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Billet de blog 14 février 2013

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Des flammes et des larmes.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce matin,  j’ai de la colère et de la tristesse : tristesse pour cet homme, demandeur d’emploi, qui vient de s’immoler devant l’agence le Pôle Emploi (dont la dénomination prend brusquement une intensité insoupçonnée) et colère devant le florilège de fausse compassion parce que cette compassion vise à un objectif communicationnel : tout le monde a fait ce qu’il devait, ça ne pouvait pas être autrement.

Même Laurence MEDEF y est allée de son petit couplet ; je le dis peut être exagérément, mais je le pense, quelle indécence et quel culot. A qui pensait-elle vraiment quand elle fit sa déclaration ?

Même si mon postulat est très bête et qu’il ne veut pas culpabiliser les proches, les salariés de l’agence et d’autres : ça peut  et ça doit  être autrement.

Mourir par immolation renvoie à des moments historiques précis : c’est la protestation ultime de l’être qui se sent exploité, humilié, qui a fait le constat qu’il ne pouvait être entendu et qui vient crier par les flammes : Tunisie, Tchécoslovaquie et tellement d’autres.

Bien sur, je ne prétends me mettre à la place de ce pauvre homme, les raisons sont toujours complexes, les articulations singulières mais j’en ai un peu assez que tout le monde soit renvoyé à cette impuissance, au nom de l’individu, de sa destinée solitaire, de ses dérèglements, de ses pathologies.

Il y a, sous nos yeux, un grand massacre ordinaire, quotidien, qui enfle et il appelle au contraire à faire société, lutter contre les inégalités, à respecter les compétences et les rôles  de chacun au milieu des autres.

Il faut arrêter de nous prendre pour de la viande ou pour des objets de rentabilité, en compétition généralisée (j’ai conscience que c’est facile de formuler les choses de cette façon)

Les théories du suicide oscillent entre deux extrémités : l’impulsion violente ou la lente appropriation "sereine". Si ces observations cliniques sont utiles, fécondes parfois, elles ne peuvent raisonnablement pas être pertinentes, si elle ne constate pas un phénomène du présent : la généralisation du mépris et du moins que rien : de plus en plus de personnes s’estiment profondément à moins que rien et c’est là qu’une portion des protections  du filet  social joue paradoxalement vers la mort : l’assistance et la compassion viennent , à leur corps défendant, renforcer les mécanismes de destruction : il y a une musique entêtante qui vient répéter inlassablement le déclassement, l’absence de place.

Alors, après, le choix des moyens, leur caractère visible ou invisible, bruyant ou silencieux, ça appartient à la colère de chacun : Il faut juste constater que nous ne sommes plus dans des logiques de tentative (qui appelleraient à l’aide) mais dans l’impossibilité violente de vivre.

Je suis sur qu’à des degrés divers,  cette question est notre.

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