6 mois de prison avec sursis requis.

Mon procès s'est déroulé le 23 novembre, le procureur à requis 6 mois avec sursis et le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 6 janvier à 8h30.

 Mon procès s'est déroulé comme prévu le mercredi 23 novembre. Convoqué à 13h30 je suis arrivé sur la place du Palais de Justice de Nice qui était noire de monde, certains médias parlent de 100 à 200 personnes, la LDH m'affirmé avoir compté plus de 400 personnes. Je sais que des gens sont venus du Var, des Bouches du Rhône, des Hautes-Alpes et des Alpes de Hautes Provence et d'Italie à titre individuel ou en tant qu'associations. De mémoire de Niçois il paraît qu'il faut remonter loin pour trouver une telle mobilisation. De nombreux médias "mainstreams" de la télé et radio étaient présents ainsi que des médias alternatifs. En effet un communiqué de l'AFP la veille à mis le feu aux poudres et ce sont des dizaines de médias qui ont relayé l'information. Merci à tous ceux qui étaient sur place et a tout ceux qui ont exprimé leur soutien du Brésil, du Mexique, du Pérou, d'Italie, de Suède, de Lousianne, de Tunisie, de la République Démocratique du Congo, de l'Ile de la Réunion, de Guadeloupe, des 4 coins de la France, de Corse et même de Marseille ! Ces soutiens qui font référence à l'humanité de mon geste viennent de gens de tous horizons. J'ai recu entre autres des messages de policiers, d’évêques, de personnalités politiques, de légionnaires, d'organisations Corses, une pétition lancée par ma mère a recueilli près de 60.000 signatures en quelques jours et une lettre ouverte des universitaires de PACA a été signée par 700 chercheurs et enseignants-chercheurs. Ca fait très chaud au coeur et ça rassure.

Comme pressenti par mon avocat, devant cette mobilisation, mon dossier a été repoussé en fin de journée sans que l'heure de passage puisse être connue et ce n'est que vers 20h que l'audience a commencé. Je suis resté toute la journée dans le hall du Palais de Justice ou des policiers filtraient l'entrée ce qui a agacé quelques personnes et les journalistes qui voulaient assister à ce procès publique. La salle d'audience ne pouvant recevoir qu'environ une trentaine de personnes, rares sont ceux qui ont pu y assister. Etant donné que le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 6 janvier et que la justice n'a pas été encore rendue, je ne vais pas rentrer trop dans les détails du procès. Comme un prof qui doit noter objectivement un élève ne souhaite pas être influencé par des manifestations ou gesticulations de celui ci, je me garderais de commenter sur le procès et le réquisitoire afin que la justice puisse juger de la manière la plus sereine qu'elle soit.

Le trésorier de Médecin du Monde, Dr Philippe de Botton a témoigné de la situation des migrants en Italie et de leur état de santé lorsqu'ils se retrouvent à la frontière. Mme Françoise Dumont, présidente de la Ligue des Droit de l'Homme, qui s'était déplacée de Paris et a attendu toute la journée, n'a pas pu s'exprimer car elle a du repartir avant le debut du procés. A la barre j'ai répondu aux questions de la Présidente Mme la juge Laurie Duca pendant pendant environ 45 minutes. Elle m'a posée toutes les questions sur les faits qui me sont reprochés et sur ceux de la veille que j'avais avoués spontanément mais qui ne sont pas jugés. La présidente m’à repris sur un élément concernant les faits de la veille. J'ai tout de suite reconnu  mon erreur et l'ai corrigé en m'excusant.

 Ni mon avocate Maître Maeva Binimelis ni le procureur de la République Jean-Michel Prêtre n'ont souhaité me poser des questions. Le procureur dans son réquisitoire m'a expliqué que les faits de la veille de mon arrestation, où j'avais secouru des personnes sur le bord de la route,  n’étaient pas condamnables, bien au contraire. Il existait un danger et ne pas secourir peut être un cas de non-assistance à personnes en danger ce qui est un délit pour lequel on peut être poursuivi. Il m'a également expliqué que l’hébergement, la restauration, la protection de la dignité et de l'intégrité physique ne sont pas condamnables. Par contre pour les faits sur lesquels j'étais jugés, le procureur a retenu que c'était une aide à la circulation qui elle est condamnable (pour précision les personnes que j'ai transporté étaient déjà sur le territoire français lorsque je les ai prises en charge). Il a expliqué que l'Italie n'est pas moins méritante que la France avec ses médecins et ses hôpitaux pour soigner les blessés et donc qu'il n'y avait pas de raison valable de leur faire rejoindre Marseille pour accéder à des soins. Il a requis 6 mois de prison avec sursis pour aide à la circulation sans retenir le fait que les personnes étaient blessées ou qu'il y avait une mineure parmi les 3 jeunes Érythréennes. Pendant l'audience, Mme la présidente nous a appris avec surprise, puisque mon avocat ne disposait pas de cette information, mais avec soulagement aussi que la mineure avait été prise en charge par les services de l'enfance conformément à la loi. Mon avocat a rappelé au procureur que la presse, notamment le Nouvel-Observateur, le Monde, ainsi qu'un récent rapport d'Amnesty International signalait des cas de maltraitance des migrants en Italie qui sont assimilables à de la torture et que il y a avait un danger pour ces Eytrhréennes de se faire reconduire en Italie. C'est ainsi que j'ai appris  que les 2 jeunes adultes ont été livrees aux services compétents italiens sans qu'elles aient été soignées en France.

