Pierre Alain GOURION
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Billet de blog 15 nov. 2021

ECOLOS PAS BISOUNOURS - Entretien avec Sonia ZDOROVTZOFF

Cet entretien retrace le parcours progressif de Sonia Zdorovtzoff, en politique, mais pas seulement. Nous prenons, également, le temps d’explorer une histoire familiale qui lui a donné le goût de l’engagement. Tout en nous arrêtant sur des moments importants de sa carrière, avec son départ en Palestine, ou sa rencontre avec Grégory Doucet (Maire de Lyon depuis 2020) à Handicap International.

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Retrouvez cet entretien sous forme de podcast audio : U-Man! #65 - Entretien avec Sonia ZDOROVTZOFF

Pierre-Alain Gourion : Elle est Adjointe au Maire de Lyon, Déléguée aux relations, à la Coopération et à la Solidarité internationale. Elle s’appelle Sonia, faites attention au nom qui s’écrit ZDOROVTZOFF !

Sonia ZDOROVTZOFF : Oui, bonjour. Merci de me donner la parole, et de me recevoir, ravie.

PAG : On est très heureux de vous avoir avec nous, pour parler des relations internationales, de la coopération et de la solidarité. Parler de vous aussi, de votre parcours : la mairie de Lyon a changé de majorité de manière assez brutale, avec des écologistes sans expérience politique exécutive, seulement militante. Il est donc intéressant de faire une relation entre l’activité de militant et la réalité de ce que l’on peut faire ou pas faire quand on est à la tête d’une délégation d’une grande ville française.

SZ : Ok, super.

PAG : Voilà donc notre programme qui sera ponctué par vos choix musicaux. On peut commencer tout simplement, par votre nom.

SZ : Oui. (Rires)

PAG : Parce que ça s’écrit ZDOROVTZOFF !

SZ : Oui.

PAG : … et ça se prononce ?

SZ : ZDOROVTZOFF !

PAG : Voilà. Et donc c’est Russe…

SZ : Une belle salade de consonnes, oui … c’est russe, effectivement.

PAG : Et alors ça vient d’où, ce nom russe ?

SZ : J’en ai hérité, avec joie de mon père, de mon grand-père et de mon arrière-grand-père. C’est lui qui a immigré en France, au tout début du XXème siècle.

PAG : Un russe blanc ?

SZ : Un russe perçu comme blanc, effectivement. On a eu quelques soucis avec les Soviets.

PAG : Échappés au moment des Soviets, donc au début du XXème siècle ?

SZ : Alors, lui non. Il était en France quand la révolution russe a éclaté en février puis en octobre 1917. Il faisait un échange entre son université d’Odessa et une école à Paris. Il était dans l’armée impériale. Il passait un an à Paris, et il a été pris dans la grande histoire. Malheureusement, il n’a pas pu rentrer chez lui. Il a été informé par des voisins que ce n’était plus vraiment la peine de rentrer, parce qu’il était recherché… Les Soviets savaient que l’aîné de la famille n’était plus là. Ils les ont tous assassiné, du grand-père jusqu’au plus petit des enfants. Après ça, il n’avait plus de famille en Russie, il était recherché et persona non grata. Donc il a décidé de rester en France, d’autant plus qu’on le lui a demandé puisqu’il était dans l’armée et que la première guerre mondiale éclatait.

PAG : On peut se demander comment les idées politiques apparaissent, se construisent au fil de l’enfance, de l’adolescence, de la jeune maturité … Donc est-ce que cette histoire familiale a joué un rôle dans votre vie à vous, dans vos choix, dans votre imaginaire politique de petite fille ?

SZ : Oui, je pense, parce que j’ai eu un arrière-grand-père engagé dans l’armée et un grand-père engagé dans l’armée.

PAG : Dans l’armée française ?

SZ : Oui, dans l’armée française. Également, un grand-oncle engagé dans l’armée française, et toujours ZDOROVTZOFF ! Mon père, lui, a été réformé parce qu’il était malade. Mais c’est vrai que je viens d’une famille d’engagés, de personnes qui étaient engagées dans l’armée, dans la résistance, dans l’armée de la France libre, tout en ayant un nom de famille imprononçable … Cette idée d’engagement qui a marqué mon enfance, l’idée qu’il ne fallait pas nécessairement se laisser vivre, mais se mettre au service d’une cause plus grande que soi.

PAG : Et donc pour vous cet engagement ça a été …

SZ : … le militantisme ! Assez rapidement je me suis rendue compte que dans l’armée, en tant que femme, ma parole ne serait peut-être pas valorisée autant que celle d’un homme. Ou je ne suis pas tombée sur les bonnes personnes …

PAG : … il y a certainement de belles carrières féminines à faire dans l’armée, non ?

SZ : Oui, je ne suis pas tombée sur les bonnes personnes. Je me suis dit tiens j’ai l’habitude de côtoyer des militaires, mais également d’être la petite dernière, donc la petite chouchoute… Et donc plutôt le militantisme oui !

PAG : Ce militantisme, il aurait pu se passer à droite, à l’extrême droite, à gauche, à l’extrême gauche, au parti communisme, ailleurs. Non. Il est allé vers ?

SZ : Il est allé vers la défense des droits de l’Homme, en priorité. (Rires) J’ai une famille politisée plutôt à droite. Moi, j’ai été un peu surprise, dans le cadre de mes études par la manière dont ça pouvait se passer en politique à droite comme à gauche ; parce que je suis diplômée de Science-Po Grenoble. Et si j’avais une certaine appétence pour la chose politique au lycée, c’est vrai que mes années universitaires m’en ont peut-être un peu détournées. Du coup, j’ai préféré reporter mon attention et mon engagement vers le militantisme et l’activisme de la défense des droits humains.

