Le « faire des vœux », c’est moins que le « faire des nœuds » dans la mesure où il engage un lien plus lâche, peu exigeant au risque même de sa propre inutilité, au désespoir de sa vacuité ;
Le « faire des vœux » se tient prudemment en amont : il appelle l’espérance, la joie. Il ne mange pas de pain, brasse positivement beaucoup d’air, invente l’eau chaude mais cette eau a quelques vertus thermales : elle nous réjouit par sa sollicitude naïve et bon enfant. Nous aimons un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, notre espoir de bonheur. Donnons une chance à la paix des jours qui viennent, rêvons les enfants dans la jeunesse, pensons la vieillesse sage et tenace
Nous la souhaiter cette bonne année, la souhaiter à ceux que nous aimons, la souhaiter à une partie seulement de nos ennemis, garder soigneusement notre stock d’ennemis nécessaire, voilà bien un exercice qui peut électriser un 31 décembre et culminer le 1 janvier à O heure avec la tragédie potentielle d’un trouble obsessionnel compulsif de réveillon qui ne pourrait jamais discerner l’exact passage entre le 23 heures 59 du 31 au 0 heures 00 du premier et qui essuierait en permanence les aiguilles de la pendules. Une année qui peinerait à finir nous condamnerait à guetter éternellement la suivante.
Mais ouf, déjà, ça s’est fait, nous sommes passés, nous avons traversé le Styx de 2011 sans maladroitement tomber dans les rapides et nous attaquons 2012, confiant, ému, énervé, tendu, désespéré, amoureux, nostalgique, mélancolique, poussif, énervé : nos virtualités sont parfois pesantes mais elles sont aussi riches, complexes, en construction, en devenir…..
L’étymologie se rappelle à nous : les vœux ont quelque chose avec voir avec le vote : je fais donc le vœu que nous nous débarrassions de cet infect individu qui, non content que nous faire monter la moutarde au nez, encombre nos mets des plus raffinés d’une senteur de mort, là ou l’apparence masque le vide abyssal, là ou les mots sonnent comme des objets fous privés de toute attache et de toute consistance, là ou la langue cesse de parler pour ânonner.
Plus agnostique que vraiment païen et un peu prudent sans doute au cas où, je me rappelle aussi que le vœu est une promesse librement faite à une divinité ; mon problème d’agnostique est moins le vœu lui-même que le doute de la divinité :Pourvu qu’au cas où, elle ne soit pas accaparée par des activités ludiques sur la plage doré d’un paradis fiscal, pourvu que les problèmes de ses enfants lui laissent un peu de disponibilité, pourvu, si elles sont nombreuses, qu’elles ne s’engueulent pas comme du poisson pourri…
Je vous souhaite donc à tous, exception faite aux destinataires de mes rages rédhibitoires, une bonne année 2012 et la dédie à mon Amour morte et présente…
Pierre Avril