Mon avocat a fait référence à l'époque des boats-people ou la France à agit pour aider des personnes en détresse et qu'il est regrettable aujourd'hui que ces valeurs ne soient plus defendues. Elle a également plaidé le principe de proportionnalité. Mon avocat a demandé la relaxe et le jugement a été mis en délibéré. Le verdict sera rendu en ma présence le 6 janvier à 8h30.
Il ne faut pas confondre la réquisition du Procureur de la République avec la Justice qui elle est indépendante, qui s'appuie sur les lois et qui ne s'est pas encore prononcée. Il n'y a donc pas lieu de commenter la Justice, elle sera rendue de manière argumentée conformément aux lois de notre pays démocratique.

Mon "contrôle judiciaire" a été levé dès le début du procès et j'ai maintenant le droit de quitter Nice. Cependant je n'ai toujours pas récupéré ma voiture, mon téléphone et les 105 euros que j'avais avec moi lors de mon arrestation . A la fin de ma garde à vue j'avais demandé aux policiers du palais du justice qui m'ont rendu mes effets personnels où sont mes clés et ma voiture. Ils m'ont dit qu'ils ne savaient pas et m'ont conseillé d'aller voir à la caserne ou j'avais passé les 36h de garde à vue. Donc après 36h, je suis retourné en tram à la caserne où un policier de la Police de l'Air et des Frontières m'a dit qu'il fallait une décision de justice pour me la rendre et que seul un magistrat avait ce pouvoir. Je suis donc retourné directement au palais de justice d’où je venais de sortir par la petite porte. Entre 2 dossiers j'ai pu faire passer ma question au greffier qui m'a écrit sur un bout de papier libre que mon "véhicule est à titre conservatoire pour l'instant jusqu'à l'audience de renvoi". Cependant, à la fin de mon procès, c'est à dire plus d'un mois après mon arrestation, voyant que cette question n'était pas abordée, j'ai demandé à la présidente si je pouvais récupérer ma voiture. Celle-ci m'a répondu qu'il n'y avait pas de pièces dans le dossier à ce propos, que ma voiture et mes affaires n'ont pas été "saisis" et que donc ce n'est pas du ressort de la Justice. Un fax urgent a été envoyé les jours suivants au procureur lui demandant de faire en sorte que ma voiture et mes affaires me soient rendues. Ma vie est un peu compliqué sans voiture d'autant que j'assume la garde partagé de mes enfants avec leur mère qui habite à 30 kilomètres de de mon domicile. Heureusement, une amie me prète la sienne quand j'en ai besoin. Comme quoi en fait c'est pratique la solidarité ;-)
Si au cours d'une garde à vue, vous voyez une saxo bleue avec un bouquet de fleurs tout neuf (d'il y a 2 mois !) sur la plage arrière, c'est la mienne !

Je reste préoccupé par le sort des ces personnes perdues sur nos routes, sous nos ponts, au bord de nos rivières, dans nos montagne et notamment les dangers de mort auxquels elles font face a très court terme d'autant plus que l'hiver est là. Depuis mon arrestation, au moins un homme a disparu emporté par le fleuve Roya en crue et une femme a été gravement blessée au visage alors qu'elle marchait sur l'autoroute à quelques kilomètres de chez moi…

La pétition est plus que jamais d'actualité et elle a été mise à jour : 
https://www.change.org/p/tous-avec-pierre-alain/u/18794936

Plus de détails sur la journée du 23 novembre
http://www.ressourcesmagazine.fr/societe/devant-la-justice-pour-avoir-aide-des-refugies

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