PAG : Alors concrètement ça a été quoi, ce militantisme autour des droits humains ? Ça a été un engagement dans des ONG[1] qui s’occupaient particulièrement de ça ? Lesquelles ? Racontez-nous votre parcours, c’est intéressant de le connaître, parce que vous êtes une jeune équipe à la Mairie de Lyon ; on ne vous connaît pas forcément très bien.

SZ : Ma carrière professionnelle est relativement courte, une petite dizaine d’années avant de devenir Adjointe au Maire de Lyon. Dans le cadre de mes études, de mes premiers emplois non-étudiants en lien avec mes études, j’ai travaillé pour des associations qui défendaient les droits des enfants. J’ai commencé ma carrière professionnelle à Bruxelles où j’ai travaillé pour l’Observatoire International de Justice juvénile. Je faisais en sorte de défendre les intérêts, notamment à Bruxelles, auprès des institutions européennes, des enfants en conflit avec la loi. C’était passionnant, j’ai passé deux très belles années à la sortie de mon Master II. J’ai fait un stage de trois, quatre mois qui s’est traduit par un contrat plus pérenne. J’ai passé un peu plus de deux ans dans cette association internationale qui disposait d’un bureau de représentation à Bruxelles. Au bout de ces deux ans dans le cadre de cette expérience, je me suis rendue compte que j’avais un bon bagage grâce à mes études à Science-Po Grenoble ; en terme de prise parole, défense des intérêts, structuration de la pensée, des arguments. J’arrivais à me débrouiller, et à remplir mes missions à bien. Mais quelque part, ce que j’avais envie de faire nécessitait aussi d’avoir un sérieux bagage juridique et donc j’ai ressenti le besoin de renforcer mes compétences et connaissances en droit international des droits humains. J’ai mis terme à mon contrat, je leur ai dit que ça c’était très bien passé, que je partais ravie mais qu’il était temps pour moi de reprendre mes études. Donc je me suis inscrite à l’Université d’Essex, en Angleterre, qui en terme d’enseignement des droits humains est l’une des meilleures universités au monde. Elle est reconnue par les différentes associations, ONG, Nations Unies. Donc j’ai été ravie de pouvoir rejoindre une de leur promotion, parce que c’est assez compliqué d’y rentrer ; il faut très bien parler l’anglais.

PAG : Et oui, l’enseignement se fait exclusivement en anglais...

SZ : … oui, j’ai quitté cet emploi à Bruxelles en avril, et je reprenais les cours en septembre ou octobre. Durant ces quelques mois de libres je suis partie en Israël et en Palestine, puisque je ressentais aussi le besoin de me confronter à une réalité hors des salons feutrés, des institutions européennes que j’avais pu connaître jusqu’alors. Je travaillais pour une association qui s’appelle Women’s International League for Peace and Freedom[2], donc la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté.

PAG : Ça a un rapport avec l’Appel pour la Paix de la gauche israélienne, pour aller vite ?

SZ : Non. C’est né à la fin de la première ou de la seconde guerre mondiale avec des femmes qui se sont réunies …

PAG : C’est d’origine américaine, anglaise ?

SZ : Je me souviens plus, j’étais tellement focalisée sur Israël et la Palestine. J’avais une directrice d’association qui était à la fois présidente de cette association, et de Pen International Palestine[3] et qui parfois confondait les deux associations… J’ai postulé pour Pen International Palestine et je me suis retrouvée à travailler pour WILPF et Pen International Palestine ce qui me déplaisait pas nécessairement puisque j’avais un bac L, et une certaine appétence pour la littérature. Elle même était poète, c’était une ancienne conseillère culturelle de Yasser Arafat. C’était également intéressant d’en apprendre davantage sur la culture.

PAG : Vous étiez à Ramallah en Palestine ?

SZ : Oui, je vivais à Ramallah, elle vivait à Jérusalem-Est. Donc il y avait un petit peu de télétravail, et de trajets entre les deux villes.

PAG : Par un exemple concret, ou une image pouvant résumer ce que vous avez vécu là-bas, quel est votre constat ?

SZ : Une image qui pourrait résumer mon expérience, c’était pour essayer de concilier un peu les missions sociales des deux associations, on avait organisé des ateliers d’écriture dans les camps de réfugiés palestiniens sous la forme de camp d’une semaine. Qu’on a reproduit trois fois durant l’été comme les enfants n’allaient pas à l’école et parfois s’ennuyaient. Avec eux on a travaillé sur la libération de la parole en les informant également sur leurs droits ; donc pour ma part la partie droit international. C’était une expérience forcément très enrichissante, d’être au contact d’enfants qui avaient déjà vécus plusieurs guerres, perdus des membres de leurs familles et dans des circonstances vraiment tristes, sûrement traumatisantes pour eux. Cela recentre et permet aussi de repartir avec une vision du conflit un peu différente sans doute de celle que j’avais avant d’arriver sur place.

PAG : Qu’était-elle avant ? Qu’est-elle devenue après ?

SZ : Je pense que j’avais tendance à me dire que les tords étaient partagés, que tout le monde devait faire des efforts de part et d’autres de la ligne de démarcation et qu’il y avait une forme d’équilibre dans les tords mais également dans les efforts à faire. Après mon passage sur place, je me suis rendue compte qu’il y avait un peuple qui était plus opprimé que l’autre et une nation qui vivait plus confortablement que l’autre.

