prend des initiatives, et on ne vous déroule pas toujours un tapis rouge. Vous le faites quand même.

EB Cela peut vous paraître intéressant car je suis partie sans un vrai contrat pour une ONG que je ne connaissais pas vraiment. Mais la prise en charge de la douleur est préoccupante et compliquée dans ces zones-là : il y a un fort taux de contrefaçons d’antalgiques, un très grand nombre de malades et pas suffisamment de médecins, des difficultés à se procurer de la morphine... Et puis surtout, une fois qu’on a opéré le patient et refermé le dernier point, la prise en charge s’arrête. Le malade retourne dans sa tente, on ne sait pas où. Et la prise en charge de la douleur, la rééducation, c’est un nouveau défi pour la personne qui se retrouve parfois sans prothèse, à vivre sans pouvoir avoir de greffe. On a eu des blessées de guerre amputés dans des explosions, ou brulés au 3ème degré. Et pas toujours de prise en charge après avoir donné les traitements d’urgence. Et là, la douleur est très compliqué : beaucoup de patients voulaient se suicider tellement la douleur était insupportable. Il n’y a pas de prise en charge de la douleur correcte parce qu’il n’y a pas de médicaments, que les médecins sont débordés… Il faut savoir aussi qu’à cette époque-là les ONG rentraient, MSF était en train de fermer une maternité qui avait été ouverte dans le camp, un camp de transit qui avait accueilli 1 million et demi de syrien. C’était grand comme une ville. Donc moi je m’intègre, j’arrive sur place avec mon matériel car on ne trouvait pas d’aiguilles là-bas, et je propose mes services. L’effet a pris rapidement, car dans ces moment-là vous mesurer l’efficacité d’un traitement aux heures économisées de cri, et aux heures gagnées à dormir. Quand la douleur est insupportable cela se traduit par de l’insomnie et des cris. Donc on a vu que c’était efficace, et c’est comme ça que j’ai commencé à transmettre : les chirurgiens avec lesquels je travaillais je leur ai montré des points fondamentaux, essentiels à maitriser pour éviter la douleur en post opératoire, les vomissements dûs à la morphine, pour aider à retrouver l’appétit. Des protocoles simples de points, de traitement, après une amputation pour éviter les douleurs post op. Ma première mission s’est très bien passée. Je suis revenue deux mois après. Et puis de fil en aiguille si je puis dire, l’aventure a pris, et maintenant je vais une fois par mois sur le terrain.

PAG Nous voilà parti dans ce voyage, merci d’en avoir accepté le principe, qui veut aussi que l'on fasse une pause musicale. Un titre que vous aimeriez ici placer, soit qu’il illustre votre parcours, soit qu’il vous fasse plaisir, tout simplement ?

EB La nocturne de Chopin.

 

……….. Musique, Nocturne de Chopin ……… 

 

PAG Nous voilà revenus après cette apaisante musique. Apaisante comme les soins que vous apportez. Vous insistez sur cette prise en charge de la douleur et sur ce qu’il se passe après l’intervention de cette artillerie lourde de la médecine occidentale. Vous inscrivez votre travail et votre ONG à l’intérieur même de cette médecine chinoise traditionnelle. Est-ce bien reçu par vos confrères médecins au sein des grandes ONG, et par les populations ?

EB On n’est pas ici pour prendre leur place, mais pour soulager, essayer d’apporter là où les services manquent. On est toujours dans l’optique de travailler ensemble au profit du patient, et diminuer la charge de travail des uns et des autres. Donc, de ce point de vue-là, les confrères ont toujours bien vécu l’arrivée de l’acupuncture. Au niveau des malades, je ne me rappelle pas avoir vu de patients qui connaissaient déjà l’acupuncture, en tous cas, en Jordanie, personne n’en avait entendu parler. Alors je leur explique très simplement : c’est une aiguille qui va tenter de diminuer ta douleur. Ils posent des questions : « est-ce que ça fait mal ? » Alors je leur explique : « non, si ça fait mal on arrêtera, en principe ça ne fait pas mal ». J’explique que c’est un protocole : le fait de poser des aiguilles va déclencher une cascade de réactions au niveau du cerveau qui va fabriquer une morphine naturelle. Il faut expliquer : une fois qu’ils ont compris, les gens sont très ouverts. Après c’est la culture du résultat : au début on a un ou deux malades, le lendemain on en a cent. Les gens souffrent : ils ont mal de l’opération, mais pas seulement, parfois ils ont mal car ils sont très malheureux, ils souffrent de ce qu’ils ont vécu, de traumatismes, d’avoir marché autant… Et si l’acupuncture au départ était là pour soulager les blessures de guerre, plus tard en Irak, après l’arrivée de Daesh, nous avons commencé à soulager les personnes d’âgées qui avaient marché 15 heures d’affilée, des migraines et des sinusites chroniques… Dans la mesure où vous expliquez ce que vous faites, vous ne mangez pas le pain des autres. Ce n’est pas un business, vous n’êtes pas là pour gagner de l’argent sur les autres. Et même si on n’est pas dans le même camp que les ONG, je n’ai jamais cultivé l’esprit de compétition vis à vis de personne. Quand on est accueillis par les ONG on y va, sinon on ne force pas.

