La vie, un truc de dingue...

J'ai écris ce texte à 3h du matin en rentrant des urgences, cela faisait un peu plus de 24h que j'étais sorti des 36h de garde à vue...

Je ne dors pas. J'ai mal aux bras, j'ai les mains qui tremble et je ressens encore l'adrénaline dans mon corps.
Tout à l'heure devant le café où j'étais ça à fait un grand bruit et des cris de douleur. Un homme se tordait par terre à coté de son scooter et de la voiture percutée. La main sur l'aine d'où coulait un flot de sang. J'ai mis les mains mais ça coulait quand même, une écharpe pour faire un garrot, mais la plaie était trop haute. En dix secondes il y avait un ou deux litres de sang par terre. C'etait pas une flaque, c'était un steak. Le gars se vidait et ça me coulait entre les doigts. A genoux dans le sang, j'ai bien remonté les 2 paumes entre ses jambes et j'ai appuyé comme un sourd. Ca s'est arreté.
Un camion de pompier est arrivé : "laissez nous voir la plaie monsieur". J'ai dit je retire pas mes mains. Un deuxieme camion, la police, puis le SMUR avec enfin un medecin. 20 fois j'ai dit je retire pas mes mains. Ils ont branché les trucs pour le pouls, le coeur, calé sa tête dans un machin, ils ont découpé les fringues, sorti les pansements. Quand c'était prêt j'ai bien expliqué au pompier à genoux à coté de moi, c'est là qu'il faut appuyer, à coté ça marche pas.
Ils ont pris le relais.
Je me suis levé.
J'avais du sang partout comme si j'avais trempé les mains et les poignets dans un seau de sang, il y en avait plein mon pull, mon pantalon trempé de sang gouttait sur mes pompes, ca sentait le cochon égorgé.
J'ai pris une douche, ça coulait rouge comme dans les films.
Je suis monté aux urgence pour suivre le "protocole" comme ils m'ont dit car j'avais eu du sang sur les mains. Après 2h30 à poirauter, un toubib m'a dit : vous avez pas de blessures aux mains vous inquietez pas. J'ai dit à une infirmière "j'ai pas d'éclaboussures sur le visage parce que ça sent quand même ?" Elle me dit non c'est l'odeur du sang coagulé qui reste dans le nez.
Ensuite j'ai trouvé le jeune dans une chambre avec son père et sa copine. Il est un peu palot, branché de partout, mais il a rien.
Rien.
Enfin un pansement. Ils recoudront plus tard.
J'ai souri, j'avais envie de pleurer...

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