PAG : Comment ces organisations étaient-elles ressenties par les autorités israéliennes ?

SZ : Moi, je vivais du côté palestinien, donc je n’avais pas trop de contact avec les autorités israéliennes. Le peu de fois où j’en avais, c’était en arrivant à l’aéroport ou même en me baladant en Israël, puisque j’en ai profité pour découvrir ce beau pays. J’ai eu aucun souci particulier et ça s’est plutôt bien passé. J’ai parfois été un peu surprise de voir la jeunesse des soldats israéliens mais c’est aussi parce qu’en France on a peut-être moins l’habitude d’être au contact.

PAG : Et des soldates pour le coup ?

SZ : Oui aussi, notamment au checkpoint. Quand on fait l’aller-retour entre les deux villes, on passe nécessairement par l’un des checkpoint et c’est souvent les femmes qui s’occupent de vérifier les papiers.

PAG : Et elles ne sont pas toujours commodes… Elles ne sont pas là pour ça d’ailleurs ...

SZ : Non, mais elles ne sont pas non plus désagréables. (Rires) Elles font leur travail dans des conditions qui ne sont pas toujours évidentes.

PAG : C’est votre deuxième expérience professionnelle ? Et ensuite ?

SZ : Ensuite, j’ai repris mes études à Essex, c’était mon second Master, après celui de Science-Po Grenoble, spécialisé en droit international des droits de l’Homme avec une mineure en droit international humanitaire. Et en parallèle de celui-ci, puisque c’était un emploi du temps universitaire, avec du temps libre. J’ai aussi travaillé pour une organisation qui était basée à Londres, s’appelant Redress[4]. C’est une organisation qui accompagne les victimes de torture pour porter leur cas devant les tribunaux nationaux, régionaux, internationaux. Comme j’ai vécu un an aux États-Unis quand j’étais lycéenne, je me débrouille en anglais. Ça me permettait de suivre l’actualité de la Cour Pénale Internationale[5] qui sort des règlements, des dispositions légales assez régulièrement et dans les deux langues. 

PAG : On passe de l’un à l’autre…

SZ : Comme ça vient, oui, faut maîtriser les langues...  

PAG : D’ailleurs, un jour il faudrait qu’on fasse une émission en langue anglaise, avec des ONG d’origines britanniques ou américaines. On travaille dans le cadre de cette émission U-MAN en anglais ou en espagnol avec des traductions en simultané. À ce moment, votre carrière s’amorce, ensuite est-ce qu’elle éclot dans une autre ONG ?

SZ : Lors de ce deuxième M2 est arrivé le temps, comme toute fin de Master, de la rédaction du mémoire. J’en ai profité pour commencer à regarder où je pouvais atterrir. Quelle allait être la suite de l’histoire. Je me souviens avoir postulé, sans à priori, à Copenhague, Genève, Londres et New-York. Et un jour, je tombe sur une annonce pour un poste intéressant à Lyon, en me disant que ça serait drôle, car je suis née et j’ai grandi à Bourg-en-Bresse. Drôle de revenir en France, jusque-là je n’y avais jamais travaillé. De plus c’est juste à côté de chez moi, de ma famille, de mes amis d’enfance. Comme le poste me plaisait, j’ai postulé, l’entretien s’est bien déroulé et je suis restée plus de six ans chez Handicap International[6] (HI) …

PAG : … qu’on appelle aussi Humanitaire et Inclusion. On arrive, bientôt, à ces fameuses élections municipales qui font qu’aujourd’hui vous êtes Adjointe au Maire de Lyon. Mais avant ça on écoute un peu de musique, on vous a demandé ce que vous aimeriez entendre et vous avez répondu, Sing Sing Sing

Interlude musicale. (https://www.youtube.com/watch?v=r2S1I_ien6A)

PAG : Voilà Sing Sing Sing de Benny Goodman, ça démarre bien en trombe dites-moi.

SZ : Oui, c’est une musique que j’écoutais beaucoup quand j’étais enfant.

PAG : Vous écoutez beaucoup de musique ?

SZ : J’écoute toujours les mêmes choses … (rires) … du jazz, des musiques pas forcément actuelles mais entrainantes.

PAG : Donc, vous êtes chez Handicap International, vous êtes toujours dans la même activité au niveau des droits de l’Homme également ? Vous faites du plaidoyer chez HI, vous faites quoi ?   

SZ : Moins de défense des droits de l’Homme, puisque c’est une organisation humanitaire. Mais travailler davantage le positionnement qui est l’une des composantes du plaidoyer. Handicap International est structuré de manière assez atypique pour une organisation. C’est-à-dire que le positionnement et le plaidoyer pur à l’époque étaient un peu détachés.

PAG : Qu'est-ce que vous appelez le positionnement de cette ONG ? 

SZ : Le plaidoyer, pour moi c’est défendre des intérêts, et une position. Donc avant de la défendre il est nécessaire de la définir. Et cela se travaille, il faut prendre le temps d'écouter tout le monde, toutes les parties, de travailler le contexte, de se renseigner sur la situation sur le terrain. Donc il y a tout un travail d'analyse, qui doit être fait au préalable, avant de se lancer dans une campagne de plaidoyer et d'aller à la rencontre des décideurs politiques. 

PAG : Et de ce point de vue, vous dites que le positionnement d’Handicap International, qui s’appelle officiellement, à cause de l’anglais, Humanitaire et Inclusion … En quoi ce positionnement est-il spécifique ?