PAG On ne fait pas ça pour gagner de l’argent. On fait ça pour quoi ? La motivation profonde ?

EB Soulager. On a envie d’être utile. On ne peut pas tout le temps être insensible à ce qu’il se passe autour de nous, et moi, ma motivation première, c’était de soulager les douleurs des réfugiés, j’étais sensible à ce qu’il se passe dans ces zones du Moyen-Orient.

PAG Votre nom évoque l’Arménie. Vous êtes peut-être petite fille d’immigrants arméniens ; est-ce que cela aurait un rapport avec ce que vous faites aujourd’hui ? Un rapport avec votre histoire familiale ?

EB Probablement. On n’est pas tous sensible de la même manière. Moi je suis petite-fille de déportés arméniens, mon grand-père a été déporté en Syrie, mon père est un réfugié de la guerre du Liban…

PAG  Déportés vous dites ?

EB Oui : lors du grand génocide de 1915, les arméniens ont été déportés de l’est de la Turquie actuelle, donc toute ma famille a été déportée en Syrie : mon grand-père a survécu au massacre, et mon père, une génération plus tard, a fait partie de ceux qui, d’abord, ont pu échapper au service militaire pendant la guerre de Chypre, se sont retrouvés plus tard au Liban pendant la guerre et sont venus en France en tant que réfugiés. Donc je suis très sensible aujourd’hui à toute la crise migratoire. Mon père a pu s’intégrer très vite, il était très motivé et on a été bien accueillis. Moi je suis née en France, je n’ai pas connu la guerre, la manque, la maladie, j’ai eu une vie assez confortable, j’ai pu faire des études, m’installer et m’inscrire dans une vie française. Je suis française, je me sens française. Mais je ne peux pas être insensible à ce qu’il se passe dans ces zones-là, sans doute dans mon inconscient la terre de mes ancêtres. Ils n’ont pas la chance que nous avons eu. Donc il faut leur tendre la main. Je suis heureuse d’être à cette période de ma vie où je peux moi aussi tendre la main comme on a tendu la main à mon père. C’est normal de le faire, je ne le vis pas comme un devoir mais comme quelque chose de normal, de naturel.

PAG Quelque chose qui vous fait du bien ?

EB ça voudrait dire que si je ne le fais pas je ne suis pas bien, et ce n’est pas vrai. Mais c’est quelque chose de naturel. C’est normal d’aider si on en a l’occasion.

PAG En disant cela, je pensais à une interview d’un humanitaire qui me disait : « quand je vais sur le terrain, c’est le meilleur des antidépresseurs ».

EB C’est vrai que d’aller là-bas, se sentir utile, sentir une forme d’adrénaline, ça peut apporter une satisfaction. Moi je vois les choses un peu différemment : je pense que notre bonheur ne peut pas être une chose personnelle, tournée uniquement sur soi, ses biens, sa réussite. Je pense que nous sommes tous liés. En tous cas on ne peut pas s’arranger du malheur des autres. Pour moi ce n’est pas un antidépresseur, c’est quelque chose de sain. Ici j’ai tout ce qu’il me faut : ma famille et mes enfants me comblent. Mais c’est normal d’aller aider, et je partage cela avec ma famille, mes amis… Tant que j’ai l’énergie pour le faire, je le fais.

PAG Vous partagez avec vos donateurs aussi ?

EB Oui, certains sont même devenus des amis.

PAG Ce sont plutôt des individus ou des institutions ?

EB On a de tout : les institutions représentent une partie, le reste ce sont des donateurs particuliers et des entreprises.

PAG Quels pourcentage constituent-ils, et pour quel chiffre d’affaire, pour quel budget?

EB Chacun un tiers à peu près, pour environ 2 millions d’euros annuels.

PAG Les entreprises donnent-elles aussi, avec une possibilité de faire de la communication là-dessus ?

EB Biens sur, elles sont de plus en plus demandeuses de ça.

PAG On va parler des migrants, ceux que vous aidez, ceux qui progressent en quantité dans le monde. On se demande quelle est l’issue, quelle est l’évolution de ce monde, et comment les organisations humanitaires, les institutions internationales ou les Etats vont gérer le problème. Mais d’abord, détendons-nous un peu. Une deuxième musique ?

