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Billet de blog 13 mai 2014

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Madame TAUBIRA, la négresse du Bleu Marine

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bien évidemment, nous ne parlons plus ici d’une quelconque réalité consistante, nous sommes au pays de la symbolique. On a dit souvent que la droite avait gagné la bataille des idées dans les années 1990 dans sa promotion absurde de la concurrence libre et non faussée qui impliquait une compétition généralisée et la marchandisation de l’humain, la main invisible s’occupant du packaging, de l’habillage du mensonge. Dans ces sociétés de l’immédiat, de la surface, chacun a du mal à dépasser son insignifiance.

Le vide abyssal appelle donc logiquement des bouffées identitaires, une sensation qui donne l’impression d’exister, un complexe de supériorité qui s’arroge de la puissance sur l’autre. Les extrêmes droites arrivent et elles sont en train de gagner la bataille de la sensation, cette prodigieuse illusion qui nous dispense de penser, qui nous ramène au brutal du ressenti, l’espace vital, le territoire, l’ennemi. On a vu combien les sociétés avaient mis longtemps à inventer des formes d’accueil et de politesse, combien tout cela n’était pas évident, demandait à être apprivoisé. On comprend mieux aujourd’hui combien l’explosion des règles pour livrer le monde à la sauvagerie du marché a besoin de la résurgence des fascismes pour prospérer.

Il faut donc nous rappeler qu’il n’y a pas de pensée de la droite extrême et de l’extrême droite, il n’y a qu’une réminiscence permanente de la violence la plus archaïque s’appuyant sur la mobilisation d’images inquiétantes qui vise à illustrer une menace de disparition.

D’où que vienne Madame Taubira, elle a la singularité banale d’avoir la peau noire. Et dans quel contexte lui fait-on ce procès en sorcellerie, particulièrement indigent de ne pas s’égosiller sur l’hymne national ? Celui de l’abolition de l’esclavage. Quel dommage que les chiens de garde soient plus affutés sur la Marseillaise que sur l’abolition de l’esclavage. Et une partie de l’opération idéologique est là ; faire taire la fin de l’esclavage.

Madame Taubira est donc diabolisée comme l’incarnation du métissage, ce petit quelque chose qui vient dire la tolérance, le mélange. C’est donc bien de la part de ses détracteurs la détestation d’une esclave affranchie qui est vomie. Une noire qui marie les homos, qui relâche les criminels et qui ne chante pas la Marseillaise, peut-être à un moment faudrait-il arriver à dire que, derrière tout ça, il y a là comme une légère odeur dégoutante qui pue le racisme à plein nez ?

Nous nous rappelons avec émotion que notre chant sacré peut être vociféré dans certaines circonstances ridicules par les foules avinées sur des terrains de sport, qu’en soi il n’est pas l’exemple parfait de la liberté s’il ne s’inscrit pas dans une signification particulière, notamment dans les moments de résistance. Le modèle défendu par les nouveaux ennemis des libertés est la vocifération.

Respecter un silence à l’endroit des esclaves massacrés est une dignité.

J’avais envie de le dire, Madame TAUBIRA est une femme courageuse que j’admire dans ce moment où, pour s’empêcher de mordre, il faut aimer Césaire et Glissant

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