SZ : La structuration de l’organisation était atypique, mais pas nécessairement le contenu du positionnement en lui-même. Je n’étais pas rattachée au plaidoyer, mais je travaillais avec les gens du Plaidoyer assez régulièrement.

PAG : C’est à ce moment que vous rencontrez, celui qui est aujourd'hui le Maire de Lyon, Gregory Doucet et qui était également un membre de HI. Que faisait-il ?

SZ : Gregory Doucet était responsable de toutes les activités d’Handicap International en Afrique de l’Ouest. L’organisation est structurée de manière géographique, il y a des personnes qui chapotent l'Asie, l'Afrique et ainsi de suite. Pour Grégory, c’était l’Afrique de l'Ouest, la région du monde qui l’habite, qui l’intéresse. Même s’il s'intéresse à tout, c’est quelqu’un de très curieux. Mais ça l’a beaucoup occupé pendant de nombreuses années. 

PAG : J'ai lu quelque part que c'était lui qui vous avait permis de mettre un pied en politique.

SZ : Oui, cela a commencé par le biais de l’écologie, c’était des questions très pragmatiques. On était un petit groupe d'employés d’Handicap International qui avait la volonté d'accompagner la structure vers plus d'écoresponsabilité. Régulièrement on demandait est-ce qu'on pourrait travailler sur le recyclage des déchets ?

PAG : En interne, à l’intérieur de la maison Handicap International ?

SZ : Oui ! Est-ce qu’on pourrait faire en sorte qu’il n’y ait plus de gobelets en plastiques, ni de touillettes. C’est ce qu’on appelle des petits pas en écologie, mais on avait envie que notre organisation soit également exemplaire sur ces questions. Un groupe s'est créé de manière informelle appelé la GreenTeam. Grégory l'avait monté avec d'autres personnes, et je me suis rattachée à ce groupe. On travaillait sur ces questions internes durant notre temps libre, puisqu’on ne faisait pas cela lors de nos heures travaillées. Un jour, au détour d’une conversation, il nous explique que les élections européennes se profilent, et qu’il est impliqué dans cette campagne. Et il souhaite savoir si mon ami et moi, on peut faire une formation aux militants écologistes pour leur expliquer comment fonctionnent les institutions européennes. C’est ainsi que ça a commencé et c'est au même moment que j'ai découvert que Gregory Doucet n'était pas seulement responsable de l'Afrique de l'Ouest pour Handicap International mais également secrétaire d’Europe Écologie-Les Verts à Lyon. Je me suis dit : « Tiens, je ne savais pas qu'il avait une vie en dehors de HI, qu'il avait le temps ». Mais si. On a commencé à donner un coup de main, en montant cette formation, en essayant d’être le plus exhaustifs possible et en essayant d’être pédagogues. Puis le weekend on tractait, on boitait, on collait des affiches. Il nous demandait si on avait le temps de lui donner un coup de main parce qu' il était sur la liste d’Écologie Les Verts pour les élections européennes. Au départ, j'ai dit oui à un collègue de travail, à un copain qui me demandait un service, sans me rendre compte de ce qui était en train de se mettre en place. Jusqu’où cela nous mènerait. Pour moi c’est ainsi que cela a débuté, en rendant service à un collègue pour les élections européennes. C’étaient des questions qui m’intéressaient, je me disais que c’était une autre forme d’engagement.

PAG : Et de fil en aiguille, vous devenez une militante écologiste chez Europe Écologie les Verts ? Dont vous êtes aujourd'hui l’une des responsables régionales, non ?

SZ : Non, non !

PAG : Ah, plus ? Mais vous l’avez été ?

SZ : Je l’ai été durant la campagne municipale. J’étais secrétaire d’Europe Écologie les Verts à Lyon. J’ai pris la successions d’un certain Gregory Doucet, à la tête du parti. Le cumul des mandats étant interdit, ou extrêmement limité chez EELV : je ne pouvais pas être à la fois Adjointe au Maire de Lyon, et secrétaire d’EELV, donc j’ai laissé ma place.

PAG : Donc vous devenez une militante ?

SZ : Exactement, je deviens une militante.

PAG : Il y a une question qui vient naturellement à l'esprit : vous avez eu cette trajectoire de militante à l’intérieur de ce parti. On est militant, on est jeune, on a des espoirs, des envies, des volontés, des désirs, des énervements, des protestations, et cetera … Et aujourd’hui vous êtes aux affaires, vous avez les mains dans le cambouis. Vous prenez des décisions. On va parler anglais : il y a un gap ? 

SZ : Oui, y’a un gap.

PAG : C’est quoi ce gap ? Quelle est cette différence entre ce qu'on espérait et la réalité quand on est aux manettes ? Après, vous allez nous expliquer ce que vous faites, évidemment …

SZ : Oui …

PAG : Est-ce qu’on tombe de haut ? 

SZ : Non, j’ai plutôt eu l’impression qu’ayant fait beaucoup de plaidoyers par le passé pour  différentes associations, donc moi, Sonia, j'allais au contact des décideurs politiques pour essayer de les convaincre de changer une loi, une directive européenne. Et là j'ai eu l'impression de franchir le Rubicon : finalement maintenant c'est moi qui ai … 

PAG : … c’est toi qu’on vient voir pour te demander…

SZ : Non, pas moi, honnêtement, ou très peu ! Il y avait un programme qui avait été décidé de manière collective, c’est pas moi toute seule avec mes petites idées qui décide de tout. J’applique aussi une volonté collective. Mais je ne suis plus dans : s'il vous plaît, accordez-moi un peu de votre temps pour que je vous parle de ce super projet, ou de cette super idée. Effectivement on est plus dans la définition des priorités des projets. On est plus autonome, il y a plus de responsabilités par rapport à mes années chez HI. Parfois on se sent éloigné de la réalité du terrain, tout à l'heure vous disiez que dorénavant j’avais les mains dans le cambouis, moi j'ai l'impression que c'était avant… que je les avais !

