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Billet de blog 5 octobre 2013

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Commerce : le conflit du toujours ouvert et du jamais fermé

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La modernité du monde qu’on voudrait nous faire avaler consiste à proclamer que rien ne s’arrête, que le mouvement est perpétuel, que chaque seconde pèse, que toute absence est stérile, que le temps, c’est de l’argent et que l’argent perdu ne se rattrape plus. L’illustration la plus flagrante de ce toujours ouvert a pour nom le marché financier, mondialisé, naturalisé au point que des sommes énormes se gagnent en une fraction de seconde et s’évaporent aussi sec, ni vu, ni connu. (Enfin, pas pour tout le monde.)

Le toujours ouvert, c’est le triomphe du client quand son pouvoir d’acheter lui ouvre une aveugle puissance d’accès à la consommation ; l’homme économique est là pour se saisir du confort et de l’opportunité Elargissons les conditions de la dépense, l’heureux commerçant qui ouvrira sa caisse au bon endroit et au bon moment remportera la mise. Qui pourrait oser lui reprocher d’autant que le temps social s’est lui aussi hyper morcelé ? Temps de travail acrobatique, extensible ;  durée du travail fractionnée ; travail, denrée rare. Toute parcelle de productivité étant, de ce fait, à sucer jusqu’à la moelle. L’air du temps n’est pas à emmerder les exploités, à la course, à la peur, au manque. La visée de profiter au mieux de ce qui se présente immédiatement est la corrélation logique du toujours ouvert. Cette déclinaison du temps abolit le jour et la nuit, réduit la semaine à une unique séquence. L’année conserve une certaine singularité tant les variations climatiques diversifient les produits, les loisirs, mais l’artifice transparait, les palmiers sous la neige, la poudreuse dans le désert : toujours ouvert, les fruits d’Argentine et la vis de Castorama.. Le toujours ouvert, c’est le culte de la disponibilité, de l’étude de marché, de l’enquête de satisfaction au point même que le client a envahi la santé, le social, la politique, l’associatif mettant l’homme à la porte, l’homme échappant pour l’instant à la norme AFNOR ;

Imaginons simplement en miroir, une vie, notre vie ou nous ne serions jamais fermés : cette posture serait un esclavage, une impossibilité à vivre, une mort annoncée : ne pas dormir, ne pas fermer les yeux, être condamné à une infinie vigilance, ne rien distinguer des nuances de l’existence, être sommé de répondre aux exigences de l’autre, jamais fermé.

C’est peut être un signe de mon vieillissement, de mon hasbinité, mais ce monde, au plus près de mon extinction, je ne veux pas le vivre pour un empire.

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