L’aspect lisse et bronzé de la peau lithique s’impose comme une obligation communicationnelle. Dans une société surchargée par la conformité et la bienséance, éviter à tout prix de faire tache est une obligation de survie. L’aspérité, la singularité apparaissent comme des obstacles rédhibitoires à la bonne marche des usines à chiens de garde. Il faut donc avant tout plaire, rassurer, ne rien faire qui puissent nourrir une quelconque inquiétude. L’audience est à ce prix. A contrario, l’agressivité est positionnée comme un marqueur du mal. L’audience a besoin de manipulation et de stabilité tout en déstabilisant en permanence le spectateur par la production d’une foule d’images incompréhensibles et agressantes.
C’est donc à un jeu de dupes que nous sommes conviés : à la démultiplication insensée, des événements qui se préparent, se déroulent, se succèdent, s’annihilent répond une grille explicative répétitive, décalée de tout réel mais qui vient parler de la beauté de l’ordre établi et des divers errements qui le menacent. La fonction des experts relève d’un ennui abyssal (Sciences Po de préférence) ; il s’agit de disserter à partir un piédestal particulièrement surplombant et de donner de mauvaises notes de pertinence aux comportements malpolis tout en célébrant la beauté de la main invisible, menacée par des gueux qui ne comprennent rien et qui veulent lui tordre le cou. Pour être efficace, le message doit être répété.
C’est dans cette société de bouillie inodore et sans saveur que prospère les Apathie, Calvi, Drucker : les superbes faux débats, les répliques téléphonées, la communauté complice de leurs invités, les colères feintes, les oppositions académiques (ce n’est pas possible, ils doivent habiter en colocation) concourent à cette orgie triste et sans alcool.
Bien que ces opérations s’apparentent à vider la mer avec un verre d’eau ou à boucher une crevasse avec une petite cuillère, leur persistance nous indique que le vieux couple aigri de certains journalistes et de beaucoup de politiques prépare ses noces d’or. Quand on se tient par la barbichette à ce point, l’inceste est proche.
Sans écran, sans Internet, la politique, le vivre ensemble n’est rien.
La nomination de Manuel Valls vient donc faire cerise sur le gâteau. Pur produit médiatique, le vide intérieur de cet individu me donne des cauchemars : il ne dit rien qui ne puisse magnifier sa place. Résumons : réaliste (par rapport à l’absurde), raciste à bon escient (avec les boucs émissaires), ferme (avec les principes abstraits), ambitieux, jeune, beau, intelligent, en un mot, en un seul inexistant.
Il ne m’étonnerait donc pas que par un savant calcul de notoriété, notre nouveau héros ouvre dans son spectre, une nouvelle couleur dimension sociale (c’est quand même un socialiste). Comme l’analyse le désigne du côté du dur, il doit impérativement donner du mou s’il veut garder son taux d’approbation dans les sondages. Versons une larme de reconnaissance, un tel mélange d’efficacité et d’humanité, de rigueur et de compassion, ça, c’est de la bonne bête politique.
Pendant ce temps, la vie continue, l’exploitation explose, les inégalités aussi. Il y a quand même quelque chose de rassurant : le déferlement médiatique jusqu’à la nausée de la constitution de ce gouvernement a au moins un mérite. Décidément, nous ne mangeons plus dans la même assiette.