PAG : Et maintenant vous planez dans les superstructures ?

SZ : Non, on ne plane pas dans les superstructures. Mais ce n’est pas moi Sonia qui vais sur le terrain aider les personnes qui en ont besoin, notamment pour le volet solidarité internationale. Actuellement, j’octroie des subventions à ces personnes qui ont les mains dans le cambouis, je les reçois, les écoute, j’essaye de voir comment je peux les aider : est-ce que c'est en facilitant l'organisation d'un événement, en mettant à disposition des salles à l'Hôtel de Ville ou est-ce que c'est moi, en prenant le temps d'intervenir et en espérant que ça intéresse un minimum de personnes. C'est un petit peu plus éloigné des activités que j'avais pu avoir par le passé. Ce n’est pas nécessairement une désillusion ; néanmoins, quand on a des crises telle que celle qu'on est en train de vivre avec la chute de Kaboul et les évacuations, c'est difficile en tant qu’Adjointe au Maire de Lyon, car je ne peux pas toujours faire grand-chose pour ces personnes. Je peux relayer les demandes qui nous sont faites en mairie d'arrondissement, parce que telle personne a de la famille et souhaiterait qu'elle soit exfiltrée, ou telle personne a travaillé avec un journaliste, un artiste et se demande si on ne pourrait pas en discuter avec le centre de crise, l'ambassade de France à Kaboul. Aujourd'hui, dans le cadre de ces crises, on est des passeurs d'informations. De nouveau je retrouve ce rôle de plaidoyer sans pour autant être sur le terrain. On n’a pas toujours l'impression d'avoir les mains dans le cambouis mais ça ne veut pas dire qu’on est pas occupé.

PAG : Vous aimeriez les avoir davantage ? Si j’ai bien compris…

SZ : Parfois, oui.

PAG : C’est plus concret, plus réaliste ?

SZ : Oui, oui.

PAG : On a plus l’impression de faire quelque chose ? 

SZ : Quand on sort d'une grosse crise (on est en train de vivre celle de l'Afghanistan), j’aimerais en faire plus, c'est dans ma personnalité. Même si, aujourd'hui personne ne part en tant qu’humanitaire en Afghanistan pour aider, il y a des gens qui partent en Haïti par exemple. Mais se dire : demain je prends le premier vol et j'essaie de me rendre utile sur place, ça n'est pas possible … et je me suis engagée pour six ans.

PAG : Vous avez au moins un mandat à faire …

SZ : Oui, oui et je m’y plais ! Mais c’est autre chose, c’est différent, c’est ni une désillusion, ni toujours extrêmement satisfaisant, parce qu'on a une marge de manœuvre qui est plus limitée que ce qu'on pourrait croire vu de l'extérieur. C'est juste une expérience très enrichissante que je suis contente de vivre et qui parfois me satisfait pleinement et parfois me frustre un peu. Peut-être que, si j'étais humanitaire, je serais tout aussi frustrée, notamment pour l’ Afghanistan par exemple : aujourd'hui, on ne peut pas faire grand-chose sauf espérer que le pont aérien dure le plus longtemps possible.

PAG : Oui ... Des municipalités ont pris, me semble-t-il, des positions sur l'Afghanistan. Qu’en est-t-il de Lyon et de sa Métropole ?

SZ : Suite au discours de notre président qui a pu faire polémique, notamment, le passage sur les flux irréguliers, de nombreux maires écologistes ont pris la parole soit dans les médias, soit via les réseaux sociaux pour dire qu’ils souhaitaient prendre part à l'effort fourni par la France, qu’ils étaient prêt à accueillir ces réfugiés afghans. Nous avons une politique d'accueil et d'hospitalité, et même une Adjointe sur ces sujets, Sylvie Tomic : c’est dire si la thématique est importante à nos yeux. Donc on était prêt à accueillir, à faire un effort. Mais cet accueil est, en droit, du ressort de l'État, qui aurait pu s'appuyer sur des communes telles que les villes de Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers. Je crois qu’elles ont été nombreuses à prendre la parole dans ce sens.

PAG : Grenoble, sans doute, et cetera

SZ : Oui Grenoble, si j’oublie les grenoblois … surtout pas. (Rires)

PAG : (Rires) Écoutez, je vous propose une seconde pause musicale, toujours l’une de vos suggestions c’est une chanteuse Serbe Iranienne, Barbara Pravi et son morceau Louis, on l’écoute.

Interlude musicale. (https://www.youtube.com/watch?v=6CeoM5e40yM)

PAG : Alors que fait-on Sonia, je vais vous appeler Sonia je vous en supplie merci, ça m’évite d’écorcher votre nom.

SZ : Vous ne seriez pas le premier. (Rires)

PAG : (Rires) Qu’est-ce qu’on fait d’important, de sensible quand on a une délégation comme la vôtre ? Est-ce qu'on va serrer des mains, est-ce qu'on va boire des verres, à droite, à gauche, quand on est invité par je ne sais quel consulat ou je ne sais quelle organisation, ONG et autres ? Où est-ce qu'on a un programme, un projet qu'on essaie de décliner dans le cadre du plan de mandat qui a été défini collectivement par la majorité à laquelle vous appartenez ?

