Faut pas prendre les enfants de Médiapart pour des canards enchaînés!

Ça y est ; comme tout s’arrête à Poitiers en termes de barrage à l’hérésie, je viens de déposer ma petite lettre timbrée en vert pour me désabonner. Et en plus comme mon pénultième billet pouvait convoquer un ésotérisme un peu hermétique, je me résous à commettre le dernier.

Une certaine expérience de vieux loup de mer m’incite à la méfiance envers l’acte poétique, définitif et salvateur. Les séparations appellent à surjouer le différend, l’insupportable en gommant radicalement les casseroles de la mémoire, du partage d’exaltation. La séparation, ça oscille entre la cocotte-minute du trop- plein, les lettres découpées du délateur, l’odeur de colle et l’étrange ressemblance dont on ne peut se départir avec le parfait salaud qu’on plaque.

J’ai passionnément aimé Médiapart à l’époque de ces débuts mais, je me rends compte avec effroi que je viens de prendre un sacré coup de vieux. Il est temps que j’accepte ma ringardise ou que je trouve une nouvelle clinique à Botox idéologique ou que le bouddhisme dialectique sauve ma prochaine réincarnation.  

Médiapart fut définitivement sarkozyste (je parle de l’époque), c’est-à-dire ce moment unique et courageux de résistance à l’impunité, à la collusion des intérêts politiques et financiers, un moment rare d’alternative à la prostitution de la presse, un souhait sincère de collaboratif.

La mort symbolique et politique du principal intéressé est en train d’emporter dans son sillage le projet. Je n’en veux pour preuve que ces dernières une sur Guéant qui sentent le « voyez, on avait raison, on vous l’avait bien dit ». Et on aurait tendance à dire, légèrement moqueur, « ah, oui, ça alors, incroyable…. »

Je trouve donc que la ligne éditoriale rejoint un catéchisme de la bienséance moderne. Cela s’apparente au moralisme outré qui vient dire combien notre lacrymo-centrisme est beau, magnifique et émouvant. Que le monde est mal fait, injuste surtout chez les autres. Cette  pureté cristalline redondante commence sérieusement à me taper sur le système nerveux d’autant qu’elle n’offre en creux comme perspective le messianisme inchangé d’un paradis de Bisounours, enfin convaincus et débarrassés de leur péchés et de leurs vilenies.  

La complaisance indirecte avec l’odieux du système qui n’offre vraiment ni perspective, ni débouchés me pèse en précisant que je me mets bien sûr à cuire  dans la casserole avec les aromates.

Quand l’analyse politique et géo politique devient un gros mot, ça commence à sentir l’escarre et il faut bouger son cul. La crapuleuse attaque contre Mélenchon (qui n’est pas pour moi, une idole ou un totem mais un responsable politique) traduit une posture de biche effarouchée, une latrine de confessionnal ou on peut dire n’importe quoi tellement l’injonction de barbarie est censé clouer le bec à  toute contestation (on va bientôt dire que le parti de Gauche est favorable aux camps de concentration). Le jour de l’apocalypse, Fabrice ARFI et Antoine PERRAUD auront un siège à droite du Créateur de toute chose et je trouve de plus en plus que beaucoup n’écrivent plus des articles mais le même article ou le même billet  (Je continue à rissoler dans la casserole avec les aromates)

Tant qu’à acheter le Canard Enchainé, je préfère le faire directement  au Relay de la Gare Part Dieu ou pour aggraver mon cas, je trouve le réconfort du sourire des charmantes stakhanovistes des goudrons, de la nicotine et des feuilles de choux, la déchéance totale en un mot.

Bon voilà, tchao. Mais comme je veux échapper à la critique du parfait consommateur de vérités intellectuellement irréprochables, je veux dire juste qu’il y a plein d’alternatives engagées et participatives. Citons pêle-mêle, Politis, le Monde Diplomatique, L’humanité, Arrêt sur Images, là- bas si j’y suis, Fakir, les moutons enragés, Acrimed et plein d’autres. Il est heureux de faire vivre la diversité

Le moment d’interrogation sur la sincérité de ses engagements laborieux et immodestes  est parfois confus, contradictoire, terriblement prétentieux mais rien n’altère jamais vraiment  la joie du choix et de la décision. Au revoir comme dirait Giscard. 

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