Alléluia, Martin Bouygues est ressuscité d’entre les morts !

J’ai failli être anéanti, la mort bouscule  la mémoire.

TF1, une télé de M…..une nouvelle fois orpheline, le journal de Jean Pierre Pernaut, avec un brassard noir sur le bras, continuant à présenter un sympathique reportage sur le vieux sabotier du terroir de Saint Pourçain les Gobilles, où l’on sait vivre des traditions ancestrales.

Je me rappelle aussi le patriarche Francis, l’inventeur à qui les cadres maçons prêtaient une vénération sans limites, les sous-traitants sans papiers ignorant jusqu’à son existence. Ce Monsieur Jourdain décalé, atypique qui faisait couler le béton à flots et qui se piquait d’entrer dans la cour très fermée des élites méprisantes, la truelle narquoise titillant la fleur de sel des neurones de l’intelligentsia.

Bon, mais c’est ça, c’est du passé. Le patriarche a gagné, les fistons sont casés dans le capitalisme financier, une place au fouquet’s, les marchés publics, l’affairisme international et la télé réalité permet aux masses laborieuses de s’empiffrer de chips devant le décolleté vertigineux des Nabila de service. La part de cerveau disponible se porte bien, la lignée tient bon sur les rails, les fils pour le père, les petits-fils pour les fils, les arrière petits-fils pour les petits fils.

Ça alors, revoilà Martin !

Dans ce grand système d’idiotie médiatique continue, j’aime à zapper l’erreur d’information  et à considérer l’évènement sous l’angle miraculeux de la résurrection de Saint Martin.

Disparaitre des écrans ne serait-ce que l’espace de quelques heures est une mort tragique et belle de la modernité, le vide est supplanté par des reportages incertains, par la fragilité des témoignages affirmatifs mais dont la certitude touche à la fiabilité du contrôle d’alcoolémie ou aux difficultés d’atterrissages des éléphants roses. On bafouille le deuil, on prépare la dépêche qui dira le génie du disparu et remettez en une, patron et vous qui n’avez rien vu, continuez à nous raconter l’affaire.

L’étonnant réside dans le fait que ces formes de journalisme un peu vitreuses, un peu chargées, entre deux eaux soient devenues une addiction admise et adulée. La brève de comptoir s’impose comme la une et on en redemande. En gros, c’est comme si on s’interrogeait au moment où le doigt appuie sur la commande d’un missile, si la braguette du pilote est fermée. Le joker du démenti n’ébranle pas l’absurdité du système, il le fait vivre, le rapport à l’émotion supplante le rapport à la vérité.

Soyons juste : l’évènement traduit deux pathologies lourdes. L’appétence du pouvoir à accompagner les convois funéraires des capitaines d’industrie, à ne pas rater la première rangée. Il est vrai qu’à une époque de désastre économique et écologie, le suicide démocratique impose de pleurnicher derrière le corbillard du monde révolu. Partager le pain et le vin du capitalisme financier nous promet quelque indulgence dans les paradis fiscaux.

Ensuite, secondement, le triomphe d’un produit qui avait le gout, l’odeur d’informer mais qui n’informait de rien. Dans la frénésie à ne pas rater le scoop, quelle est la manière la plus efficace de capter l’audimat ? Ne plus dépendre de l’aléatoire des évènements mais les créer de toutes pièces. L’incroyable nombre de camionnettes, hérissées d’antennes devant chaque chance de massacre nous fait penser que lancer quelques chargeurs dans le tas aide à la bonne appréhension du monde.

Il parait que l’AFP vient d’avoir une relation extra conjugale avec BFM télé…….et il parait que TF1 va couvrir l’évènement.

 

           

 

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