EB Une sonate au clair de lune ?

 

……. MUSIQUE …….

 

PAG Retour dans U-MAN ! consacré aux fondateurs et fondatrices d’ONG, avec aujourd’hui Elise Boghossian. En tant que praticienne de médecine chinoise, vous avez fondé Elise CARE, et vous êtes notamment allé en Irak.

EB Nous y sommes depuis 2012, et de manière plus intensive depuis l’arrivée de Daesh en 2014 à Mossoul. Nos opérations se sont intensifiées car nous avons eu le grand exode des Yézédies, chrétiens d’Orient, des minorités chiites… Nous étions au Nord de l’Irak, dans le Kurdistan irakien, où arrivaient deux millions de déplacés et où les infrastructures médicales manquaient cruellement. Pour nous ça a été un tournant, car à ce moment-là l’acupuncture a significativement réduit. Nous nous sommes en effet dirigés vers un dispositif médical mobile; on a aménagé des cliniques à l’intérieur de bus achetés en France et transformés un petit hôpital ambulant de campagne. On a décidé de se rendre sur place auprès des populations qui n’avait pas trouvé de place dans les camps. Seulement 9% des déplacés trouvaient une place dans un camp à l’époque, le reste vivait en périphérie, au bord des routes, dans des bâtiments désaffectés, des centres communautaires, des parkings… Notre première levée de fonds a donc commencé en 2014, et face au nombre d’enfants et de femmes enceinte, on a embauché des pédiatres, des gynécologues, et l’activité s’est diversifiée.

PAG Quand on arrive dans un pays en 2014 occupé par Daesh, avec la réalité locale politique, dans laquelle vous vous inscrivez bien que vous ne fassiez pas de politique, comment savoir où on met les pieds, qui est qui ? Avec qui on travaille ?

EB On ne peut pas travailler dans ces endroits-là si on n’a pas des alliés, des personnes sur le terrain qui connaissent, des gens du pays. Moi j’avais des partenaires sur place et dans le personnel que je recrutais. Je choisissais en priorité des personnes, des femmes et des hommes qui étaient eux-mêmes réfugiés. Et le chef de mission était un local. C’est beaucoup plus facile de savoir comment travailler quand on a des gens de terrain .Nous, les occidentaux, on pense tout savoir, être indispensables ; ce n’est pas toujours vrai dans la durée, il faut savoir travailler avec des équipe du terrain, leur transmettre, savoir aider sans rendre dépendant, sans humilier. Ce travail se fait un peu à l’instinct, c’est vrai que je suis orientale, donc je travaille à l’instinct, pas mal. On fait ça depuis plusieurs années et ça marche très bien. Cela nous a permis d’approcher les premières femmes (en 2014) enlevées par Daesh et qui se retrouvaient sur les marchés, en tant qu’esclaves sexuelles. Beaucoup d’enfants ont été enlevés, convertis de force, ces enfants qu’on appelle les lionceaux du califat. On a pu approcher ces personnes-là grâce à ce travail de proximité, de compréhension, de respect. L’acupuncture a pris moins de place dans nos activités en raison aussi du fait qu’on travaillait beaucoup avec des psychologues pour aider à prendre en charge ces traumatismes-là. Car la guerre militaire c’est une chose, mais la reconstruction derrière est un autre défi. Les âmes détruites, les viols et les tortures subies, les endoctrinements des enfants… tout cela se répercutera sur des générations. Si on veut faire advenir la paix dans ces régions, ça passera par une prise en charge des traumatismes des victime (…)

PAG Elise Boghossian, merci.

EB Merci à vous !

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U-MAN ! La Radio de l'Humanitaire, Série Fondateurs d'ONG (3) -Emission animée par Pierre Alain GOURION, sur une idée d’Alain Guilhot, Mixage Dimitri DUFOUR- Gingle piano U-MAN ! composé et joué par Alain PIERRE. Production Bubble Art.

https://www.bubble-art-prod.com/u-man

 

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Libération du 10 mai 2019 sur

- des « anomalies de gestion » d’ELISECARE :
https://www.liberation.fr/planete/2019/05/09/elisecare-de-graves-anomalies-de-gestion-pointees-par-le-quai-d-orsay_1725985


- des accusations de viol par d’ex collaboratrices à l’encontre d’un chef de mission :
https://www.liberation.fr/planete/2019/05/09/l-ong-elisecare-plombee-par-des-accusations-de-viols-en-irak_1725994

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[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Nanjing_University_of_Chinese_Medicine

 

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Avicenne

 

[3] Médecins sans Frontières

Elise Boghossian Elise Boghossian

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