SZ : Moi, je vais parler de mon expérience en temps de Covid. 

PAG : En temps de Covid c’est vrai …

SZ : En temps de Covid, oui ! Du coup on a eu une prise de fonction assez particulière où il n’y avait pas de serrage de main, où il y avait très peu de cocktails. Quand on rencontrait les gens, c’était souvent en visio. Avec les vagues qui se succèdent mais qu’on gère un peu mieux, grâce à la vaccination, ce type d’invitation commence à arriver davantage. Mais jusqu'à présent c'était pas le gros de mon activité. On a très peu eu l’occasion d'avoir des moments de partage et de convivialité c’était plus sérieux et bien souvent en distanciel.

PAG : Et donc ennuyeux aussi ?

SZ : Non, pas nécessairement. Évidemment, on passe à côté des moments conviviaux, c'est dommage. Mais on est dans la prise de fonction, dans les nouveautés sur des sujets que je trouve très intéressant, donc non je ne me suis pas vraiment ennuyée au cours de l'année écoulée. Au contraire je rencontre énormément de gens, ou je recroise certaines personnes et c'est vraiment agréable d'élargir le champ de mes connaissances.

PAG : Est-ce qu’ils sont beaucoup plus déférents avec vous ? Est-ce qu’ils vous écoutent beaucoup plus ?

SZ : Je parle beaucoup, donc au bout d'un moment on est obligé de m'écouter parce que je ne sais pas me taire. Non, pas toujours, ça dépend des personnalités. Il y a des personnes qui sont attachées au respect de la fonction ou au respect de la personne, sans doute, je dois en imposer, et qui sont très respectueux. Alors que d'autres sont plus familiers. Mais, je prends le monde comme il vient, chacun a sa personnalité.

PAG : Dans les grandes lignes, que faites-vous ?

SZ : Relation, coopération et solidarité internationale. Avec le concours de Grégory Doucet, on représente la ville de Lyon à l'international. Donc on échange pas seulement avec des acteurs lyonnais ou locaux, également avec beaucoup d’acteurs européens et internationaux notamment avec tous les jumelages et coopérations …

PAG : … les jumelages des villes ?

SZ : Exactement ! Quand je suis arrivée à Lyon, on m’en a présenté vingt-neuf. On a décidé que c'était déjà un nombre important. Et qu'on n’allait pas se lancer dans le développement de nouvelles coopération, ni d’en mettre en sommeil. Mais qu'on allait déjà prendre la mesure de l'existant et de faire vivre ces coopérations existantes, quitte à réorienter le contenu des échanges qu'on pouvait avoir avec certaines villes. C’est vrai, on a envie de mettre l'accent sur l'échange de bonnes pratiques, sur les manières dont on intègre la nature en ville, ou comment la culture nous permet de faire communauté. On va travailler sur l'égalité femme-homme. Également, sur la participation des citoyens et des citoyennes à la vie de la Cité. Comment est-ce qu’on favorise cette participation ? Comment on s'assure que notre vie politique est riche, foisonnante et qu’elle n'intéresse pas seulement un petit groupe de personnes pouvant se circonscrire à la classe politique, ce serait dommage. Donc on travaille sur ces questions avec nos partenaires européens, internationaux, ces jumelages, ces coopérations, les consuls. À Lyon on a un corps consulaire important, c'est le deuxième plus important en France, derrière celui de Paris. Il y a près de 75 consuls généraux et honoraires. Les consuls généraux sont des diplomates de carrière, alors que les consuls honoraire sont des lyonnais et des lyonnaises qui ont à cœur de représenter les intérêts d'un pays et surtout d’aider leurs ressortissants à vivre en France et plus particulièrement à Lyon. Même si souvent, ils ont des régions spécifiques : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté, PACA. Ils ont un périmètre assez large et on travaille beaucoup avec. 

PAG : Autre chose ?

SZ : Il y a également toutes les institutions culturelles ou des associations qui ont des échanges avec l’étranger et qui font vivre finalement les relations internationales de la ville de Lyon. On les côtoie quand elles répondent aux appels à projets internationaux. Il y a un dispositif qui a été mis en place par ma prédécesseur Karine Dognin-Sauze en 2017 et qu'on a conservé avec mon homologue à la Métropole de Lyon, Hélène Dromain. Cela, nous permet de rencontrer beaucoup d'acteurs et c'est une expérience enrichissante. Finalement les relations de la ville de Lyon, ce n’est pas uniquement ce que fait la ville de Lyon. 

PAG : Pardonnez-moi, juste sur ce sujet est-ce que les enveloppes des subventions ont augmenté, diminué, sont restées constantes ? 

SZ : Elles sont à peu près restées constante, je crois, elles n’ont pas trop augmentées.

PAG : Est-ce que la politique a changé, par rapport à l’ancienne majorité, dans l'attribution de ces subventions à ces différentes organisations, ONG, ayant des projets internationaux ?

SZ : Pas pour le moment, parce qu’on arrivait et que cela ne semblait pas opportun de tout remettre en cause sans même savoir comment les choses fonctionnaient. Peut-être revoir les différentes catégories de l’appel à projet international, avec la solidarité internationale, la Francophonie, puis peut-être un focus sur la citoyenneté européenne et internationale. Il sera nécessaire de les peaufiner.  

PAG : Mais pour l’instant vous avez pris connaissance de l’existant, parce que vous avez quoi … un an de métier.

SZ : C’est ça, 04 juillet 2020 …

PAG : … juillet 2020, donc vous avez un an … est-ce que vous avez l’impression que vous en avez beaucoup appris pendant cette année ?

