Autour du prince, ça sent la merde. Le secrétaire remet une couche.

Il y a quelque chose du radeau de la méduse ou de la retraite de Russie dans l’air.

Outre le vide communicationnel qui nous enfourne du sensible, du vrai, du devoir, de la nécessité, du courage, du sacrifice pour nous faire digérer l’inverse, les codes tournent à l’envers, personne n’est plus dupe de cette farce sinon les petits malins héréditaires qui y voient une occasion de sauter sur l’occasion. L’étonnant est cette cécité généralisée qui commence à se transformer en violence d’État tandis que le discours médiatique tend à radoter un moulin à prières inutile. Décidément, les repères sont noyés sous les affaires.

Autour des buffets de la République, on a intérêt à continuer à y croire si l’on veut bouffer la gueule à son concurrent et remplir sa gamelle.

Fort logiquement quand l’intérêt général a besoin d’une perfusion, les Égos se gratouillent et se chatouillent, troublés par le fait qu’à force de se reproduire entre eux, la dégénérescence devient pathétique ; l’extinction les guette à force de contorsions et de comédies.

Ainsi, dans ce théâtre tragi-comique que les héros ont déserté, émerge au milieu de la scène une figure jusqu’à là tenue secrète, le conseiller, le secrétaire parfois appelé chef du cabinet, non de cabinet, l’homme de l’ombre éclairé.

La visibilité du conseiller est une faillite absolue. Elle signale la vacance du responsable, la crevaison du scooter, l’échouage du yacht, le vide abyssal des contenus escomptés, les dessous chics qui ne dévoilent plus rien du tout.

La Sarkozie triomphante avait sous-traité l’orientation politique à la vanité du conseiller, plus fort que le gouvernement, bras droit du maître puisque l’orientation est une occurrence, mais, avec la Hollandie, fidèle à sa réputation, on monte d’un cran. Le conseiller du cabinet, armoire normande générale, prise du camp adverse (enfin, c’est relatif), devient transfuge dans son camp d’origine, mais laisse entendre qu’il joue pour le futur dans le camp de son débauchage.   « On aurait dit qu’il voulut que j’estourbisse l’autre et le disant j’estourbis l’autre qui le voulut. Je projette un peu plus dans l’abime celui que j’étais censé assister, mais pour ma part je pense retomber sur les pattes de mon impunité puisque l’impunité est la règle. »

Ça sent la bataille de pâtés de sable, les éternels histrions qui nous jouent la lutte des places.

Comment s’appelle ce petit génie de la trahison, tellement tarabiscoté qu’on en saisit plus les enjeux ? Comment s’appelle cette anguille qui passe d’un ministère de droite à un cabinet de gauche ? Quel est cet élastique merveilleux de la haute fonction publique française. Il s’appelle Jean Pierre Jouyet. Et le drame pour notre pays, c’est qu’il incarne une réussite inamovible, une permanence quelque peu insupportable. Jean Pierre, le passe muraille. Jouyet, l’éternité.

Les Machiavels d’antan avaient au moins le charme suranné de la discrétion, les nouveaux sont d’incorrigibles concierges narcissiques. 

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