La novlangue européenne technocratique est pétrie de slogans de têtes de gondoles par rapport auxquels les délices du jardin d’Eden apparaissent comme des promesses pâles et peu attrayantes. Comme un bon commerçant, l’économie libérale nous vend ses idéologies sur un mode le plus naturel et le plus évident possible, celui qui s’impose dans la sensation même et dans l’indiscutable, celles où on demande du rab au prix de l’obésité.
Dans le champ social et médico-social, la notion de notre misérable insertion (qui avait longuement étouffé la réadaptation pour triompher) subit l’assaut de l’inclusion. Qui pourrait être, à part des archaïques, contre le soleil, l’eau fraiche et les glaçons. L’inclusion est en effet maline ; insérer, c’est un peu se pousser pour faire de la place à celui qui en prend. On insère donc avec des précautions, des distances de sécurité, des répulsions retenues, le mouchoir sur le nez.
Inclure, c’est génial ; inclure, c’est gommer la fermeté des frontières, c’est fusionner. L’inclusion est idyllique, l’inclus avec ses différences apporte son inclusion à la société. Ainsi donc tous les porteurs de handicaps, de difformités, de carences, de difficultés visent à l’inclusion à une seule condition qu’ils soient porteurs d’un truc, visibles. S’ils ne portent rien, ça ne vaut même pas la peine d’essayer. Porter le nom de quelque chose qui va devenir transcendantal, telle est la condition préalable. En effet, ce système porte l’exhibition comme étendard dans sa mégalomanie du visible, du vendable.
A cause de sa fabuleuse bonté, l’inclusion nomme les bonnes raisons de son efficacité commerciale. Les esprits chagrins la trouveront délibérément morcellante, diviseuse (diviser pour mieux régner). Il n’y a donc qu’une galaxie de petites unités spécifiques dont il convient de s’occuper. Il s’agit bien sûr d’une situation sans conflit ; la finalité visée se construit dans la mise en place d’une série de procédures dont le coût est strictement mesuré avec l’hypnotique croyance du tout va bien, pas de problème, faites d’abord des progrès, c’est parce que vous n’êtes pas assez mobilisé que le jus de chamalow ne coule pas à flots.
Non, mais quel progrès ! Alors que tous ces attardés trainaient pendant des lustres dans des institutions ou services ruineux, sans efficacité, on va voir ce qu’on va voir du discours performatif, celui qui prend ses vessies pour des lanternes.
Rapportons-nous, misérables persifleurs que nous sommes à un infect contre argument qui s’appelle réalité. On se pâme d’inclusion dans une Europe en ruine ou les taux d’exclusion atteignent des sommets, ou la misère croit, ou les bottes commencent à faire bruit.
Peut-être qu’ébloui par le mélodieux du discours, tous les huiles du secteur n’avaient pas écouté la fin de la phrase : l’inclusion certes mais dans le marché, ce moment béni où les handicaps, les déficiences entrent en concurrence et en compétition pour le plus grand bonheur de la main invisible et ou l’absence de rentabilité et de retour sur investissement rend les restructurations et les économies inévitables.
Jésus, Marie, Joseph, ce n’est pas Dieu possible que le champ social et médico-social soit si idiot.