SZ : Oui, déjà dans le cadre de la campagne. J’ai énormément appris sur la politique locale, et le fonctionnement de ces élections municipales. J’ai vécu deux années extrêmement enrichissantes  au cours desquelles j'ai énormément appris. C’est plutôt enthousiasment : j’ai un petit côté bonne élève, je suis contente de rencontrer pleins de gens, d'être inondée d'informations … que je ne retiens pas toujours !

PAG : Vous ne vous dites pas c’est nul, cette politique locale, ces petites choses, ces petites brimades. On ne vous gatte pas toujours les écolos, parfois il est arrivé que vous puissiez comment dire être …

SZ : … chahutés ! (Rires)

PAG : Oui chahutés ! Je pense à la viande dans les réfectoires, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous voulez que tous nos enfants mangent tous vegan, c’est ça ?

SZ : Effectivement, on nous a accusé d’avoir un agenda caché, de vouloir imposer un mode de vie aux jeunes lyonnais et lyonnaises, ce qui n’était évidemment pas le cas. On a remis en place une mesure qui avait déjà été prise par le passé par l’ancien maire de Lyon, dans le cadre de la crise sanitaire. L'idée, c'était de s'assurer que les enfants pouvaient manger assis, un repas chaud, de l'entrée jusqu'au dessert. Les contraintes sanitaire étaient telles que si on multipliait les options, notamment, pour le plat principal, ce n'était pas faisable. Typiquement, j’espère ne pas dire de bêtise, à Villeurbanne ils avaient fait un autre choix, et les enfants mangeaient leur dessert dans la cour de récréation. À Lyon, capitale de la gastronomie, on s’était dit que c’était une solution plus acceptable, d'autant plus que celle-ci ne devait pas faire consensus, puisque prise dans le passé par une autre majorité. Effectivement ça n'a pas été le cas, ça a créé une polémique locale puis nationale qui a pris des proportions aberrante.

PAG : C’était une attaque injustifiée, selon vous ?  

SZ : C’était une attaque assez surprenante, c’est vrai qu’on a été déconcerté.

PAG : Est-ce que cela ne nous montre pas la petitesse de la politique parfois ?

SZ : Je sais pas si c'est la petitesse ou si c'est nous qui manquons d'expérience ou si c'est les deux. Mais ça a été déconcertant et ça nous a effectivement surpris par l'ampleur de la polémique, que ça puisse être repris par des médias nationaux, faire l’actualité durant un long moment. Alors qu’il y avait d'autres sujets à traiter durant cette période. On apprend en faisant, et parfois on est un peu chahuté, cela fait également partie de la politique. Il est nécessaire de s'en accommoder du mieux qu’on peut.

PAG : En tout cas vous n’êtes pas découragée déçue ?

SZ : Non, j’essaye de mettre à distance les critiques et les compliments. Ce n'est pas moi, Sonia, qui suis attaquée, ou complimentée. On est un groupe, on porte un programme, des idées, mais parfois aussi on tombe juste sur des personnes mal lunées qui ont envie d'exprimer leurs ressentiments et ça tombe sur nous. Ce n’est pas décourageant mais ça ne veut pas dire que je n’entends pas ou que je n'écoute pas, c'est bien aussi de prendre en compte les critiques. Néanmoins, elles ne vont pas me décourager. L'aventure dans laquelle on s'est lancé est bien plus belle que les petits à côtés négatifs qu'on vit.

PAG :  Les grandes lignes vous nous les avez dites. Y en a -t-il d'autres dans votre délégation, dans vos activités autour de la solidarité internationale ?

SZ : Oui, Gregory Doucet et moi-même venons d'une organisation humanitaire. Lui a un parcours humanitaire bien plus important que le mien. On a cette volonté de réinscrire la ville de Lyon dans une dynamique humaniste, ouverte ; qu’elle soit une ville accueillante pour toutes et pour tous ; qu’elle  implique davantage les citoyens et les citoyennes avec les consuls, les associations. On travaille également, sur différents temps forts : fêtes consulaires, Festival des Solidarités. On a lancé des processus consultatifs participatifs, ça fait partie de cet ADN écologiste de travailler avec le plus grand nombre, parfois cela amène à revoir ses idées. Les coopérations sont l’occasion d’apporter les compétences des services de Lyon ou de la Métropole à d’autres. De plus, en tant qu’élus, on a à apprendre des personnels administratifs et techniques. Parfois il n’y a pas de grands chamboulements, mais des manières de travailler ou de concevoir notre activité différemment.

PAG : Est-ce que vous avez le sentiment que le public réagit ? Vous avez été élus certes, mais avec un taux de participation assez faible comme partout en France, d’ailleurs. En terme d’expérience, de légitimité, est-ce que vous sentez des retours de la part de la population ? Avez-vous des instruments qui vous permettent de savoir comment vous êtes perçus ? C’est important …

SZ : C'est très important ...

PAG : … parce que c’est une grande ville … c’est 1,3 millions d’habitants au niveau de la Métropole. Vous êtes un peu des bisounours, non  ?

SZ : (Rires) … Je ne sais pas si je suis un bisounours, ce n’est peut-être pas le premier qualificatif qui me viendrait à l’esprit quand je pense à l'équipe en place, à Grégory, à moi-même. Je ne nous perçois pas comme des bisounours. Effectivement c'est important d'avoir le retour des lyonnais et des lyonnaises, ainsi que des grands-lyonnais et des grandes-lyonnaises. Il est plus simple de l'avoir en tant qu’élue du 8e arrondissement, en continuant d'aller sur les marchés le weekend pour rencontrer les habitants, savoir s’ils sont satisfaits des mesures mises en place. On a relancé le travail qui se faisait au sein de différentes instances, les Conseils de quartiers, citoyens, les Comités d’intérêts locaux pour essayer d’avoir ces retours des habitants, et des habitantes.

