Immigration : le neurone de l’UMP souffre de surenchère.

Hélas, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. La conjonction d’une élection à la tête d’un parti surendetté, ridiculisé, la préparation à la présidentielle, la montée de l’extrême accélèrent le phénomène du bouc émissaire.

L’immigré, voilà bien le chiffon rouge, particulièrement dans les contrées grégaires qui n’en voient pas la queue d’un depuis des lustres, le Beaujolais nouveau par exemple. Mais, justement, moins on le voit, plus il menace, il se tapit pour mieux nous trancher la gorge et nous voler nos économies. Un tel argument de vente électoral mérite quelques attentions.  

On a peine à croire qu’une fable éculée jusqu’à l’os puisse aussi bien fonctionner. À ma droite (extrême), la France, universelle, travailleuse, laborieuse, intelligente, sensible, entreprenante. Dans ce schéma, l’habitant est plutôt blanc, catholique, marié, mâle. S’il a deux enfants, issus d’une reproduction naturelle, c’est parfait. On tolère dans la famille, les cousins venus de l’outremer, mais il ne faut pas qu’ils la ramènent. Nous voilà, à droite toute.

À ma gauche, le reste, la bouillie informe du reliquat que l’on peut définir comme le pas comme nous. On énumère, les fuyants leurs pays, les rejoignant leurs familles, les ceux qui sont sans patrie, les ceux qui essaient de vivre. L’imprécision des termes signe l’indigence des propos, regardez du côté du tas, ils sont tous un peu pareils.

La limite avec les autochtones déviants s’avère poreuse, les Rsaistes, les précaires, les intermittents. Ce schéma vient nous dire que l’immigré est la catégorie exacerbée, ultime du profiteur, celui qui touche indument son dû, un voleur en quelque sorte, un escroc. En période de disette, c’est imparable. À défaut de se nourrir, les pauvres se bouffent la gueule entre eux, mais à ma droite, ils ont une mitraillette dans la tête.

On se dit que question profit, l’UMP et ses financeurs se posent un peu là. Si on doit trouver des performants, des experts en transgression, en amoralité, il faut faire appel à leurs services après-vente.

Voici donc le rêve : des individus calculateurs et rationnels visent sur une carte du monde le pigeon à plumer, nous. Voyons à quoi ressemblent les profiteurs ? Des Syriens sous les bombes, des Irakiens, des Libyens, des Roms, des Afghans, des Balkans. Mais quelle lucidité politique, quelle performativité !

L’UMP est un monceau de libéralisme répressif ; on ouvre à tous les vents, le marché, l’Europe, le monde ; on cherche à casser toutes les protections et les solidarités, mais en évitant le travers des êtres humains qui errent alors qu’ils feraient mieux de rester se faire tuer chez eux, l’échange étant toujours unilatéral. On ne se choisit pas, on choisit.    

Faire de la politique de cette façon est irresponsable. Le discours qui rend fou tourne à plein régime. On contribue à la déstabilisation généralisée institutionnelle et économique de la planète et quand des migrations arrivent, on dit   « retournez chez vous ». On refuse l’humanité d’un soin essentiel à des gens malades. Il est vrai que l’UMPISTE du sommet a les moyens de se faire soigner dans le secteur privé et le dépassement ne lui pose pas de problème. L’honoraire libre l’enchante et marque sa distinction et d’ailleurs la Sécu, ça coute trop cher.  Tant qu’on est sur l’AME, supprimons la sécu.

La faillite est totale, la responsabilité devant l’avenir confondant de nullité, le regard se fixe désespérément au fond du terrier, l’ailleurs en cauchemar, l’autre en ennemi.

On se plait à imaginer les conséquences heureuses de tels partis pris dans les années qui viennent. Nous allons cher payer la violence et l’intolérance que nous donnons à voir. Bien sûr, nous accumulons du ressentiment à notre endroit, le pilleur appelle le pillage, le méprisant, la revanche.

J’ai hélas un certain sentiment d’impuissance, car lorsque l’absence d’intelligence se bâtit sur une l’irruption de la peur irrationnelle, remonter la rivière s’avère une mission impossible. 

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