PAG : Plus de démocratie participative ?

SZ : Aussi. De la même manière qu’il y a un certain nombre de Français et Françaises qui se détournent de la politique en n’allant pas voter. Il y a tout autant de Français et Françaises qui n’ont pas nécessairement l'envie ou le temps de s'engager dans la vie de la Cité. C'est également notre travail en tant qu’élus locaux de les convaincre, de leur montrer à quoi ça sert et à quoi ça pourrait servir. On s'est mis à leur service, donc si eux ont des envies, des idées, on est là pour les transformer en projet concret. On travaille à l'échelon local : tous les adjoints et tous les élus au Conseil Municipal font également partis des Conseils d'arrondissements. Je pense que la majorité comme l’opposition créent cette relation avec les habitants de nos quartiers.

PAG : Vous parliez tout à l’heure de la crise de Kaboul. Il y a une autre que vous avez vécu puisque vous êtes arrivés alors qu’on la traversait, c’est celle liée au virus. Est-ce que ce moment très particulier, collectif, qui est traversé par le monde entier, peut relancer des dynamiques participatives de la part des citoyens, ou est-ce que c’est l’inverse ? 

SZ : Ça joue en partie, puisqu’on s’est habitué au fil des différents confinements à travailler par voie de visio-conférence. Je pense qu’avant le premier confinement peu de monde connaissait Zoom, en tout cas moi j'en avais jamais entendu parler. Et comme vous le dites c'était pas juste les travailleurs, les lyonnais, juste la classe politique tout le monde est passé par là pour continuer à travailler, ou prendre des nouvelles de ses proches. Aujourd'hui des personnes prennent plus facilement part à une discussion publique par voie de visioconférence. Avant, les temps d’échanges se tenaient exclusivement en présentiel, dorénavant ces temps se déroulent également sur Internet. Le nombre de participants a décuplé, ainsi on est passé de quelques dizaines à plusieurs centaines. Donc ces nouveaux outils, que le monde s'est approprié, dont on a entendu parlé, permettent d'aller chercher un nouveau public. Des femmes, par exemple, avec des enfants en bas âge, qui après le travail et une fois que ceux-ci ont mangé et sont couchés, peuvent participer à des évènements, sans s’inquiéter de leur garde. On peut également multiplier les temps d’échange, afin de s’adapter à tous ceux qui veulent se mobiliser.

PAG : Vous voyez-vous avec une carrière politique ?

SZ : Je ne sais pas. Honnêtement, j’ai du mal à me projeter dans le long terme. Cela revient à ce qu’on se disait au début, sur l’engagement, il y a des jours où je fais la différence et j’arrive à me rendre utile, je me mets au service des autres. Et parfois je me dis que je serais plus utile en faisant du plaidoyer. C’est assez changeant, aujourd'hui je ne saurais pas vous dire. Il y a déjà ce mandat dont on vient de faire 1 an. Il nous en reste cinq, ça passe vite et en même temps c'est assez long. Comme j'ai quitté mon emploi, et que je me consacre entièrement à cette délégation ; je me dis que pendant 5 ans c'est toute ma vie, entre guillemets. En tout cas toute ma vie professionnelle, mon engagement militant, politique, c'est cette délégation. Je vais tout donner et vivre cette expérience à fond, parce que ça n'arrive pas à tout le monde. Par la suite on verra ce qui me permettra de me rendre utile et de m’y retrouver en tant que personne.

PAG : Sonia Zdorovtzoff, merci.

SZ : Merci à vous, merci beaucoup.

PAG : Et à une prochaine fois.

SZ : Oui, avec plaisir.  

***

[1] Organisation non gouvernementale

[2] La Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté (Women’s International League for Peace and Freedom ; LIFPL ou WILPF) est une ONG internationale pacifiste et féministe créée en 1915 pour promouvoir le désarmement et la durabilité, autant que lutter contre l’exploitation, les discriminations et l’inégalité sociale. Siégeant à Genève (Suisse), elle dispose de sections internationales dans plusieurs pays. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_internationale_des_femmes_pour_la_paix_et_la_liberté)

[3] PEN International est une association d’écrivains internationale, fondée en 1921 par Catherine Amy Dawson Scott avec l’appui de John Galsworthy. Elle a pour but de « rassembler des écrivains de tous les pays attachés aux valeurs de paix, de tolérance et de liberté sans lesquelles la création devient impossible ». (https://pen-international.org/fr/)

[4] https://redress.org/

[5] La Cour Pénale Internationale (CPI ; en anglais International Criminal Court ou ICC) est une juridiction pénale internationale permanente, et à vocation universelle, chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre. La Cour inscrit également son action dans une dimension préventive et dissuasive : l’objectif est de responsabiliser les individus, qu’il s’agisse d’autorités civiles ou militaire. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cour_pénale_internationale)

[6] Handicap International est une ONG de solidarité internationale qui intervient dans une soixantaine de pays. L’association intervient dans les situations de pauvreté et d’exclusion, de conflits et de catastrophes aux côtés des personnes handicapées et des populations vulnérables afin : d’améliorer leurs conditions de vie et de promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux ; d’agir et de témoigner, pour que leurs besoins essentiels soient correctement couverts. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Handicap_International)

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